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23/01/2008

Sergine Ponsard, CNRS Toulouse : «interdire les OGM doit rester une décision politique»

RÉFLEXION :

Sergine Ponsard, professeure du Laboratoire Evolution et Diversité biologique du CNRS à l'université Paul-Sabatier appelle les politiques à ne pas se défausser sur les scientifiques pour interdire le maïs OGM MON810. Petit exposé de philosophie politique à l'usage du gouvernement et des élus qui n'assument pas leurs décisions en général. Et à l'usage du sénateur UMP de la Manche, président de la Haute Autorités sur les OGM, Jean-François Le Grand en particulier :

«Ces scientifiques sont épuisants», a soupiré M. Le Grand, président de la Haute Autorité sur les OGM, lorsque 14 de ses membres - dont 12 scientifiques - ont tenu à «faire remarquer» qu'ils avaient parlé d'«interrogations fortes» et non de «doutes sérieux», terme employé par M. Le Grand pour rendre compte de leur avis sur le dossier du maïs Mon810. «Ils ne sont pas capables de parler simplement, a-t-il continué, l'effet sémantique m'énerve».

Il est parfaitement sain et réjouissant, dans la vie de tous les jours, de s’amuser des acrobaties langagières des «savants». Il est en revanche malvenu qu’un homme politique joue sur ce registre, surtout lorsqu’il préside un comité d’experts.

Ce faisant, il flatte une vision démagogique de la science comme vérité toute faite, détenue par quelques initiés qui la gardent pour eux en s’exprimant dans un jargon impénétrable. Cette vision va de pair avec une conception tout aussi gênante – et perceptible dans le choix même du nom de Haute Autorité - du rôle des experts : celui de gens qui, puisqu’ils détiennent la vérité, peuvent et doivent dicter les bonnes décisions au pouvoir politique.

En l’occurrence, celle-ci ne s’en était pas si mal tirée : interrogations fortes n’est pas un terme particulièrement compliqué. Tout un chacun – et notamment le gouvernement – devrait être en mesure de le comprendre... S’interroger, c’est considérer qu’on manque d’informations sur une question digne d’intérêt. Douter, c’est sous-entendre qu’il faut revenir sur ce que l’on tenait pour acquis, et que le réslutat pourrait bien être inquiétant.

Oui, les scientifiques sont attentifs à employer des mots précis. Pendant les premières années, l’étudiant en sciences ingurgite de longues listes de vocabulaire spécialisé. On lui demande d’apprendre à réfléchir - à intégrer et combiner de manière créative et logique faits empiriques, théories et spéculations. Comment y parviendrait-il de façon rigoureuse si le degré de certitude attaché à chacun de ces éléments est laissé dans le flou ? Il n’est pas équivalent de dire que tel résultat «démontre», «suggère», ou «ne contredit pas»... Plus tard, c’est la publication de textes ciselés dans leurs moindres détails qui marquera les avancées de ses travaux...

L’attention à la qualité de son expression est au scientifique ce que les exercices à la barre sont au danseur, la maîtrise de ses outils à l’artisan : le fruit d’une pratique et d’une discipline quotidiennes, une condition nécessaire au bon exercice de son métier. «Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement». Certes. Mais quid de ce qui se conçoit difficilement, de ce qui est incertain, incomplet, embryonnaire - du pain quotidien des scientifiques? Pour démêler ces pelotes, pour garder le cap dans ces labyrinthes, la précision est une précieuse alliée.

Ce ne sont pas les mots des scientifiques qui sont compliqués, ce sont les questions auxquelles ils se confrontent. Inutile de réunir 15 scientifiques pour disserter de problèmes déjà réglés, de faits bien établis, pour enfoncer des portes ouvertes.

