AZF-Mémoire et Solidarité: les salariés n'ont pas le moindre doute
DEPUIS LE BANC DES PARTIES CIVILES. «Les anciens salariés auront été encore nombreux pour assister aux audiences de cette deuxième semaine marquée surtout par la douleur et le souvenir.
Alors qu’au fil des jours certains rangs s’éclaircissent, ces salariés se sentent tout autant concernés, sinon de plus en plus, par les discussions qui se font plus techniques. Ils redoutent aussi de les voir s’éterniser avant que l’essentiel ne soit enfin abordé.
Le retour sur la catastrophe remet en mémoire, avec des images et des récits, le souvenir de cette terrible période, le 21 septembre et les semaines qui ont suivi.
Au détour d’explications sur la courageuse intervention des pompiers qui eux aussi saisissent l’occasion de rappeler qu’ils ont tous entendu deux explosions, une ébauche de polémique s’engage. L’ancien DRH et le colonel des secours donnent, sous serment, des versions différentes sur le décompte des victimes décédées. C’est parole contre parole. Les salariés ont leur idée, pas le moindre doute. Ils connaissent Gildas Thomas et le malaise laissé par cet échange pèsera lourd.
Les témoignages de victimes endeuillées ensuite se succèdent, poignants sans aucun doute mais absolument incompréhensibles pour certains. Comme si la douleur avait, dans certains esprits, tordu la réalité de la même manière que l’explosion avait détruit l’usine. De la dignité de familles brisées au désespoir pour quelques carreaux cassés, c’est l’inventaire des malheurs vécus pas les uns et les autres qui est passé en revue.
Les interventions des associations permettront de prendre un peu de recul. Pour celle des salariés c’est l’oubli et le mépris dans lesquels ils ont été trop longtemps tenus qui sera souligné. L’occasion enfin de pouvoir rappeler qu’eux aussi étaient là, en première ligne et qu’ils ont payé un lourd tribut, trop longtemps ignoré.
Curieusement, vendredi, certaines travées sont restées libres. Dans celles des salariés l’attention était au contraire particulièrement vive. On parlait de leur usine. Atmosphère un peu surréaliste. L’histoire, des images, des témoignages, des explications sur le fonctionnement d’une usine qui n’existe plus. La projection d’un film au commentaire un peu trop lyrique précède la projection de photos moins séduisantes prises par un jeune collègue bien sympathique parti vivre sa vie en région lyonnaise. En toute innocence, Dominique avait glissé dans son ordinateur ce que l’on appelait à l’usine les «situations à améliorer». Hors de leur contexte les images peuvent être différemment interprétées. Elles le seront.
La semaine s’est achevée alors que se succèdaient à la barre des témoins, salariés de tous niveaux de responsabilité, tous cités par la défense, qui parlent de leur travail perdu, de leur usine disparue. Les jours prochains s’annoncent rudes mais le plaisir de se retrouver tous les jours regroupés sur les mêmes bancs est vécu comme un prolongement à une longue vie de travail brutalement interrompue par un événement dont ils ignorent l’origine.
Pendant ce temps, au siège de l’association, dans nos messageries personnelles, les marques de soutien s’accumulent. Ils viennent souvent d’anciens collègues partis à Pau ou Fos et qui nous annoncent leur prochaine venue au procès à l’occasion d’une journée de congés, d’inconnus parfois lointains. Samedi, c’était aussi l’association des habitants de Lafourguette qui regroupe 550 familles riveraines de notre usine. Autant d’occasions d’espérer et de constater que nous ne sommes pas seuls dans notre quête de vérité».
Jacques MIGNARD
(Jacques Mignard est président de l’Association AZF-Mémoire et Solidarité et partie civile au procès)


Bonjour,
en lisant l'article, je me disais "l'est pas clair ce journaliste, j'arrive pas a suivre et comprendre vraiment ce qu'il s'est dit au cours des audiences"..., en voyant la signature, je comprnds mieux que ce n'est pas un article, mais un commentaire de quelqu'un de très proche et très marqué, et c'est très bien, mais cela ne me dis rien sur ce qu'il s'est dit vraiment - Si je suis reellement en emphatie avec toutes les personnes touchées et donc au premier titre les salaries, je ne comprends pas que ces derniers se laissent aller à nier qu'il puisse s'agir d'un accident industriel (et cela ne veux pas dire que leur usine était une "poubelle" comme ils semblent ne retenir que ce commentaire forcément trop péremptoire). Cela pervertir ce procès et fait le jeu des vrai responsables, et donc coupables, qui font tout pour qu'on se détourne d'eux.
