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Le kiosque à musiques

19/02/2008

L'Après-68 à Toulouse: les années de braises de Jean-Marc Rouillan

Jacquette_de_memoireJean-Marc Rouillan, 55 ans, co-fondateur d’Action Directe (AD) est désormais en semi-liberté après vingt et une années de détention. En prison la nuit, il travaille le jour comme secrétaire d’édition chez l’éditeur marseillais Agone.

Dans «De mémoire (1)» (Editions Agone, 2007), Jean-Marc Rouillan raconte les débuts de son engagement révolutionnaire à Toulouse en 1970. Premiers amis, premières amours, premiers camarades et premières armes. Mais aussi description d’une ville et d’une époque.

Ce sont les seuls faits sur lesquels son régime de semi-liberté l’autorise à parler.
Il lui est interdit de s’exprimer sur les faits qui ont deux fois conduit à sa condamnation à perpétuité avec dix-huit ans de sûreté en 1989 et 1994 pour complicité d’assassinat de l’ingénieur général René Audran et du PDG de Renault Georges Besse.

Le verbe vif, l’allure solide, l’homme ne semble pas porter le poids des années de détention à l’isolement «du premier au dernier jour». Cela «grâce à l'écriture», dit-il. Pour LibéToulouse Jean-Marc Rouillan revient sur «les jours du début» : un automne 1970 à Toulouse. Entretien.

LibéToulouse : Raconter ces années de braises à Toulouse était donc si important pour vous ?Jmrouillancdr

Jean-Marc Rouillan : À Toulouse, l’année 70 a sans doute été la plus contestataire de la période. Et j’ai toujours eu dans l’idée d’en faire revivre l’ambiance. Après la disparition d’Henry Martin, dernier vieux copain de notre maison de la rue d’Aquitaine, je me suis dit qu’il était temps de se mettre au travail.

Comme bon nombre de participants à la révolte de Mai 68, j’en ai marre d’entendre les «anciens combattants» psalmodier l’historiette factice. Non ! Mai ne s’est pas pitoyablement terminé lorsqu’ils sont rentrés de vacances à la fin de l’été 68. Dans les usines, dans les facs et dans la rue, la rébellion anti-autoritaire s’est prolongée des années durant. Et Mai 68 ne se résume aucunement à un phénomène sociétal né d’un problème de dortoir à la fac de Nanterre.

L’insurrection de la jeunesse était dirigée contre l’agression impérialiste du peuple vietnamien, contre le quotidien mortifère du «métro, boulot, dodo», celui de la consommation de masse et contre la vie perdue à la gagner… Mai 68 dans ce pays doit être impérativement resitué dans le vaste soulèvement des exploités et des opprimés au niveau international.

Quelles étaient les raisons de votre engagement en ce début de septembre 1970 ?

Jusque-là trop jeune, je suivais le mouvement. Je manifestais et je “réunionnais”. Mon adolescence était indissociable de la révolte ambiante. Mais au fil des mois, j’ai accumulé de l’expérience et lu beaucoup. Et en m’éduquant, j’ai pris conscience de la distinction fondamentale qui existe entre le protestataire et la contestation. Entre le verbiage alambiqué et l’action directe. Entre une position de principe plus à gauche que le voisin et le développement réel d’une pratique de rupture antisystème…

Comme une bonne partie de la jeunesse du continent à la même époque, je me posais la question «Que faire maintenant ?». Que faire pour sortir du rituel de la protestation et des élections «piège à con» ? Au mois de Mai, une chanson très “désirante” enregistrée à la Sorbonne alors occupée, répondait à notre interrogation par son refrain: «Des fusils par milliers, des canons et des fusils par centaines et par milliers». Car contrairement à ce qu’en disent les exégètes, dès le début, les armes ont hanté le mouvement. Et dans ce premier volume de “De mémoire”, je tenais précisément à décrire le climat nous ayant conduit à sauter le pas et à revendiquer : Plus jamais sans fusil !

Pourquoi et comment cet engagement s’est-il orienté vers la lutte antifranquiste ?

À Toulouse, dernière capitale des républicains Espagnols, ce fut très naturel.

Les deux grands thèmes de l’extrême gauche d’alors affirmaient que nous allions reprendre les armes que «des traîtres nous avaient volés en 1945» et que nous nous apprêtions à affronter le nouveau fascisme.

Dans notre ville, leur traduction ne pouvait en être que dans l’action de l’autre côté des Pyrénées. Nous vivions à 80 kms à vol d’oiseau d’un vrai fascisme héritier des années 30. Une dictature liée au nom de Mussolini et d’Hitler et qui s’était reconvertie dans le soutien inconditionnel à l’impérialisme américain. C’était bien pensé politiquement car, dans la péninsule pointait une réelle situation révolutionnaire qui, d’ailleurs, s’est concrétisée au Portugal quelques mois plus tard.

En 70, notre petit réseau a donc commencé à agir avec les basques d’ETA et avec l’autonomie ouvrière de Barcelone.

«De mémoire (1)» se déroule à Toulouse juste après 68. Quels souvenirs gardez-vous de la ville à cette époque ? 

La ville n’avait pas connu la transformation urbaine qu’elle a subie au cours de la décennie suivante. Les quartiers gardaient encore leur caractère propre, je dirais presque de leurs autonomies. Et le centre ville battait tel un cœur à nu.

Nous vivions aux Minimes et nous fusionnions à ses pulsations collectives en entrant par Arnaud Bernard ou les Chalets. Nous devions ainsi franchir une série de frontières invisibles. Quand nous rencontrions un copain au pied de la passerelle sur le canal, nous l’interpellions : «Et où vas-tu ?» Il répondait invariablement: «hébé ! je m’en vais en ville».

Notre quartier n’était donc ni la ville ni la campagne. Campagne qui prenait ses aises après le quartier de la Salade où se déroulaient les exécutions à l’époque féodale.

