Jean-Marc Izrine: le vrai problème juif, c'est le sionisme
Le militant associatif, juif, anarchiste et syndicaliste Jean-Marc Izrine répond aux commentaires suscités par ses prises de positions au lendemain de l'attentat contre la synagogue de la rue Rembrandt à Toulouse :
DÉBAT. «Je ne pensais pas que mes propos, présentés par LibéToulouse au lendemain de la dégradation de la synagogue de Bagatelle, allaient susciter un tel déchaînement d’agressivité passionnelle. Quelques précisions afin d’étayer mes citations dans cet article du mardi 6 janvier :
Je suis effectivement issu d’un couple mixte : seul mon père est juif. Mon histoire familiale fait que le côté juif a pris une ascendance certaine sur ma personnalité. Je ne vois pas pour quelle raison mon cousin, issu comme moi d’un couple mixte et aujourd’hui religieux orthodoxe vivant en Israël serait plus juif que moi au seul motif qu’il est juif par sa mère.
Le nom que je porte et qui est aussi celui de mes enfants est suffisamment éclairant pour craindre les manifestations d’antisémitisme. C’est entre autre cela qui me touche dans une forme d’appartenance à la judaïté. Par ailleurs, face à la dissolution du judaïsme diasporique, le courant du judaïsme libéral a l’intelligence de reconnaître qu'est juif celui qui revendique sa judaïté.
Georges Perec donne aussi la définition suivante: «être juif, ce n’est pas un signe d’appartenance lié à une religion, à un folklore ou une langue, ce serait plutôt un silence, une absence, une mise en question, un flottement, une inquiétude : une certitude inquiète».
Ceci pour dire que le judaïsme a de multiples facettes et que c’est tout sauf un bloc monolithique.
Le judaïsme s’est nourri dans son évolution des sociétés dominantes qui l’entouraient. Le sionisme est aujourd’hui la pensée majoritaire. Ce qu’il n’était pas au début du XX° siècle. Il s’est construit en parallèle des autres mouvements sociétaux au début du XIX°.
La pluralité politique parmi les juifs ne date pas d’aujourd’hui et je ne pense pas que dans l’historiographie officielle du judaïsme, Bernard Lazare qui fut le premier défenseur de Dreyfus et ami d’Emile Zola ait été rejeté parce qu’il était anarchiste et donc marginal.
Il y a toujours eu des résistances minoritaires qui se sont insurgées contre les oppressions. Pour exemple, les militants anticolonialistes qui lors de la guerre d’Algérie ont pris fait et cause pour la libération du peuple algérien n’étaient-ils pas Français ? Aujourd’hui en, Israël, le bloc de la paix, ou se trouvent pèle mêle, «les femmes en noir», «les amis de M. Warchawsky», tout comme «Les anarchistes contre le mur» qui font des aller-retour dans les geôles israéliennes, sont, juifs et Israéliens.
Je ne vois pas pourquoi ceux-là n’auraient pas leur pendant dans la diaspora. Je peux témoigner d’ailleurs que je n’étais pas seul à avoir des origines juives dans la manifestation de samedi dernier. Mais un autre problème sur cette question se fait jour :
Notre génération militante a dépassé le stade de l’intégration, nous sommes aujourd’hui assimilés et réagissons face au conflit israélo-palestinien au travers des organisations politiques ou sociales auxquelles nous adhérons. Cela ne veut pas dire que ces militants font fi de la part de judaïté qui est en eux. Simplement, ces militant-e-s choisissent de la garder dans la sphère de l’intime plutôt que de la porter sur l’espace public. Il y a, du coup, un décalage de lisibilité avec la pensée sioniste qui s’affiche publiquement.
Même si ma pensée libertaire me mène à l’athéisme, je tiens a préciser que quelles qu’en soient les origines délictueuses, la dégradation d’une synagogue à Bagatelle ne me fait pas plus sauter de joie que celle de la mosquée de Colomiers. Je condamne ces actes gratuits sans ambiguïté.
Je finirai avec quelques exemples liés à l’histoire de la pensée sioniste : On ne peut pas incessamment jouer le rôle de forteresse assiégée en oubliant que le petit David israélien s’est transformé en Goliath. Ceux que l’on appelle «les nouveaux historiens israéliens» retracent les actes et la pensée agressive du sionisme envers les populations autochtones de Palestine. Pourtant ceux-ci ne sont pas pour la plupart antisionistes, ils ont l’honnêteté et le courage d’assumer un rôle historique, pas toujours reluisant de l’État d’Israël envers les populations voisines, voire non juives qui vivent à l’intérieur de ses frontières.