Ce qu’ils peuvent apporter, le talent pour lequel ils sont reconnus, c’est d’aller gratter là où il est difficile d’y voir clair en sachant reconnaître – au double sens de repérer et d’admettre - les limites des connaissances actuelles. C’est de savoir se tenir et s’exprimer sur ce fil du rasoir. Les pousser au-delà, c’est nier la nature même de ce qu’on leur demande. S’«énerver» de leurs précautions de langage, leur reprocher de tenir passionnément à ne pas dire plus ou autre chose, c’est leur reprocher de bien faire leur travail. C’est exiger du funambule qu’il saute une bonne fois pour toutes d’un côté ou de l’autre de son fil.

Enfin, les fonctions d’un scientifique et d’un homme politique sont distinctes. Il est du ressort d’un médecin de nous informer sur les risques liés au tabac ou l’état de nos poumons, pas de nous interdire de fumer. Et dans un cas où il ne peut pas être sûr? Voudrait-on qu’il nous alarme inutilement? Qu’il nous rassure abusivement? Ou qu’il fasse état honnêtement de ses interrogations?

Si les mots sont importants en science, ils le sont aussi en politique. M. Le Grand, sénateur, l’ignore-t-il vraiment ? Le 8 Janvier, M. Sarkozy déclarait : «en cas de doute sérieux… je suis disposé à recourir à la clause de sauvegarde». Le 9, M. Le Grand rendait compte des conclusions de la Haute Autorité, qui avait choisi le terme d’«interrogations fortes» dans son avis écrit, en disant «Oui, il y a des éléments scientifiques nouveaux, il y a des doutes sérieux».

Volontairement ou non, il a transformé une expertise en recommandation politique. La plupart des quotidiens ont repris le terme «doutes sérieux» (Le Monde, Libération et L’Humanité du 11/01, Figaro du 10/01...), et la décision du gouvernement est apparue comme simple conséquence de cet avis : puisque ce sont les scientifiques qui le disent, on ne peut que s’incliner, n’est-ce pas... Fort logiquement, c’est la Haute Autorité (sa composition, ses travaux...), bien plus que le gouvernement, qui est apparue comme responsable de la décision finale, et qui a essuyé les critiques de ceux que cette décision mécontente.

Il est regrettable que M. Le Grand se défausse ainsi sur de prétendus «effets sémantiques» de scientifiques «épuisants» et abscons. Au-delà du dossier du Mon810, cette carricature entretient le malentendu sur les rôles respectifs de l’expertise et de la décision politique. N’aurait-il pas été plus clair et plus responsable de déclarer : «la Haute Autorité conclut que des interrogations fortes subsistent sur tels et tels points. A vous, politique, de décider si, tant qu’elles subsistent, il faut suspendre ou maintenir l’autorisation de cultiver le Mon810. A vous, encore, de décider de l’importance des moyens qu’ils faut consacrer à les lever».

Il est regrettable également qu’un gouvernement se défausse sur ces mêmes scientifiques en laissant croire que ses décisions ne sont qu’une application directe des avis de la Haute Autorité. La science et les scientifiques peuvent reconnaître et faire reculer les incertitudes, non les abolir. Ils peuvent poser de bonnes questions et décrypter certaines réponses, mais ils n’ont ni le pouvoir ni la vocation de nous épargner d’avoir à prendre certaines décisions individuelles et collectives en situation d’incertitude. Etant donnés les niveaux de risque et d’incertitude qu’ils ont identifiés et décrits, interdire ou non le Mon810 aujourd’hui est une décision politique qui doit être assumée comme telle.

Sergine PONSARD
e-mail sergine.ponsard@cict.fr

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Commentaires

Heureuse de voir enfin des “scientifiques” intervenir dans le débat politique. Ce n'est qu'au prix de cet effort là de leur part que le commun dont je suis gobera moins de bêtises... Merci

Les scientifiques n'ont pas "la vocation de nous épargner d’avoir à prendre certaines décisions individuelles et collectives en situation d’incertitude"... Tout est dit...