Dans les rues, nous nous disions encore «bonjour» et «bonsoir» même si nous connaissions à peine la personne de vue. J’ai ainsi le souvenir d’une ville à dimension humaine et encore profondément marquée par sa nature occitane, grammaticalement parlant, et par passion du verbe.
Une nature populaire.

La présence importante des réfugiés Espagnols est-elle, à votre sens, une des raisons qui ont fait de Toulouse une ville fortement contestataire ?

Je sais que pour les plus jeunes, il est impossible d’imaginer un Toulouse populaire et contestataire. Mais les décennies de néolibéralisme n’étaient pas encore passées par là. La trouille ne brouillait pas l’entendement.

À cette époque, lors d’un braquage ayant mal tourné sur le boulevard Lascrosses, des CRS ont été appelés en renfort non pour encercler la banque mais pour contenir la foule apportant son soutien aux preneurs d’otage. Ces derniers ont d’ailleurs filé sous les applaudissements de plusieurs centaines d’habitants du quartier.

Bien sûr la présence de milliers de réfugiés de la révolution espagnole est pour beaucoup dans ce climat. Nous ne sommes qu’à 150 km de Barcelone, l’une des principales villes révolutionnaires du 20e siècle ayant connu trois insurrections majeures. Avec les réfugiés, la ville avait, en quelques sortes, hérité de cette expérience.

En 68, nous avons connu le phénomène extraordinaire de deux générations dans la rue, le père avec la fille et la mère avec le fils. Les «Rouges» comme nous appelions à l’époque les réfugiés, sans distinction, qu’ils soient communistes ou anarchistes, étaient les témoins directs d’une vraie Révolution. Lorsqu’ils nous en parlaient, à nous «les petits», ils abordaient immanquablement les problèmes avec tout le concret requis par un tel événement.

Que vous ont transmis ces réfugiés, au bout du compte ?

Ils m’ont appris que la préparation de la révolution n’était pas à rêver ou à idéaliser mais qu’il s’agissait bel et bien d’une tâche à assumer pratiquement.

Ils avaient connu les barricades, le front d’Aragon, la résistance en France et en suivant la guérilla contre Franco. Leur génération était d’une richesse révolutionnaire inouïe. Quelques fois, je regrette de pas avoir davantage sollicité leur témoignage. J’aurais sans doute gagné plus de temps encore dans mon expérience.

Quoiqu’il en soit, ils m’ont appris la leçon qui allait dominer ma vie militante. On peut la résumer ainsi. Les bourgeois ne se laisseront pas déposséder de leurs pouvoirs et de leurs richesses sans combattre. Tôt ou tard, le prolétariat devra employer les armes.

Dès les débuts de tout processus révolutionnaire, les militants doivent accumuler une expérience concrète des armes et de leurs utilisations.

Un vieil aragonais ayant connu la lutte armée des années 20 et 30 souriait en m’expliquant : «il ne faut pas avoir peur de se battre à une poignée, ni même d’échouer 20 fois, nous en sommes la preuve vivante, car notre expérience a été déterminante quand il a fallu arracher Barcelone aux militaires insurgés…»

Quelles périodes couvriront les prochains tomes de «De mémoire» ?

Le tome II raconte le dernier jour de notre groupe de guérilla à Barcelone, en septembre 73. Où tout s’achève par la fusillade au cours de laquelle Salvador Puig Antich a été blessé et capturé. Salvador a été le dernier supplicié au garrot de l’histoire ibérique.

De nombreux livres ont été écrits sur le MIL, le Mouvement Ibérique de Libération. Pourtant jamais l’un des acteurs ne s’est exprimé directement sur cette expérience. Mais là encore, je ne veux pas raconter simplement des faits ou rétablir la vérité contre la version officielle, je m’attache simplement à l’atmosphère de la ville et de la résistance. Quand nous pensions réellement que la révolution était vraiment au bout de nos armes et au coin de la rue.

Le tome concluant la trilogie revient à Toulouse, le Toulouse de l’été 74, l’été des GARI (groupes d’action révolutionnaires internationalistes). Le livre s’attache à suivre notre bande de copains, celle des Comités d’Action Lycéens de 68, ceux du lycée Nord ou de Berthelot, une bande recomposée après la guérilla à Barcelone. C’est un livre d’amitié et de camaraderie extrêmement joyeuse (presque légère) contredisant les discours sinistres des renégats décrivant la lutte armée comme l’existence sombre de moines soldats.

Propos recueillis par JEAN-MANUEL ESCARNOT

Liens : http://www.agone.org

Photos: Droits réservés.

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Commentaires

Etrange impression. Une mémoire parfois émouvante (les Minimes d'autrefois, justement évoqués), une réelle expérience internationaliste... Et la fascination des armes, omniprésentes dans le discours, et qui le furent jadis, aussi, hors discours.

On comprend (un peu) mieux une dérive qui ne se renie pas. La fidélité au meilleur et au pire de soi-meme. Humain, mais inquiétant comme l'humanité.

"nous ne sommes qu’à 150 km de Barcelone"

il aurait pu profiter de ses années d'isolement pour bosser un peu aussi sa géographie ...

Intéressant.
Toulouse a bien changée..

Par contre, la révolution au Portugal s'est précisément faite sans réelle violence, et avec l'aide de militaire progressistes.

Donc plutôt une révolution socdem que anar.

Jean marc Rouillan a enfin obtenu un statut de semi-liberté ! Il a payé sa dette à la société contre laquelle il s'est battu. Espérons que son expérience permettra à ceux qui n'ont pas connu son époque d'en apprendre plus et d'analyser la société actuelle avec des yeux aussi critiques que les siens.

Un beau témoignage sur les raisons de la lutte armée. Celà change de la complainte de tous ceux qui ont préféré faire leur course chez Carrefour plutôt que d'essayer de changer le monde dans lequel ils vivent.

