Un SDF sur les écrans de cinéma : une toile pour un toit
Jean-Henri Meunier, 58 ans, réalisateur du film «Ici Najac à vous la terre» selectionné à Cannes en 2006 et pour les Césars en 2007, vit à Toulouse depuis deux ans. L’hiver dernier, il a suivi, caméra à l’épaule, quelques-uns des SDF du campement des Enfants de Don Quichotte installés sur les allées François Verdier.
Résultat : un documentaire façon road movie et sans commentaires intitulé «Rien à perdre».
Le cinéaste «élevé à la musique des Doors et aux textes d’Henry Miller et de Kerouac» qui avoue avoir commencé à «faire du cinéma pour échapper à l’usine et ne pas devenir prolo comme (son) père» a reçu LibéToulouse dans sa salle de montage. Entretien
Libé Toulouse : Qu'est-ce qui a inspiré ce film dont le héros est un SDF ?
Jean-Henri Meunier : Une rencontre avec un SDF, justement. Un dénommé Fakir croisé rue du Taur. Il se baladait son sac sur le dos avec une coupe sportive à la main en criant à la cantonade : «j’ai 43 ans aujourd’hui, je suis SDF mais je m’en fous. Ce soir je vais faire la fête !». Il est passé devant moi. Je l’ai rattrapé et nous sommes allés boire un verre ensemble.
Huit jours après, je l’ai revu sous le Pont Neuf. J’avais ma caméra avec moi car je pensais faire un film
sur Toulouse. J’ai commencé à le filmer. Il y avait beaucoup d’humanité dans ses yeux. Une semaine plus tard il faisait la grève de la faim avec d’autres SDF devant le Capitole pour protester contre le harcèlement de la police municipale.
Début janvier 2007, je l’ai à nouveau retrouvé sur le campement monté par les Enfants de Don Quichotte sur les allées François Verdier. Je me suis retrouvé à le filmer lui et d’autres pendant les 5 mois et demi de leur occupation. A partir de ce moment là, je ne pouvais plus faire autre chose. Je suis comme ça. Je me laisse embarquer par les gens. Ce qui m’intéresse c’est le chemin que je parcours avec eux plutôt que le but à atteindre.
Qui sont les SDF de «Rien à Perdre» ?
Jean-Henri Meunier : Quand on dit SDF cela ne veut rien dire, car ce terme sous entend des cas de figures et des parcours individuels différents. Sur le campement des Enfants de Don Quichotte, il y avait des individus très jeunes en rupture sociale pour qui c’était juste un moment de vie avant de rentrer dans le rang.
Et puis il y avait les plus nombreux pour qui le fait de se retrouver la était dû à un accident de parcours. Ce sont des monsieur et madame tout le monde qui d’un coup accumulent les galères : la perte de leur emploi, un grave problème familial, un divorce et qui finissent par se retrouver à la rue très vite. Ils sont représentatifs de la société dans laquelle nous vivons.
De la même manière que tous les SDF ne sont pas alcooliques ou drogués, il n’y a pas de SDF type. L’époque des clochards célestes et des routards de la «beat generation» est terminée.
Il n'y a aucune violence dans vos images. C'est un choix ?
Jean-Henri Meunier : J’ai volontairement zappé plein de choses dans la vie du camp des allées François Verdier notamment les bastons, les tensions, les mecs défoncés. La plupart du temps c’est à cela que les médias s’intéresse. Je ne voulais pas apporter de l’eau à ce moulin. J’ai voulu monter des gens qui ne méritaient pas d’en être arrivés là et qui se battaient pour obtenir un logement décent.
En cela mon film est un parti pris qui n’est pas représentatif des Enfants de Don Quichotte.
Quel regard portez-vous maintenant sur la société française ?
Jean-Henri Meunier : Cette société est très individualiste, elle est écoeurante. Les écarts entre les gens sont trop grands. Quand je vois les salaires des footballeurs qui sont payés des fortunes pour jouer à la baballe et quand j’entends qu’on augmente le SMIC de 1 ou 3 pour cent cela me révolte. Jusque où cela va t-il durer ? Quelle est la goutte d’eau qui va faire déborder le vase ?
