La recherche universitaire trouve Sarkozy au Capitole
SCIENCES ET CONSCIENCE. Traverser le Capitole tout en suivant un exposé sur les «mouvements des chromosomes pendant la division cellulaire», la «pollution au plomb depuis l’Âge du bronze» ou «les nanoparticules magnétiques chez le pigeon voyageur»…
La place était sonorisée. Les toulousains ont pu y faire leurs courses ce mercredi matin en écoutant les enseignants chercheurs des trois universités de Toulouse réfugiés à l’abri de la cour Henri IV.
Des chaises de la mairie alignées dans ladite cour, face à une estrade. Un micro et un rétroprojecteur : L’Université libre et populaire du Capitole fonctionne depuis ce matin 10 heures jusqu’à demain jeudi 18heures.
Fin du troisième cours de la matinée: «Je ne suis pas un fou de politique, lâche le très brillant directeur d’un laboratoire du CNRS à son public. Mais je me suis senti insulté par le dernier discours de Sarkozy aux présidents d’universités».
Le Président, autrement dit, a cherché les chercheurs. Il les a trouvés à Toulouse.
Clément Sire, 42 ans, thésard à 23 ans, élève de l’École Normale Supérieure et aujourd’hui directeur de laboratoire au CNRS pour 3.033 euros mensuels a renoncé à être trop scientifique dans son exposé :
«Einstein dont les travaux ont entre autres permis d’aboutir au laser faisait-il précisément ses recherches pour un jour opérer les yeux, découper des ailes d’avion ou écouter des CD-rom ? Non ! répond-il à sa propre question. Il ne savait rien des possibles applications futures de ses travaux». La logique de l’intérêt immédiat aurait donc dû faire qu’il ne trouvât jamais personne pour les financer.
Idem, reprend Clément Sire, pour ce qui a été la recherche concernant les transistors électroniques qui encombrent aujourd’hui nos ordinateurs ou les cristaux liquides qui font la fortune des fabricants d’écrans: «même si c’est Samsung qui prospère avec ces cristaux, c’est en France qu’ils ont été tout entiers mis au point».
Le grand public peut avoir la tentation de demander aux chercheurs à quoi servent leurs recherches. Ces derniers «n’ont jamais de réponse immédiate à cette question», à moins de refaire toute l’histoire des sciences.
Que Nicolas Sarkozy soupçonne les chercheurs d’aller seulement chercher un peu de lumière et un peu de chauffage dans leur labo, est en revanche resté en travers de la gorge de Clément Sire.
Il développe : les salaires au CNRS représentent 1,8 milliard d’euros. L’équipement de ses labos coûte 500 millions. Les contrats avec le privé et autres sources de revenus rapportent 700 millions.
«La France, poursuit-il, est au 6° rang mondial en ce qui concerne les publications scientifiques. Elle est au 18° rang mondial en ce qui concerne son coût de financement public». En rapport qualité-prix, conclut-il, «la recherche française est donc une des moins chères du monde».
Au programme demain jeudi, entre autres : l’analyse lexicométrique du discours de Sarkozy du 22 janvier, le virilisme dans les universités françaises et la production de travaux scientifiques, la psychologie comme sport de combat.
L’élève président de la République a toutes les chances de passer une bonne partie de ce temps au piquet.
GLv.


Mr Clément Sire, directeur de laboratoire au CNRS pour 3.033 euros mensuels. Mr Clément Sire, Nicolas Sarkozy gagne plus que vous avec moins de diplômes ! Comment vous expliquez ce phénomène surtout que vous êtes au commencement la même chose : l'image du corps humain publiée dans de nombreux livre de médecine !? Néanmoins il ne faut pas tomber dans le pège... se ne sont ni les théories, ni les images des livres qui ont créé le corps humain ; sinon ni l'homme, ni la femme n'auraient vu la terre.
Rédigé par : Atlas_Axis | 12/02/2009 à 18h22
@ atlas
Petit salaire ? Dans le privé on parle de brut (3100 euros net avec mutuelle, soit environ 4200 brut sans mutuelle).
Ce n'est pas une fortune, mais cela classe ce monsieur largement au-dessus des 10% des français les mieux payés (ceux qui gagnent plus de 3000 euros )et même parmi les riches selon l'ancien premier secrétaire du PS.
Si, ce monsieur veut gagner plus qu'il trouve un job dans le privé et qu'après il nous fasse part de son expérience.
L'administration, lui permet, s'il le souhaite de réintégrer son poste, dans les trois ans et au même salaire. Que du bonheur. Chaque fonctionnaire devrait tenter cette expérience. Ceux du privé aussi.
Chacun pourrait alors comparer et choisir.
Rédigé par : canal | 13/02/2009 à 10h13
@canal: ce gars a une thèse à 23 ans... soit en gros avec 3 ans d'avance!!!
Autrement dit, c'est un profil de bon niveau, dans le privé, il aurait un salaire deux ou trois fois supérieur.
3000€, dans le privé, c'est un bac +5 ingénieur, pas un thésard bac+8...
Rédigé par : Javi | 13/02/2009 à 20h46
@canal:
Et votre patron, il gagne combien ?
-beaucoup plus de 3000 euros/mois
Pour combien d'heures de travail?