Je suis Toulousain et c'est incroyable à quel point on peut avoir une image différente de sa ville selon sa couleur politique et ce que l'on a dans les tripes. Oui Toulouse dans les années 1970 était encore locale, humaine mais elle était aussi traditionnelle, familiale et aux moeurs finalement simples mais conservatrices. Cela, l'auteur ne nous le dit pas. Il ne nous dit pas que Mai 68 fut une rébellion libéro-libertaire qui s'est révélée avec le temps être le meilleur allié du capitalisme mondialiste qui fait tant de mal, à tant de gens. Mai 68 a contribué à accélérer la libéralisation de ce pays et à en détruire les structures intermédiaires qui la freinaient.

Vive la Tradition, vive la Famille, vive le Local, vive l'Authentique, vive le Communautaire, le Frugal. SMALL IS STILL BEAUTIFUL. Il existe une voie entre l'anarchie mäoïste et le libéralisme; cette voie est ancrée dans les petites communautés à commencer par la famille, ancrée dans une ascèse, sur moins de comfort; cette voie redonne un sens à la vie en redonnant un sens au travail, en lui redonnant une fin palbable et beaucoup plus locale. Certains mouvements alter-mondialistes détiennent la clé de ce que serait un futur différent, mais il leur manque ce qui donnerait le ciment: le ciment, oserais-je dire une foi, commune. Et ça, ça ne s'invente pas...

Que (...) Rouillan médite. Pour ma part, il est à l'opposé de ce que je crois être un Toulousain, un Occitan = un homme simple, humble, fier, généreux, dur au mal, taiseux et traditionnel.

dommage que Rouillan n'ait pas changé!
l'homme est intelligent,pourtant,et sans doute sensible.
Ne pas avoir un mot pour ses victimes n'est pas normal.
l'intolérance peut etre comprehensible chez un adolescent,mais
pas chez un homme de plus de cinquante ans !
nous nous sommes combattu lorsque nous avions vingt ans,je
l'aurais même défendu comme avocat dix années plus tard,mais
je trouve très triste qu'il ne regrette pas certains de ses actes et
notamment d'avoir tué des victimes innocentes.
S'il voulait regarder le monde tel qu'il est,il comprendrait ce que
j'ecris.
Je sais cependant qu'il ne peut évoquer ces affaires criminelles et a interdiction absolue d'y faire référence .
J'ose espérer que dans le secret de sa conscience et en pensant aux siens il mesurera l'inanité de certains de ses actes !

Mon pauvre vertba. Pince toi pour te réveiller. La honte n'est pas d'aller faire ses courses à Carrefour mais de ne plus pouvoir y aller à partir du 20 du mois par manque de fric. Nous ne sommes plus en 1789, les ventres creux ne peuvent changer le monde ils n'ont pas la tête aux barricades, ils l'ont dans leur congélateur vide. Mais peut-être tu luttes aussi contre les congélos sauf celui où dorment tes idées.

Aberrante censure! j'emploie un qualificatif envers Rouillan qui n'a rien d'insultant puisqu'il ne faut que décrire un fait, le fait qu'il a tué de plein gré et de sang froid. Hallucinant de ne même plus pouvoir décrire le réel, on vit une drôle d'époque où les inquisiteurs ne sont plus du tout où on les attend.

on aura tout vu !
Serge Didier, le nervis d'extreme droite, qui se la joue "père tranquille" et donneur de leçon.

et lui, il a des regrets de sa jeunesse une barre de fer à la main ?

Al'epoque on pouvait appeler cela un mouvement soisantuitard anarcho-situationniste,romantise par un langage ideologique sophistique et specialise. C'etait mignon tant qu'il n'y avait pas passage a l'acte et mort d'homme.
Apres on passe a la rubrique tragedie. Je comprends l'ecriture ideologique des memoires comme une tentative de donner forme a un destin somme toute absurde car c'est prouve, la mort du p.d.g de Renault n'a rien revolutionne. Pierrot le fou n'etait pas loin et le terrorisme des annees 2000 est la...sans la fioriture du langage.

Ce témoignage reste fascinant, même si le sang se glace à le retrouver au bout du compte inchangé depuis sa pire époque.

Finalement, cette obligation de silence sur ce qui lui a valu condamnation le conduit, comme il le dit, à une forme de nostalgie assez "légère" et presque "joyeuse".

Elle lui permet de faire l'impasse, ou plutôt de sauter à pieds joints par-dessus l'indicible. Cet indicible le tourmente-t-il, ou est-ce qu'il s'étourdit dans la référence obsessionnelle aux "armes" ?

Un personnage à la Bernanos, moins la référence chrétienne. Retrouvons le vieux langage et le monde cher à Diego : mystère d'une âme...

Il y a une différence entre la fascination pour les armes, ce que je ne vois pas chez JM Rouillan, et la certitude que la lutte armée est la seule solution face à certaines injustices.
"je me posais la question «Que faire maintenant ?». Que faire pour sortir du rituel de la protestation et des élections «piège à con» ?" "Les bourgeois ne se laisseront pas déposséder de leurs pouvoirs et de leurs richesses sans combattre. Tôt ou tard, le prolétariat devra employer les armes."

On peut ne pas être d'accord avec cette façon de voir la lutte sociale, sans pour autant dire que ceux qui la voit ainsi sont "fascinés par les armes".

L'"anarchie maoïste", c'est un oxymore. L'anarchie, c'est "l'ordre moins le pouvoir", et je vois mal quels points communs il peut y avoir entre les deux termes. Difficile de se vouloir témoin d'une époque avec une telle culture politique.

Mr Rouillan est quitte vis à vis de la société dans laquelle nous vivons et contre laquelle il a lutté, et lutte toujours.

je suis attéré de vous voir exiger de la rigueur morale d'un homme qui a passé 20 ans en prison, tout en acceptant de votre gouvernement un soutien total au dictateur du Tchad, au "modèle de société" saoudien ou aux crimes de guerre commis tous les jours en Irak par les forces armées des USA.

Mais je le comprends, car il est évidemment bien plus facile d'insulter un homme seul qui ne se défendra pas; à moins que tous ces humanistes bien pensants eux aussi aient l'intention de soutenir Deéby, Bongo, saoud ou Bush...