Point plus précis, il ne faut pas oublier que dans les années 1990, les services secrets israéliens ont favorisé sur le terrain l’implantation du Hamas au détriment des organisations laïques palestiniennes. Á force de jouer avec le feu, eh bien on se brûle !
Il semble bon de rappeler aussi que le visionnaire Isaac Rabin avait compris qu’il fallait faire la paix avec Yasser Arafat, afin d’éviter les dérives militaires. Le chef du gouvernement israélien Rabin a été assassiné par un militant juif de l’extrême droite israélienne. Cette situation a été possible grâce au climat délétère orchestré par la droite de ce pays ; la même qui rivalise en surenchère militariste, aujourd’hui, au travers de ses factions politiques.
C’est sur cette pente dangereuse que les institutions juives officielles veulent entraîner les juifs progressistes de France. Il n’en est pas question et je dirais même que le vrai problème juif actuel : c’est le sionisme».
JEAN-MARC IZRINE
NB : L''UJP mentionnée par LibéToulouse n'est autre que l'UJFP : Union Juive Française pour la Paix.


Total respect Monsieur Izrine !
Rédigé par : Liberté Egalité Fraternité | 12/01/2009 à 18h23
Un peu d'analyse froide et humaniste dans le déchainement des passions... ouf !
Merci Jean Marc
Rédigé par : JFM | 12/01/2009 à 19h05
Tout cela est tellement juste et si rarement dit...
Rédigé par : Rachel | 12/01/2009 à 20h34
Enfin ! merci à vous pour ces quelques lignes, qui gagneraient à être lues par les extrêmes de tous bords.
Rédigé par : Stéphane | 12/01/2009 à 20h34
Etre libertaire ne dispense pas d'un peu d'exactitute, donc:
question 1 (au rédacteur Izrine): Judéité ou judaité?
question 2 (à l'anarchiste Izrine): le sionisme n'a-t-il pas disparu depuis la privatisation des kibboutz?
Rédigé par : Histoire Belge | 13/01/2009 à 06h58
Pourquoi en france faut-il etre juif pour pouvoir parler librement de sionisme sans etre taxé d'antisémitisme ?
Rédigé par : didi | 13/01/2009 à 06h59
c'est aussi ce que je pense et ce que
je crie !
le vrai problème c'est le sionisme ! attention quand vous dites ceci on vous taxe de suite d'antisémite... trop fastoche l'accusation, non !?
Rédigé par : Martine à Jéruzalem | 13/01/2009 à 07h00
Excellent !
Rédigé par : Mario | 13/01/2009 à 07h01
Merci jean-Marc...
On peut dater la fuite en avant colonialiste de l'Etat d'Israël de la mise à l'écart de Moshe Dayan, partisan du retrait des territoires occupés, par Golda Meir. Il paraît pourtant difficile d'affubler Dayan du qualificatif d'antisémite, ni même d'antisioniste...
Ceci dit, que le procès en antisémitisme soit systématiquement instruit pour disqualifier toute contestation de la politique coloniale d'Israël, ne doit pas non plus laver de tout soupçon d'antisémitisme certains des opposants. Qui seraient plus crédibles si leurs indignations étaient moins sélectives.
Rédigé par : ravachefolle | 13/01/2009 à 11h47
MERCI
Rédigé par : Lena Storm | 13/01/2009 à 11h49
"Pourquoi en france faut-il être juif pour pouvoir parler librement de sionisme sans être taxé d'antisémitisme ?"
Oh pour une raison bien simple, et pas seulement qu'en France... LA CULPABILITÉ !
Rédigé par : Mario | 13/01/2009 à 11h50
Votre analyse est judicieuse et on peut faire la même quand on est théiste, mais hors de toute religion.
Peut-être faut-il commencer par le commencement
en lisant et diffusant ce texte
http://ddata.over-blog.com/xxxyyy/1/67/15/03/le-partage-de-la-palestine-du-point-de-vue-juridique.pdf
Rédigé par : Somud | 13/01/2009 à 12h01
{"Je suis effectivement issu d’un couple mixte : seul mon père est juif. Mon histoire familiale fait que le côté juif a pris une ascendance certaine sur ma personnalité. Je ne vois pas pour quelle raison mon cousin, issu comme moi d’un couple mixte et aujourd’hui religieux orthodoxe vivant en Israël serait plus juif que moi au seul motif qu’il est juif par sa mère."}
Réponse : parce que la filiation se fait uniquement par la mère ! C'est inscrit dans le marbre de la constitution israélienne !