-par forcément plus que Clément Sire
Il est sorti de l'ENS à 23 ans?
-probablement pas, à moins qu'il fasse partie des plus brillants "cerveaux" français.
Le sens de ces interrogations si stupides est pourtant bien réel:
Quelle valeur on attribue à la recherche de qualité en France?
Peanuts répondent les ceux qui n'ont pas compris que la recherche était le moteur de la transformation du monde. Il suffit pourtant de regarder autour de soi pour voir à quel point les nouvelles technologies ont bouleversé notre environnement. L'exemple des cristaux liquides illustre parfaitement les qualités et défauts de la recherche française.
On a une recherche de pointe remarquable mais les industriels sont incapables d'en tirer profit. Combien d'industriels français ont réalisé les investissements nécessaires pour que la technologie des cristaux liquides passe de nos laboratoires de recherche au grand public?
Rédigé par : grosminet | 15/02/2009 à 13h14
Il ne m'a pas semblé que ce chercheur critiquait son salaire mais plutôt le manque de moyens de la recherche en France. Il n'a fait aucune remarque sur les salaires qu'il pourrait avoir dans le privé. Il montre juste que la recherche en France est de haut niveau et que Sarkozy a fait un discours mensonger et insultant comme d'habitude pour dénigrer une partie des fonctionaires. Dans un colloque, Darcos disait que le problème en
France c'est que les usagers sont plutot satisfaits des services plublics et qu'ils fallait donc les pourir de l'intérieur pour les détruire sans faire trop de vagues! Belle technique pour dire ensuite que les fonctionnaires sont mauvais, chers, conservateurs, bourrés de privilèges et autres joyeusetés. A chaque fois que le publiq perd quelque chose, le privé suit l'année suivante. Alors méfions nous, si la recherche française perd son statut, la recherche privée va perdre aussi quelque chose (délocalisée en grande pompe en Inde par exemple, puisqu'il faut être compétitifs à court terme).
bien à vous!
Rédigé par : Mû | 16/02/2009 à 12h41
Je découvre les réactions à cet article et souhaiterais réagir sur quelques points :
- Lors de mon intervention au Capitole, je n'ai jamais évoqué le montant de mon salaire (mais j'ai mentionné le salaire d'entrée au CNRS après un doctorat et un post-doc de 2 ans : 1800€ nets/mois). Le journaliste de Libé-Toulouse m'a, en privé, demandé mon salaire, et je le lui ai simplement communiqué avec mon cursus universitaire, sans m'en plaindre d'aucune façon.
- Pour répondre à "canal", j'ai passé plus de deux ans de post-doc aux USA, aux laboratoires privés AT&T Bell-Labs (aujourd'hui propriété de Alcatel-Lucent après un quasi-démantèlement de sa division de recherche fondamentale) entre 1992 et 1994. Mon salaire était alors de 5000$ (1$=6F à l'époque), environ 6000€ d'aujourd'hui. A mon retour en France, je gagnais 9800 F. Encore une fois, je ne me plains pas de mon salaire, et accepte même d'en parler librement, contrairement à beaucoup de gens dans notre pays.
- J'ai effectivement passé ma thèse à 23 ans et 8 mois, en novembre 1990 (exo : calculer l'âge du capitaine), la même année que mon entrée au CNRS (époque révolue, sans post-doc, point de salut) et ma sortie de l'ENS.
- Concernant les cristaux liquides, je pense qu'une plus juste citation de mon intervention serait "une grande partie de la recherche fondamentale déterminante sur les cristaux liquides a été réalisée en France (A. Bravais et G. Friedel - qui leur donne d'ailleurs leur nom de "cristaux liquides" ; l'école autour de P. G. de Gennes, dans les années 60 - Nobel 1991)".
- Le transfert de technologie entre recherche fondamentale et industrie est effectivement très perfectible en France... Avouons que la frilosité de nos industriels (notamment leur réticence à recruter des docteurs ayant une formation à et par la recherche plutôt que des ingénieurs juste sortis des bancs de leur école) constitue un frein certain (voir aussi l'épisode A. Fert-Thalès, notre Nobel 2007), même si le secteur académique a sans doute ses responsabilités. Rappelons, que bien que ce soit loin d'être sa mission première, le CNRS qui couvre l'ensemble des sciences ("dures", mais aussi humaines) dépose environ 280 brevets/an (4 ou 5ième dépositaire "industriel" français), soit un peu moins que le MIT aux USA (autant de chercheurs pour un budget presque triple), mais des brevets qui lui rapportent 50% de plus qu'au MIT (environ 55 millions d'euros par an).
Je vous invite à visiter la page web de notre laboratoire pour y découvrir de la belle recherche pas si chère que ça (2 ans de budget du CNRS en comptant les salaires, c'est moins que ce qui est brûlé en un week-end pour renflouer Dexia, sans aucune "évaluation")...
Cordialement
C. Sire
Rédigé par : clement | 25/02/2009 à 03h32
NO SARKOZY DAY le 27 mars : Pour lui dire NON ensemble !
Le Peuple avec nous !
Rédigé par : NO SARKOZY DAY en Midi Pyrénées et ailleurs... | 05/03/2010 à 04h51