Bert a raison, et c'est d'ailleurs Noam Chomsky qui explique très justement que si les lois du procès de Nuremberg étaient toujours en application, il faudrait pendre tous les présidents américains depuis 45.

Ce qui est triste c'est que depuis la fin de la guerre froide les consciences n'aient pas continué leur nécessaires critiques: Guantanamo est le premier Goulag du XXI siècle.

Qui est Jean-Marc Rouillan ? C'est la seule question à se poser. Quand on y répond avec la stricte monotonie du bourgeois de TF1, sans prendre le temps de consulter sa "raison", on devient tout simplement complice du système. Je conçois absolument que des gens ne partagent pas la vision de cet homme, mais qui le critique doit critiquer la société qui l'a poussée à mener de telles actions. Sinon on tombe dans du sécuritaire primaire, et tout le monde connait la vanité de cette dialectique.

Malgré tout le respect que m’inspire Monsieur Rouillan pour la radicalité et la constance de son engagement politique, je ne puis m’empêcher de m’interroger sur le sens de sa trajectoire.
Quasiment seul, coupé de réelles bases politiques , il a mené une lutte armée contre un ennemi sans visage ou qui prit le visage symbolique du PDG de la régie Renault ou d’un contrôleur général des armées .

Une très longue détention pour avoir abattu des symboles .
Autant je peux comprendre un voyou qui abat un convoyeur de fond pour rafler les quelques millions qui lui permettront de vivre en bon bourgeois autant j’ai du mal à comprendre cette recherche de « sainteté révolutionnaire » . Je me sens plus prés de Georges Brassens qui chantait « Mourrons pour des idées, d’accord mais de mort lente »

La Putaragne


Puissance et limite d'Internet ! En quelques lignes, on n'expose qu'une face des choses, et l'on s'expose à se voir renvoyer l'autre, ou plutot une autre face.

Faire toute réserve sur la trajectoire assumée de Jean-Marc Rouillan ne signifie certes pas vouloir le réenfoncer dans le carcéral. Et on peut avoir cette position tout en faisant les plus expresses réserves sur Déby, Bongo, Bush, ainsi que Castro Fidel et Castro Raul, Kim Jong Il, l'actuel titulaire du pouvoir chinois, ou encore les amis d'Al Qaida... et tant d'autres que nous oublions.

Quant à donner procuration à d'autres pour prendre les armes et se faire tuer afin de se et nous libérer des tyrans, permettez qu'on s'abstienne. On a déjà donné.

Les moralisateurs ont beau jeu de critiquer Rouillan et son choix de la lutte armée. Effectivement, il a tué des hommes considérés comme innocents par monsieur et madame tout-le monde ou coupables selon certains partisans d'un changement radical de société. Qui a raison ? Je ne sais pas. Toujours est-il que les membres d'Action Directe ont payé leur dette à la société, de leur vie pour certains.
Arrêtez d'exiger des survivants d'AD un repentir ou des excuses. L'important est ailleurs. Leur analyse du monde dans lequel ils vivaient ressemble à s'y méprendre à celle d'aujourd'hui.
Dans notre démocratie "parfaite" Sarkozy écoute le peuple en lui refusant un référendum, en réprimant à tout-và, en diminuant progressivement le peu de libertés qu'il lui reste (fichage ADN par ex) et j'en passe.
Qui y-a-t-il pour s'opposer face à lui? Des socialos et des centristes mous du gland qui se trahissent les uns les autres à la recherche de leur propre intérêt !!!
Arrêtez d'espérer un changement par les urnes ou par je ne sais quelle illusion démocratique ! Pour tout esprit à la recherche d'un changement radical, le problème du recours à la lutte armée se posera nécessairement tôt ou tard.

@ Haltla

Je comprends tout à fait votre critique, mais je pense qu'elle découle du fait que je me suis mal ou pas suffisamment exprimé.

Je voulais rappeler que Mr Rouillan a payé pour les actes qu'il a commis, il a effectué sa peine, et n'a pas bénéficié d'un régime de faveur, mais seulement de l'application de la loi. C'est en ce sens que je regrettais que l'on continue à lui reprocher ses actes, sans prendre en compte le fait que si l'accomplissement de la peine prévue par la loi ne purge pas la culpabilité, alors il n'y a pas de rédemption sociale possible. En clair et de manière réductrice, il a payé sa dette envers la société, de la manière prévue par nos lois.
C'est pour cela que je déplore que l'on continue à lui reprocher son comportement passé, comme s'il n'avait pas payé pour ce comportement, tout en vivant "à l'aise" dans une société profondément injuste dans laquelle, en notre nom, sont commis des crimes et des injustices qui vont bien au delà des actes pour lesquels il fut condamné.

Il ne s'agit pas de justifier ses actes parce que pire est commis par ailleurs, mais de rappeler que lui a été puni pour cela, quand bien d'autres restent impunis, quand ils ne sont pas cités en exemple.

Enfin, je voudrais rappeler que nous sommes nous, critiques, dans la possibilité d'évoquer ce pourquoi il a été puni, ce qu'il ne peut faire. De là mon intention de vouloir ne parler que du présent et des ses déclarations, et pas de ce sur quoi il ne peut s'exprimer lui même.

Et quand il rappelle son engagement dans une lutte "armée", je ne crois pas qu'il donne une quelconque procuration à qui que ce soit. Un tel engagement ne peut être justifié par un simple effet d'entraînement, sauf à vouloir plaider un manque certain de discernement et une personnalité très influencable. Il parle de lui, et de son passé, sans, me semble t'il demander à d'autres d'agir comme il le fit.

Deux commentaires à ce stade:

1/ Notre société est LA SEULE, au monde est dans l'Histoire de l'humanité, qui accepte de redonner une nouvelle chance à quelqu'un comme Mr Rouillan qui voulait la détruire, le veut toujours et a tué pour y parvenir. Cette singularité appelle à réfléchir. Si Mr Rouillan peut encore parler, c'est parce qu'il a échoué. Ce qu'il dit, d'une certaine façon, n'a donc aucun sens. Il veut toujours démollir ce sans quoi, il n'existerait plus. C'est ubuesque.