Rédigé par : Michel | 13/01/2009 à 17h44
Je suis juif comme vous Mr Izrine et je souhaite vous saluer pour votre lucidité, pour votre courage, pour votre humanité...
Merci infiniment
Elie Zeitoun
Rédigé par : Elie | 13/01/2009 à 19h04
Pourquoi faut-il être "juif,juive, ou "autre chose", pourquoi ne faut il pas être tout bêtement "humain-e".
Le ciel est vide, abandonnons nos étiquettes qui ne sont que le cache-sexe de nos solitudes...
Humainement vôtres
André
Rédigé par : André | 14/01/2009 à 20h43
Salut à Toi , Jean-Marc , j'ai eu le plaisir de te cotoyer lors des festivals "Racines" (et il ne t"a pas été facile d'imposer ton stand de culture juive ) et , hors toute considération religieuse puisque je suis agnostique ,athé et mécréant , je te témoigne le plus grand respect à l'Homme que tu es , chose que tu prouves au quotidien. L' "avantage", c'est que tu as le tort d'avoir raison trop tôt . je t'embrasse Fraternellement
Rédigé par : Claude | 14/01/2009 à 23h26
Excellent.
Bravo Jean Marc et vivement que d'autres aient le même courage que toi.
Que cela plaise à ceux qui se prétendent "représentatifs" ou pas, il y a une autre voix juive qui se fait aussi entendre.
Rédigé par : wilowfr | 19/01/2009 à 08h05
Salut ma poule
Bravo Jean Marc, je suis trés fier d'être ton pote.
Nous sommes tous des juifs.
Rédigé par : mohamed de Colombes | 21/01/2009 à 11h30
{"Je suis effectivement issu d’un couple mixte : seul mon père est juif. Mon histoire familiale fait que le côté juif a pris une ascendance certaine sur ma personnalité. Je ne vois pas pour quelle raison mon cousin, issu comme moi d’un couple mixte et aujourd’hui religieux orthodoxe vivant en Israël serait plus juif que moi au seul motif qu’il est juif par sa mère."
Réponse : parce que la filiation se fait uniquement par la mère ! C'est inscrit dans le marbre de la constitution israélienne !)
Il est vrai que cela est marqué dans la constitution israélienne, mais il faut savoir que cette tradition remonte aux colonisations de Rome en Israël où il fallait prouver que l'enfant né été juif.
Hors les maris des femmes juives violées ne pouvaient dire réellement si l'enfant été d'eux ou non. Donc le culte à décrété que l'enfant serai juif de pars sa mère.
Ainsi étant petit enfant d'un couple mixte je me considère comme Juif même si la religion ne le reconnait pas du fait des traditions et de l'éducation qu'à pu me transmettre mon père et mon grand père.
Rédigé par : Gaël Izrine | 30/01/2009 à 18h55
Bonjour,
Le discours d'Izrine est un peu décalé par rapport à la réalité. Se justifier d'être juif (ou ne pas l'être) n'a guère de sens hors la volonté de rassurer sur ses intentions et de vouloir montrer "sa bonne foi" à ceux qui supposeraient le contraire.
Sur le fond, le sionisme a été créé, avant la shoah, sur la base des pogromes qui ont été constants pendant des siècles en Europe de l'Est ( le sort des Juifs dans les terres d'Islam n'a pas, été, non plus un conte de féés). D'autre part, et cela est régulièrement occulté, par les antisionistes, il y avait aussi des Juifs autochnones au temps du Mandat britannique et aussi au temps des Turcs et aussi au temps des Croisades... Les Palestiniens ont toujours fait la guerre aux Juifs : en 48, ils étaient nationalistes, puis nassériens, puis plus tard "révolutionnaires", puis maintenant plus ou moins sous la férule des islamistes. Les libertaires refuseraient-ils toutes les religions autoritaires sauf l'Islam, cette religion qui commande aux hommes de se prosterner face contre terre. Pour vous paraphraser, je dirais que le vrai problème de la Palestine : c'est l'intégrisme islamique, ses prétentions hégémoniques comme c'est, du reste aujourd'hui un problème international et une menace contre la paix, la plus grave depuis l'époque nazie. Cela étant, il y a bien sûr des fanatiques d'extrême droite en Israël, mais ils ne sont que la réponse à une volonté d'anéantissement dans le camp d'en face.
Rédigé par : benjamin | 06/01/2011 à 20h24