Rédigé par : jj lafond | 09/03/2009 à 13h10
à Jacques Mignard:
je vous cite: "Ils connaissent Gildas Thomas et le malaise laissé par cet échange pèsera lourd".
Pourriez vous préciser dans quel "sens" ils "connaissent" Gildas Thomas? Votre phrase peut s'interpréter dans les deux sens (en positif ou en négatif).
Merci d'en préciser le vrai sens pour lever toute fausse interprétation.
Rédigé par : phil34 | 09/03/2009 à 14h59
La confrontation entre le DRH de l'usine G. THOMAS et le commandant des secours, le colonel DONIN sur le nombre de victimes sur le site (23 ou 21 ?) laisse un profond malaise. Le colonel DONIN a violement nié avoir donné , puis repris une 1ère liste avec 23 noms, fait pourtant confirmé, à la demande du Tribunal, par le directeur S. Biechlin. Que cache cette affaire, ajoutée au désaisissement des pompiers de l'identification et de la gestion des corps par la préfecture dans l'après-midi au profit de l'Institut Médico-Légal (sous contrôle de la police)avec la dispersion des corps en différents établissements (un corps passera de La Grave à Purpan puis à Rangueil ...!, l'interdiction prolongée de parler aux familles- Ajoutons encore la découverte par le Commissaire divisionnaire TRISTAN arrivé le premier sur les lieux de restes humains qui "disparaissent" ensuite dans le dossier - IL Y A BIEN UN MYSTERE SUR LE NOMBRE DE VICTIMES SUR LE SITE AZF !
Rédigé par : Sapinaud | 10/03/2009 à 09h11
jj Lafond écrit:
"je ne comprends pas que ces derniers se laissent aller à nier qu'il puisse s'agir d'un accident industriel"
Erreur! les salariés n'ont pas d'apriori en ce qui concerne les causes de cette catastrophe. Simplement la thèse de l'accident chimique, telle que proposée par les experts, est totalement invraisemblable et ne tient pas compte de tous les éléments et évènements précurseurs.
Dès le soir du 21/09/2001 un des experts, sur les rebords du cratère, disait en substance à qui voulait l'entendre "je sais ce qui c'est passé...!" Celui-là était encore plus rapide que le procureur...!
Mais huit ans après le scénario du "sandwich" est totalement inconcevable, pour la simple raison, et ce n'est pas la seule, que les analyses des prélèvements des dépôts sur le sol du bâtiment demi-grand où est censé avoir été pelleté le DCCNa ne mettent en évidence aucune trace de ce produit...!
phil34 a écrit:
"Pourriez vous préciser dans quel "sens" ils "connaissent" Gildas Thomas? Votre phrase peut s'interpréter dans les deux sens (en positif ou en négatif)."
Mr Gildas Thomas est unanimement connu pour son intégrité, la modération de ces propos...etc. Et personne ne doute de la véracité de ce qu'il avance.
Je pense que vous aurez compris que le sens des écrits de JM ne peut être interprété que positivement!
Rédigé par : CD | 10/03/2009 à 10h10
A phil34:
Ma présentation du différent entre Gildas Thomas et le responsable des secours prêtait innocemment à confusion. Votre question était donc totalement justifiée. Certains anciens salariés ont déjà apporté ci-dessus leur réponse. C’est aussi la mienne. Certains, même sous serment, ne disent pas la vérité. Je vous pose alors la question que, moi aussi, je me pose. Pourquoi ?...
Rédigé par : jacques Mignard | 11/03/2009 à 07h36
Merci Jacques de cette chronique qui nous permet de suivre l'état d'esprit des anciens salariés au fur et à mesure du déroulement de ce procès. Quant au déroulé du procès lui-même, force est de reconnaître que le blog tenu par Sabine de la Dépêche est très intéressant.
Rédigé par : charles jousselin | 13/03/2009 à 18h38