Rachid Taha : le Marathon des mots, c'est comme la messe
Grand chapeau, pompes italiennes blanches et costard de Blues Brother.
A bientôt 50 ans, Rachid Taha, icône rock catégorie Joe Strummer, Brian Eno ou Patti Smith, vient d'écrire «Rock la casbah», une autobiographie qui lui ressemble, décousue et pittoresque.
La voix enroué, un verre de whisky à portée du micro, il en a lu quelques extraits au public du Marathon des mots dans le cloitre des Jacobins.
Aprés la lecture, entretien avec un clochard céleste autour de quelques verres.
Libé Toulouse : Vous avez participé à la marche des beurs dans les années 80. Aujourd'hui quel est votre regard sur les jeunes des banlieues?
Rachid Taha : J'ai un regard d'amour sur eux. C'est les autres qui n'ont pas de regard. Ils parlent des quartiers sensibles, c'est super! Ça veut dire que les autres gamins viennent des quartiers insensibles, alors ?
J'ai un fils de 23 ans. Il me dit que pour faire passer mes idées aujourd'hui il faut aller à la Star Academy ou chez Cauet. Il a raison. La seule fois où j'ai chanté «Ya Rahah» dans une émission comme celle la, c'était chez Arthur. Le lendemain, il y avait dix millions de beaufs qui chantaient «Ya Rayah» en arabe dans les karaokés.
Ceux de ma génération ont baissé les bras. Á l'époque de la Marche des beurs et du groupe «Carte de séjour», nous avions une grenade dans la main, mais on ne l'a pas dégoupillée. Elle est toujours dans ma poche. C'est pour ça que j'ai écrit ce livre et que je continue à faire de la musique.
Libé Toulouse : Vous qui avez repris la chanson «Douce France» à l'époque du groupe «Carte de Séjour», comment vivez vous dans la France de Nicolas Sarkozy?
Rachid Taha : Ce n'est pas la France de Sarkozy. C'est notre France. J'ai horreur de voir rejeter toutes les fautes sur un seul mec. C'est nous les responsables. Quand tu vois que ce mec a été soutenu par des gens soi-disant de gauche qui ont fait mai 68! Arrêtons de nous plaindre. Il a fait un numéro et il gagné. Mais ça ne m’empêche pas de continuer à me battre. Mon combat, c'est de donner du sourire aux autres et de rassembler.
Libé Toulouse : Parlez nous de votre prochain album
Rachid Taha : Ce sera un album country. Je veux le faire à Nashville. Dans cette histoire, j'ai embarqué Rodolphe Burger et Brian Eno. L'idée c'est de l'enregistrer entre le Bénin, la Nouvelle Orléans et Nashville. Cet album sera un voyage, comme celui des esclaves partis d'Afrique et débarqués en Amérique. C'est ça l'histoire du rock. Ca s'appellera : «It's now or never». C'est le titre d'une chanson d'Elvis Presley. On peut la traduire par «c'est maintenant ou jamais»
Libé Toulouse : Comment s'est passé votre lecture au Marathon des Mots?
Rachid Taha : Le marathon des mots c'est bien. On dirait une messe. Les gens aiment la messe. C'est la première fois que je faisais une lecture en public. J'ai pris un ton humoristique mais en même temps ce que je lisais était triste. J’ai lu des extraits sur l’exil, la difficulté à trouver sa place. Le public a ri.
Recueilli par Jean-Manuel Escarnot
Rock la Casbah, Rachid Taha aux Editions Flammarion.


c'est un grand bonhomme, ce mec !
Rédigé par : bachet | 15/06/2008 à 19h54
Il faut attendre la dernière question pour réaliser qu'on est bien sur LibéToulouse, et non pas sur LibéParis...
Rédigé par : jjw | 16/06/2008 à 01h35
Absolument d'accord Bachet !
Rachid Taha est un grand, trés grand Monsieur. En France, on sait pas trop où le caser, d'autant qu'il est assez insaisissable ce qui ne facilite pas sa "carrière". C'est dommage que les journalistes restent bloqués sur Carte de Séjour et ses avis sur les beurs et la banlieue... Limiter ce grand Monsieur et sa musique à ça...Entre ses débuts et son prochain CD, il y a des albums précieux. Quant au Marathon, quelqu'un de très proche m'a raconté : visiblement, certains comportements dans le public n'auraient pas démérités lors des plus belles heures du colonialisme français en Afrique du Nord... C'est à gerber.
Rédigé par : Rikar Zaraï | 16/06/2008 à 10h15
Sympa Rachid, son dernier pétard a mis le feu au festival couleur café de Bruxelles et on veut +.
Rédigé par : Gildon | 22/06/2008 à 15h16
Lu le livre de Rachid plusieurs fois. trop proche pour pouvoir écrire "une critique". Ne suis pas née en Algérie et pourtant y ai retrouvé tant de choses communes à toute une génération de quinquas qui parfois allaient au bord de la mer ... avec leur frère, leur père leur mère. histoires différentes, histoires semblables d'enfants d'ouvriers dans les années 60/70; un ouvrage touchant, triste, bien écrit, sensible et... parfois un peu agaçant (partie sur le milieu show-bizz, propos sur certains points politiques),comme sait l'être Rachid, trop tripal,... trop souffrant? tendance à généraliser QUI conduit à des inexactitudes et em même temps beaucoup de choses très justes. Sur le public qui rit aux propos tristes : banalité de la bêtise,de l'ignorance tout simplement qui cible toutes les fragilités, quelles qu'elles soient. rOCK LA CASBAH, un livre avec de beaux moments de fulgurance, de sensibilité , un livre pour toute ma génération...et pour les plus jeunes. Sur titre et Titre que j'aurais mis pour ce livre :
"IL revient à ma mémoire...".
CETTE BLESSURE QU'IL FAUT TENTER DE SUBLIMER
Rédigé par : Alicia | 07/07/2008 à 22h32
PS : Pourquoi faire un lien sur le site "Libé Lyon" à partir de l'expression "quelques verres". cà fait vendre? Ai été je crois l'une des premières personnes à demander à la Rédaction en chef de Libé de faire un papier dans l'édition nationale. Pas de suite. Mais c'est aussi le cas pour bien d'autres sujets. Parfois encore plus importants.
Rédigé par : Alicia | 07/07/2008 à 22h39