2/ une telle tolérance ne peut se concevoir, à mon avis et en partie à cause de l'illogique ci-dessus, que s'il y a repentance. Les fondements de notre civilisation et de notre droit, sont en réalité fondés sur les notions de repentance et de pardon qui seuls, peuvent réellement rendre justice. Si la Justice en France est si malade, c'est précisément parce qu'elle ne demande plus repentance aux bourreaux. Les victimes en retour ne peuvent donc plus légitimement pardonner (à moins d'être des saints), et par conséquent la haine monte.

A l'extrême inverse, on peut imaginer même si c'est utopique une société où tout bourreau qui se repent sincèrement, et obtient pardon du ou des victimes, n'aurait même pas besoin d'effectuer de peine. Dans un tel cas, la répression ne servirait en effet plus à rien puisque l'un serait converti de sa violence, et l'autre guéri de sa haine vengeresse.

Diego, quand bien même un coupable accepterait de se repentir après avoir commis un crime, cela constituerait-il pour autant une condition suffisante à sa réhabilitation dans la société ? Et s'il le faisait tout simplement pour échapper à une punition qu'il redoute pour pouvoir, peut-être, réitérer son forfait ?
Je suis pas certain que la notion de repentance et de pardon puissent rendre une véritable justice. Pour moi, cela relève plus de l'hypocrisie. La nature humaine est bien plus complexe.
Quant à Rouillan, il est clair, à mes yeux, qu'il n'a pas renoncé à détruire la société. Par la force des choses, il a déposé les armes pour continuer le combat avec sa plume et je ne vois pas en quoi ce qu'il dit n'a pas de sens.
Si je te comprends bien, la perfection et la grandeur de notre société seraient telles que cette dernière consentirait, par pure générosité, à laisser s'exprimer un de ses ennemis ? A te lire, c'est ce que tu sembles laisser entendre...

Ubuesque, non, paradoxal, peut-être, à première vue. La société en question, je ne suis pas sur qu'il voulait la détruire, mais il voulait la transformer. Quelles qu'aient été ses motivations, il n'a pas été puni pour cela, il a été puni pour des crimes de droit commun, pas pour une action politique. On punit l'acte, pas le motif. Selon votre raisonnement, il serait paradoxal de continuer à vivre en France si on a pas voté pour le président en exercice. Celui qui voudrait voir disparaître l'ordre politique actuel en général, sans commettre d'actes répréhensibles, celui-là conserve le droit d'exister dans le cadre de cet ordre, c'est ce que l'on appelle la liberté d'opinion et de conscience.

Je préfère un Rouillan qui est quitte avec la société, puisqu'il lui a payé sa dette, à tous ceux qui ont fraudé, volé, menti, puis fait amende honorable sans jamais juridiquement assumer leurs actes, pourtant répréhensibles. Que pensez-vous alors des lois d'amnisties, par exemple?

Je ne suis pas d'accord avec votre conception de la peine, qui selon vous exigerait la repentance. Outre la difficulté pratique de mettre en oeuvre une telle disposition (comment juger de la valeur de la repentance, sincère ou non, par exemple...), la repentance ne peut être que subjective, et ne pourrait être graduée. Et quelles conséquences en tirerait une société, de cette repentance?
La peine dans notre société a un volet punitif (le coupable est puni), un volet rétributif (le coupable doit des comptes à la société et à ses victimes), et un volet sécuritaire (le coupable est enfermé). Il est difficile, même selon la loi dite du talion, d'imaginer quelle peine supprimerait la douleur de la victime, voire sa haine. Nombreux sont ceux qui continuent à ressentir une haine immense envers des criminels depuis longtemps disparus, par exemple des bourreaux nazis ou du KGB.

Je ne crois pas que la justice en France soit malade dans ses principes. Elle est malade dans son quotidien. Pas de moyens, pas de perspectives, et un déni total de son existence par ceux qui devraient en garantir l'indépendance, le respect et la pérennité.

Puisque nous parlons d'utopie, j'ai le regret de constater que les fonctions régaliennes de l'état, à l'exception de celle concernant la sécurité intérieure ou extérieure, sont les parents pauvres de notre société, j'ai nommé, la santé, l'éducation et la justice. Il est devenu utopique d'imaginer que ces trois fonctions représenteraient l'effort le plus important que fournirait l'état. Il n'en est malheureusement rien.

La repentance est une notion qui a plus à voir avec le religieux et le subjectif qu'avec l'universalisme que recherche depuis 200 ans notre système républicain.

jm rouillan a tué deux hommes de sang froid, il ne l'a pas fait par intérêt personnel mais pour une cause qu'il croyait juste,il a durement payé ,et tous les ouvriers de l'amiante qui sont morts ou qui sont en train de crever!!ça s'appelle pas de l'assassinat ça??ils sont où les patrons ?en taule??ET TOUS LES GENS QUI MEURENT DANS LES RUES dans un pays riche comme le notre, ils sont où les responsables??EN TAULE???et RANUCCI??EXECUTE SANS PREUVE ,gosse de pauvre qui n'avait que sa mère pour le défendre?nos rues sont pleines de morts ,assassinés dans l'indifférence,je ne suis pas d'accord avec jm rouillan simplement parce que ça n'a pas marché mais il a toute mon estime!

S'en tenir à une justice qui constate, punit puis relâche en proportion au délit commis c'est du légalisme vide de sens, c'est la dictature de la Raison type 1792. Si l'on tue votre frère, aucune sorte de réparation matérielle et rationnelle ne pourra vous faire pardonner; or sans cette possibilité de pardon de la victime, je répète que selon moi il n'y a jamais justice rendue mais seulement "gestion de la haine et tentative de la limiter". La loi du talion est effectivement un des meilleurs moyens de la limiter, voire le meilleur.