Des représentants sont élus pour être responsables, quand bien même cette responsabilité comporte un risque. C'est ce qui fait, après coup, de la posture de "responsable mais pas coupable" une lâcheté dont le politique ne peut jamais légitimement se prévaloir.

Mme Ponsard, bravo et merci pour cette prise de parole courageuse et citoyenne.

Bon, on peut le tourner comme en voeu, et tacler les politiques mais quand même ... quand on s'interroge, c'est parce que l'on doute, et quand on s'interroge fortement, c'est bien parce que l'on a des doutes sérieux ! Sur ce, tout à fait d'accord pour que les politiques assument sur un sujet où la science ne permet pas de trancher... merci pour le billet !

Merci à M. Ponsart pour ces propos clairs et justes.
Merci à Libération pour lui avoir donné la parole.

ça fait un peu curé la nuance doute sérieux versus interrogations mais c'est exactement de ça qu'il s'agit et la langue scientifique n'est pas la langue politique
Le politique a le droit de traduire d'interpréter ce que dit le scientifique conclure ce qu'il veut mais il est malhonnéte d'attribuer sa conclusion au scientifique Les scientifiques n'ont pas dit doute sérieux : c'est de la politique

Sergine Ponsard a tout à fait raison.
Chacun se souviendra qu'en 2004 l'administration Bush avait cru bon de déformer les conclusions des scientifiques en matière de réchauffement climatique pour coller avec sa ligne politique suivant le principe que si les faits nous gênent il n'y a qu'à dire nos propres faits... Cela avait généré une protestation de l'UCS (Union of Concerned Scientists, on pourrait traduire Union des scientifiques citoyens), un pétition signée par 6000 scientifiques, et la démission du coupable désigné pour cette manipulation politique.
Ce qui vient d'arriver est de même nature. Les faits gênent (en ce qui concerne le maïs Bt) pour la politique choisie, alors plutôt que d'assumer la politique on tente de changer les faits... d'où les protestations des scientifiques (douze sur quinze de la commission, quarante académiciens, 1200 signataires de la déclaration sur nonaumoratoire.free.fr, etc.)...
L’urgence est de restaurer la séparation entre le scientifique et le politique.
Nous avions un service public de l’expertise scientifique (CGB, AFSSA, etc.) ; la haute autorité envisagée par le gouvernement ressemble étrangement à une tentative de mettre les experts à la botte du pouvoir en renonçant à leur indépendance ; la nomination d’un parlementaire à la tête d’une commission d’expert est la signature de cette confusion des genres ; dans un autre registre, les propositions du rapport de Corinne Lepage sont une autre signature de confusion des genres, comme si les chercheurs militants respectaient, de par cette militance, cette indépendance intellectuelle dont ils aimeraient qu’on les créditent. Il faut vraiment restaurer l’intégrité de l’expertise scientifique.

Mr Naud , il faut être sérieux deux minutes, quelle expertise scientifique en matière de risques sanitaire? et quel but poursuivez vous?

exemple les ondes électromagnétiques:
organismes en cause:
AFSSET,AFSSAPS, (risques sanitaires directs et indirects biologiques ou non)
ARCEP,ANFR (technique et réglementation)

Résultat faillite generalisée et diffusion massive d'informations mensongères destinées a tromper la population sur les risques.

Pouvez vous vous expliquer sur la propagande mensongere que vous reprenez ici a votre compte:
http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=2436

Etes vous incapable d'analyser le contenu et les discours des experts officiels, ne savez-vous pas comparer 3V/m et 61V/m.

avez vous été trompés par les experts officiels? ou êtes vous partie prenante dans la dissimulation de risques en toute connaissance de cause(tromperie aggravée).?

J'attends que vous dénonciez les experts qui racontent n'importe quoi et vous ont trompés sur les ondes electromagnétique, dans le cas contraire on sait que faire de vos avis sur les OGM, ce ne sera que de la propagande destinée a tromper la population.

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