Plus largement, le côté vicieux de notre système capitaliste est qu’il distribue des miettes qui permette de maintenir la chappe. Le RMI, la CMU sont des pansements qui permettent que ça n’explose pas trop. Pour l’instant, les gens n’ont pas assez faim pour tout foutre en l’air mais ça peut venir.
Ce film illustre vos intentions militantes ?
Jean-Henri Meunier : Son but en tout cas était d’essayer de toucher le plus de gens possible. D'aider à éveiller les consciences. En même temps je ne me fais pas d’illusions. Ce ne sont pas les artistes qui déclenchent les révolutions.
Recueilli par Jean-Manuel Escarnot




bonjour , le but est atteint , suis consternée par tant de souffrances et d'injustice sociale
Rédigé par: vernet | 20/04/2008 à 09h35
Ne confondons pas une philosophie ( la Beat-Generation ) avec le cas des S.D.F. Ceci dit, si les artistes ne peuvent faire la révolution, ils peuvent y contribuer. Merci à ce Monsieur.
Rédigé par: hosteen | 20/04/2008 à 12h19
J.H.Meunier a raison de nous montrer la vie des sdf et de nous rappeler que chacun d'entre nous peut trébucher et le devenir. Mais il se trompe lourdement en disant : "Les gens n'ont pas assez faim pour tout foutre en l'air mais ça peut venir". J'imagine que cette stupide idée est venue au cinéaste entre la poire et le fromage. Monsieur Meunier ça ne peut pas venir. Quand on a faim, on ne cherche pas à changer la société collectivement mais à trouver de quoi bouffer individuellement. Les affamés qui renversent le capitalisme ça existe, mais au cinéma seulement.
Rédigé par: oseille | 20/04/2008 à 16h46
Hi from Victoria BC Canada!
Is your information and film available in English? I'm interested in the topic of homelessness and came across your film. Wondering if it would fit into my program.
B
Rédigé par: Bruce Saunders | 10/12/2008 à 02h45
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Rédigé par: lqjzbcms eptkhouj | 22/03/2009 à 04h43
Merci pour ce film.
Pas pour le film en lui-même, mais car je connais le Fakir depuis maintenant une dizaine d'années, bien avant qu'il n'arrive à Toulouse, & que je sais que c'est un grand homme, malgré sa petite taille & sa déformation, je le considère comme un père, car il m'a appris à aimer les gens & à ignorer la haine.
Si les chefs d'états étaient élus au mérite, il aurait tout à fait sa place.
Car Fakir, ce n'est pas un simple SDF, si il avait voulu choisir la voie de la facilité il l'aurait eu depuis longtemps, mais non, il refuse de voir des gens souffrir sans rien faire, donc il va se battre à leurs cotés. Et pourtant il a aussi ses mauvais cotés, mais pour lui les autres passent toujours en premier.
Respect envers un grand homme petit, que je considère comme un père.
Rédigé par: Bill | 18/05/2009 à 09h48
tres chere monsieur Bill vous connaisez le fakir "comme vous l appelez" moi je l'appel Phillipe sont nom c le meme que moi (je ss son frere). Quand je lis qu'il vous a appris à aimer les gens.....et qu'il est un père je ss content pour vous... Alors expliqué moi pourquoi il a fait tant de mal à sa famille non pas par les geste , mais par le comportement. Des nuits blanche d'inquietude , des pleurs... a sa mere a sa Gd mere et les intérroguations qu on a tous eu a se demander POURQUOI. Personne ne la laisser tomber quand il a eu besoin . Personne ne peut souhaiter le malheur des autres mais il ne faut pas non plus le provoqué. Peut etre que je n ai pas tous compris à la vie mais je crois que d'avoir du respect et de l'amour envers les autres et sa famille , ca ne doit pas etres une philosophie a filmer , mais sa doit venir du fond du coeur . très cordialement
Pascal
Rédigé par: Picrel Pascal | 12/07/2009 à 21h23