Evidemment un juge ne peut jamais sonder le coeur d'un homme et savoir s'il désire réellement le repentir; évidemment, même à quelqu'un à genoux qui sincèrement vous demande pardon, il n'est pas facile de lui pardonner. Mais enfin je pense que c'est la meilleure approximation d'un idéal de justice, et c'est clairement en creux ce qu'il y a inscrit dans la longue histoire, chaotique et parfois cruelle, de la "civilisation occidentale". D'autres civilisations sont beaucoup plus pragmatiques par rapport à la façon de gérer la violence, la vengeance et les rapports de force. Nous allons devoir emprunter leurs méthodes si nous persistons à renoncer à ce qui, au fond, est sous-jacent à notre conception de Justice.

Il faut bien réaliser, à mon avis, que coupée de ses fondements anthropologiques repentance/pardon (sans forcément y ajouter une dimension religieuse, même si l'irrationnel et le spirituel viennent forcément s'en mêler) alors notre extrême tolérance actuelle ne fera qu'aggraver la violence et la haine, au lieu de les restreindre et de les nullifier.

Je suis frappé, de plus en plus, dans de nombreux procès graves, d'entendre les bourreaux déclarer qu'ils ne regrettent rien. Même après leur peine. C'est une preuve selon moi irréfutable que notre Justice dans ses fondements, ne fonctionne plus; elle se contente d'enregistrer platement les peines, mais ne contribue plus du tout à appaiser les tensions sociales.

Il est parfaitement légitime de s'opposer à certaines graves dérives de notre société actuelle, de chercher à la transformer, à l'améliorer. Je ne suis évidemment pas d'accord avec l'idéal sociétal défendu par Mr Rouillan - je pense qu'il conduit à l'enfer. Mais ce que je voulais dire, c'est que dans les sociétés dont l'idéologie sous-jacente est ou était proche de celle qui motivait Mr Rouillan, on n'aurait jamais donné de deuxième chance à des "opposants" comme lui. A moins de verser dans l'apologie de la violence pour la violence, il y a là une supériorité intrinsèque à la façon dont fonctionne "en théorie" notre modèle libéral-démocrate et en particulier sa conception de la Justice.

Ou dit autrement: Mr Rouillan nous signifie en gros que si sa société à lui avait réussi, un opposant de sa trempe dans une telle société aurait été éliminé. C'est effectivement toujours ce qui s'est passé dans les sociétés matérialistes qui visaient "la société parfaite".

Je m'excuse mais contrairement a Kezako je n'eprouve aucune sorte d'estime pour Rouillan meme si la spirale dans laquelle il a ete entraine a pour origine l'anti- franquisme et le capitalisme dechaine. Mais plutot de la peine de voir tant de gachis dans le laps de cette petite etincelle qui s'appelle la vie: ces hommes absurdement elimines par lui et sa propre vie jusque la ruinee par son delire egotique de vengeance et de haine.
Je lui souhaite apres en avoir tant bave en prison peut-etre de se deculpabiliser vis a vis de la societe et de enfin cultiver ce que l'on nomme la capacite d'aimer.
"Marche face au soleil sans craindre la brulure et laisse ton ombre lutter contre les tenebres dans ton dos" (proverbe chinois!...)

A lire d'urgence dès le 26 mars 2008, l'analyse du philosophe Vincent Cespedes ! Son nouvel essai, "Mai 68 - La philosophie est dans la rue" (éd. Larousse) révolutionne la vision que l'on a de Mai-68. Je l'ai lu en avant première : c'est jouissif et politisant. Idéal en ces temps de "pipolitique" (le mot est de lui) sarkozienne !
Son site > http://www.vincentcespedes.net

Apparemment, Rouillan n'a pas compris qu'il avait tué pour rien et que c'était une mauvaise chose. Parfois la lutte contre l'injustice crée de nouvelles injustices et la guerre libératrice finis par devenir une guerre quelquonque. Aussi, il faut bien reflechir avant de déclencher une guerre et être capable de l'arreter quand le resultat est mauvais. Les USA ne l'ont pas compris en Irak et les FARC non plus en Colombie. Le romantisme guerrier n'influence pas le jugement d'un homme vraimment noble car il crainds de faire couler le sang, même celui de ses ennemis.

à Diego 12h55
Faux!!
Cette société existe , et a utilisé le concept d' Ubuntu (pas la version Linux, je vous laisse chercher sur Wiki) qui vient des bantous, dans la commission de réconciliation d' Afrique du Sud....le combat non-violent de Mandela est d' ailleurs basé sur ce concept....une analyse sommaire de votre vocabulaire ( tolérance, pardon, repentance)me prouve que vos affirmations sont fortement teintées d'une vision du monde judéo-chrétienne qui ne saurait être l' alpha et l' omega de la connaissance des humanités....aussi mon petit Diego, je vous enjoins fortement à approfondir vos recherches sur les concepts, mythes et archétypes qui sous-tendent l' extraordinaire voyage de l' humanité vers la Lumière de l' Harmonie et de la compréhension de l' Univers...de l' infiniment grand à l' infiniment petit, s' entend, comme nous le conseille Hermès le 3 fois grand....
L' ignorance est une défaite aussi (Andrée CHEDID in "L' Autre")
Les mots me lisent (A. GATTI)
Votre dévoué Vieux grincheux

Pardon, repentance, tout ça c'est du blabla catholique, et jusqu'à preuve du contraire nous sommes dans un Etat laïc (pour combien de temps encore?) donc nous n'avons pas à nous occuper de notions religieuses comme celles-là.
En tant qu'athée, ces mots là n'ont absolument aucune valeur à mes yeux.

Concernant le combat de Jean-Marc Rouillan, s'il est bien évidemment légitime sur le fond, je pense qu'il a complètement fait fausse route dans sa manière de le mener.
Il aurait dû lire Bakounine, qui qualifiait déjà en son temps l'assassinat du tsar d'acte héroïque mais inutile.
Les oligarques qui tirent les ficelles ne sont que des pions du système. Eliminez en un, un autre prendra sa place. C'est le système lui-même qu'il faut renverser et non pas les hommes qui le gouvernent.

