La Cimade dénonce l'industrialisation de la rétention administrative
SOCIÉTÉ. Depuis le décret du 22 août du ministère de l’Immigration dirigé par Brice Hortefeux, la Cimade n’est plus la seule association habilitée à pénétrer dans les centres de rétention pour y apporter une aide juridique aux étrangers en attente d’expulsion.
Le nouveau texte de loi limite sérieusement ses prérogatives en la matière en ouvrant à toute personne morale le marché public, doté d’un budget de 3,5 millions d’euros, de l’aide à l’exercice des droits des étrangers en rétention administrative.
Selon Damien Nantes, responsable du service "défense des étrangers reconduits" à la Cimade, cette mission ouverte désormais à une multitude d’intervenants supprime «toute vision d’ensemble sur la rétention administrative passée en phase d’industrialisation avec la construction de nouveaux centres comme celui de Toulouse». Entretien.
Libé Toulouse : Quelles sont, selon vous, les conséquences de ce décret ?
Damien Nantes : Jusqu’ici, le fait d’avoir une seule association de dimension nationale comme la Cimade habilitée à intervenir pour le droit des étrangers à l’intérieur des centres de rétention permettait de résister aux pressions. C’était la garantie d’une certaine indépendance vis-à-vis des pouvoirs publics. Avec ce décret cette mission d’assistance aux étrangers en rétention administrative est désormais divisée en huit sous missions distinctes. A l’avenir, il sera impossible d’avoir une analyse d’ensemble sur la situation dans les centres de rétention en France.
Que pensez-vous des clauses de confidentialité et de neutralité ajoutées dans ce décret?
Damien Nantes : L’introduction de ces clauses de neutralité et de confidentialité vise à interdire de témoigner. Sur la réalité de la vie à l’intérieur des centres de rétention, le respect des droits de l’homme et les conséquences humaines de la politique menée en matière d’expulsion.
L'Etat souhaite visiblement le silence là où il y avait un regard de la société civile sur l’enfermement administratif dans les centres de rétention. Il y a aussi une modification dans l’énoncé de la mission impartie qui nous inquiète. Désormais il n’est plus question d’une "mission d’information et d’aide à l’exercice des droits des étrangers" mais d’une "mission d’information EN VUE de l’exercice des droits des étrangers". Cela peut sembler anodin. Mais cela peut vouloir dire que désormais il faudra se contenter de donner une information au lieu de s’entretenir avec les étrangers retenus dans les centres de rétention pour les aider individuellement en fonction de leur parcours personnel.
Qu'en est-il du centre de rétention de Toulouse en particulier ?
Damien Nantes : Il fait partie des centres de rétention à l’aspect de plus en plus carcéral construits récemment dans le cadre de la politique du «chiffre» basée sur les quotas de reconduite aux frontières. C’est un centre très grand de 136 places où tout est automatisé. Il a la triste particularité d’accueillir des familles et des enfants avec tout ce que cela implique de traumatismes.
Il correspond à une "industrialisation" de la rétention. Laquelle s'accompagne de l’arrestation de personnes vulnérables –handicapés mentaux, malades, personnes âgées- et de personnes qui ont passé une grande partie de leur vie en France. Cela crée une grande colère et une angoisse très forte à l’intérieur. L’application mécanique de la loi en matière de séjours des étrangers met les fonctionnaires de ces centres et les policiers sous pression. Compte tenu de tout cela, il n’est pas impossible que des mouvements de révolte comme ceux de Vincennes éclatent un jour ou l’autre à Toulouse.
Propos recueillis par Jean-Manuel Escarnot


Ne serait-il pas intéressant de retrouver des témoignages de l'époque où à Drancy une cité HLM fut transformée en camp de rétention ? Des témoignages des habitants du Drancy de l'époque, je voulais dire. Car l'apathie dans laquelle nous laissent de telles nouvelles est proprement alarmante.
Rédigé par : Lephauste | 09/09/2008 à 19h47
cher monsieur, n'est il pas un peu simpliste de dire qu en etat la seule organisation , la CIMADE était indépendante et que les futures autres instances ne le seront pas. Ou voulez vous simplement gardé pour vous seul les prérogatives et etre la seule instance à pouvoir vous prononcer. un seul avis peut laisssé penser qu'il 'est peut etre pas neutre ou totalemnet denué de conviction politique ou ideologique,
Rédigé par : poyet | 09/09/2008 à 19h48
Je ne suis pas à la CIMADE mais il faut reconnaitre que le travail effectué par cette organsiation est exemplaire et sa place n'a jamais été revendiquée par qui que ce soit.
Par contre dans la logique de "diviser" pour régner, jeter le trouble, faire de la désinformation,... il est évident que le pouvoir veut introduire dans la place des organisations fantoches à son entière dévotion... c'est d'un classique ! ! ! !
Rédigé par : Mario | 09/09/2008 à 21h55
A Poyet
je n'ai pas compris dans les propos de M.Nantes qu'il demande à ce que la CIMADE reste la seule association à intervenir : il déplore plutot qu'aucune association ne pourra être présente dans tous les centres et ainsi avoir une vision globale. Autrement dit, la technique de M. Hortefeux est simple : diviser pour mieux régner.
Si le but est vraiment d'avoir différents sons de cloche, alors il vaudrait mieux permettre à plusieurs associations d'être présentes dans chaque centre.
Par ailleurs si le marché est en effet ouvert aux "personnes morales" cela signifie que des sociétés pourront intervenir. Ecoeurant.
Le Gouvernement a décider de "mettre le couvercle" sur ce qui se passe. Il ne veut pas que l'on en parle. Aurait-il peur que l'on fasse le rapprochement avec de sombres heures de notre histoire ? Aurait-il honte ? Visiblement, la Droite n'est pas encore totalement décomplexée vis à vis de son passé...
Rédigé par : sombres heures | 09/09/2008 à 23h40
réponse à Payet,
cher monsieur, avez-vous vraiment lu l'article avant d'écrire?
Il n'est pas dit que la parole d'autres serait moins qualifiée mais que multiplier les intervenants va diviser les possibilités de recueil d'informations à un niveau national (interdiction de présenter un dossier à plusieurs) et la clause de confidentialité va faire que cette parole sera confisquée.
Rédigé par : drwatson | 09/09/2008 à 23h51
Cher monsieur, ne payez vous pas là le fruit de si peu de partialité de la part des différentes représentations de la cimade sur le territoire national ? A ce jour vous n'avez que très peu de crédibilité et vous ne devez la portée de vos requêtes qu'à la bienveillance du corps juridique idéologiquement à gauche. L'ouverture vers de nouveaux esprits, de nouvelles réflexions ou manières d'aborder la défense des étrangers ne donnera je pense que plus de légitimité à vos requêtes. A l'inverse de vous je pense que pour être légitime il faut se contenter dans certains cas de donner une information et se battre pour les cas qui le méritent. Mais idéologiquement, effectivement, la cimade n'est pas prête à accepter cela puisque tous les étrangers sont les bienvenus ....
Rédigé par : momozao | 10/09/2008 à 00h26
Il va, bien sur, de soi que momozao est lui légitime et impartial !
Rédigé par : mfj | 10/09/2008 à 14h59
Je voudrais un éclaircissement sur un point : comment Hortefeux justifie-t-il le devoir de confidentialité ? S'il ne se passe rien de répréhensible dans les centres de rétention, pourquoi demander la confidentialité ?
Rédigé par : karo | 15/09/2008 à 15h24