Bon, fin de la discussion je crois: dès que le moindre mot a une consonnance catholique, les boucliers des totalitaires se lèvent, rage au ventre et bave aux lèvres. Ca a un côté absolument hallucinant dans ce pays, quasi-mysthique et que rien de rationnel ne peut expliquer; je pense même que c'est l'une des causes enfouies et profondes du mal-être de tant de citoyens Français, comme une honte enfouie sur laquelle il est devenu impossible de revenir. De même que l'utilisation du mot "laïc", qui est lui-même d'origine chrétienne, et dont le sens est devenu tout autre en très peu de temps. Oui je suis croyant, et oui je suis un pestiféré par la doxa de ce pays. Je n'y peux rien, mais cela handicape complètement les relations sociales que je peux y avoir parce que les gens comme vous sont légions. Vous vous rendez sûrement compte que des Desmond Tutu, Martin Luther King, Lech Walesa sont/étaient aussi chrétiens et ont pourtant oeuvré sans jamais renier leur foi et ses fondements philosophiques à rendre plus juste et humaine les sociétés dans lesquelles ils vivaient. Mieux: ils leur arrivait de s'appuyer sur leur foi pour y parvenir. Libre à vous de jeter aux orties les notions de repentance/pardon; je pense que ce faisant, vous ne trouverez pas mieux que la loi du talion pour faire régner un semblant de paix, et que le durcissement de la répression ne pourra aller que croissant en Europe Occidentale, s'alignant sur la façon de rendre justice dans la plupart des autres régions du monde. Et j'ai pourtant pris soin de préciser que nul n'était besoin de religion et de dogme, pour croire et suivre cette notion de la Justice et du Bien - même si ça aide. Mais bon, je suis infréquentable à vos yeux.

Ma conclusion est la suivante: la peine qu'a subie Rouillan, et sa libération, n'ont servi strictement à rien. Elles n'ont aucun sens, ni l'une ni l'autre. Et je suis prêt à parier que les gens qui ont tant souffert de son crime, ne s'en portent pas mieux non plus depuis qu'une telle "justice" a été rendue. Sans cette repentance, seul le talion peut apaiser la haine à mon avis.

N'importe quoi! Etre athée c'est être totalitaire? L'intégrisme religieux fait décidémment encore des ravages...

Contrairement à Diego, je respecte les croyants, à partir du moment où ils n'essaient pas d'imposer leurs préceptes aux autres.

La différence quand on est athée, c'est qu'on ASSUME LA RESPONSABILITE DE SES ACTES. Le péché, la repentance, le pardon, tout ça permet de justifier l'injustifiable.
La loi du talion n'amène rien de plus. La haine engendre la haine, la violence engendre la violence.
Rentrer dans un cercle de haine et de violence n'apportera jamais rien de bon, si les MM. Bush et Sarkozy pouvaient comprendre ce genre de chose, le monde irait beaucoup mieux.

Ouais, vous respectez les croyants tant qu'ils expulsent de leur vocabulaire et de leur idées toute référence ne serait-ce que linguistique, à la religion. Alors même que toute langue humaine est probablement née à la base du religieux lui-même - voir l'origine des mots les plus anciens dans les langues les plus anciennes et chez les peuples dits "primitifs".

La haine engendre la haine, la violence engendre la violence. Je suis d'accord. Or nous devons bien avouer que l'humanité n'a jamais été et ne sera jamais capable d'éradiquer ni l'une ni l'autre puisqu'elles viennent du plus profond de nous-mêmes (mais c'est déjà peut-être un peu trop religieux comme affirmation). Donc l'Histoire des sociétés humaines est toujours la même: lorsque haine ou violence surgissent, comment les contenir et les faire régresser? Je suggère que l'arme la plus efficace est le couple repentance/pardon. On peut ne pas être d'accord, mais j'ai le droit de ne pas trouver cela complètement débile, et j'ai le droit de penser que sans cela, la loi du talion reste une façon relativement efficace de contenir ces haines et ces violences voire la meilleure. J'en veux pour preuve que cette loi du talion reste l'outil de justice numéro 1 dans de très nombreux pays, lesquels pour beaucoup sont paradoxalement moins violents que la société française actuelle dont la justice refuse le talion depuis longtemps (et je m'en félicite), mais refuse par ailleurs la seule alternative qui existe à mon avis lorsque l'on se paie un tel luxe, et si l'on ne veut pas voir ressurgir haines et violences démultipliées. Sarkozy et Bush ont bon dos, mais il ne sont bien évidemment pour rien dans la montée quasi-structurelle de la désociabilité, de la violence et de la perte de sens de notre justice que subit notre pays depuis plusieurs décennies, dans un lent mais implacable mouvement de crescendo.

Aux Etats-Unis, en avance de 20 ans sur ce genre de débats, on voit déjà de nombreux psychologues catalogués démocrates et "progressistes" qui militent pour réhabiliter cette sorte de thérapie repentance/pardon de peur de voir précisément les Chrétiens conservateurs triompher totalement grâce à ce levier sociétal particulièrement efficace.

Emouvante confession de JM.R.

Quant à la société...Faite d'hommes si peu reluisants elle ne me fait pas pleurnicher.

Pleurer pour les époux Bruni, merci bien !

Pleurer déplorer les avachissements du monde occidental, merci bien !

Bon courage Jean-Marc !

eh! mon petit Diego, tu sais lire, ou bien les pulsions de défense de ton cerveau reptilien sont elles en train de prendre le dessus...il existe d' autres civilisations qui ont défini notre humanité differemment...si tu es incapable d' aller plus loin sur le chemin de la connaissance, n' empêche pas les autres d' y aller....on pourrait discuter de l' énergie christique, de la façon dont Jesus l' initié l' a reçu, du symbolisme de la croix, bien antérieur à la "religion" chrétienne qui n' est qu' un syncrétisme...mais pour cela il faut accepter de remettre en cause les croyances...car la croyance n' est pas la connaissance, la foi est la blessure que le savoir guérit...quant aux 3 religions soi-disant révélées, elles ont échoué à "relier" les humains, tournons la page...merci!!!
Votre dévoué Vieux Grincheux

Préparant un doctorat de sociologie sur l’opposition extra parlementaire sous Franco, je tiens à apporter certaines précisions.
Il y a au moins deux livres qui sont sortis en français sur le MIL : « L’histoire désordonnée du MIL » le premier dans les années 80 qui est la vision d’un des membres du MIL qui « casse » ceux avec qui il avait des divergences et plus récemment « Mouvement Ibérique de Libération, mémoires de rebelles » à partir des témoignages de divers acteurs, dans lesquels Jean Marc Rouillan se taille d’ailleurs la part du lion…
Ce sont des témoignages croisés et il est peut être normal ( ?) que chacun se sente frustré de ne pas se reconnaître complètement dedans… en fonction aussi de ce qu’ils sont devenus et de l’image qu’il en a.
Certes par moment, on peut se perdre dans l’amoncellement des témoignages qui sont parfois contradictoires. C’est et excusez d’être cru, « un joyeux bordel ». Le MIL ne ressemble pas à l’image que l’on se fait habituellement d’une organisation armée structurée, carrée mais paradoxalement c’est peut-être ce côté vivant qui donne une dynamique et qui peut interpeller… On peut déplorer que cela ne soit pas l’histoire du MIL, autorisée ou non, qu’il manque une analyse politique mais, l’air de ne pas y toucher, ce livre est insidieux et peut être bien plus efficace qu’un manifeste où sont égrenées toutes les raisons « objectives » de lutter car il en ressort une évidence qu’on oublie souvent : On ne se révolte pas au nom d’un discours politique et la révolte ce n’est pas rentrer dans les « ordres ».

Comme l’histoire du MIL n’a pas été encore racontée par les membres, cela soulève quelques questions de fond. L'écrivain Rouillan, veut-il être le seul « dépositaire » de cette histoire, veut-il gommer de la photo de « famille » tous ceux qui ont « trahi » leurs idéaux ou ceux qui ne sont pas en accord avec lui ? Qui est légitime pour en parler ? Ceux qui n’ont pas « trahi »? Dans ce cas ils sont peu nombreux…
En son temps Guy Debord avait trouvé le subterfuge : faire écrire l’histoire de l’Internationale Situationniste par quelqu’un sous son contrôle.

Un soir, à l'Utopia Toulouse, projection de "Ni vieux ni traitres". On y voit les "anciens" qui égrènent leurs nostalgies de poilus un soir d'été sous la tonnelle en faisant tourner des photos d'époque, juste avant que retentisse la voix qui accuse : "vieux et traitres !". Silence embarrassé au générique.
Avec un palmarès aussi stupéfiant, il était difficile de croire que les "grognards" français qui ont survécu au naufrage étaient traqués au point de négliger de nous léguer ce qui, vingt ans plus tard, nous est plus que jamais vital : apprendre, résister. Pour instructeurs, nous avons eu des huissiers, des frigos vides et la sérial killeuse péroxydée des assédic. On a vu mieux. Sans doute nous n'étions pas aussi désespérés en 80 que nous le sommes aujourd'hui, jamais nous n'avons eu autant besoin d'AD. Alors, quand l'été dernier on apprend quasi attendri qu'une petite bombinette est trouvée dans les chiottes de Parisot, on rigole en se disant que la relève est là malgré tout et que cette fois, les temps sont mûrs.
Demain peut-être et en y croyant très fort, le souffle de la rue qui, par nature, préfère toujours l'insurrection à la guérilla même si l'une se nourrit de l'autre. Pour finir, nous devons tous un immense respect à ceux d'AD qui ont refusé de marchander un repentir malgré les conditions effroyables de leur enfermement. Notre héritage ? Les livres de Rouillan, magnifiques, qui secouent fort et qui éduquent au delà de ses espérances.
Ps : Pensées fortes pour Cipriani dont la plume, elle aussi, est aussi belle que rare.
gisou

Tout être humain - si attachant soit-il - qui pense qu'on peut résoudre quelque problème que ce soit en versant le sang de ses semblable - quels qu'ils soient - me fait épouvantablement PEUR...

Je viens de lire le livre écrit par Duhourq et madrigal "Mouvement Iberique de Liberation, mémoires de rebelles" que j'ai trouvé fort interessant. Lecture faite de l'interwiev de rouillan, je reste un peu perplexe quand il dit qu'aucun des acteurs du MIL n'a témoigné ... Comme le disait Marc Bloch le plus grand adversaire de la vérité n'est pas le mensonge mais la manipulation qui lui est faite.

on peut être ou ne pas être d'accord avec cet homme...Jean-Marc Rouillan et ces convictions reste que cet homme ne renie rien de son histoire et de son parcours. Pour ma part c'est une figure historique de la France. Il est resté digne malgré le traitement animal que lui est ces compagnons on subit. Certains ici, regrette qu'il n'est pas eu un mot pour les deux personnes qu'il a tué; moi j'ai envie de dire mais est ce que les parents de ces victimes se sont récemment manifesté, est ce que les enfants des ces deux victimes sont allé le voir de visu et de chaire pour comprendre. Alors continuer à attaquer un homme qui se bat pour vivre et faire entendre une parole différente que ce que l'on peut entendre je trouve cela assez lâche. Je trouve cet homme d'une extrême lucidité et extrêmement touchant. Bravo l'artiste.

solide et droit dans ses baskets. Il a le droit de croire à la lutte armée et de le dire; et il en a le courage! ça nous change du discours ambiant... moi, je n'y crois pas car la lutte armée, c'est souvent le pouvoir à ceux qui manient les armes...à part ça, il n'a pas le droit d'évoquer les deux assassinats, donc, impossible de savoir s'il a tiré des conséquences et lesquelles? j'espère qu'il ne retournera pas en prison: ce serait un délit d'opinion!

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