Pierrick Sorin bricole ses effets magiques au TNT
CULTURE. Je bricole jusqu'au dernier moment. Á une heure du vernissage, j'y serai encore».
Á 49 ans, Pierrick Sorin, l'iconoclaste vidéaste scénographe et metteur en scène Nantais a passé l'âge de se refaire.
En vrai magicien qui se respecte, il cherche toujours un nouveau tour à ajouter à sa panoplie d'images et d'installations délirantes.
Avant son passage à la mise en scène des ténors de la Scala de Milan, il s'installe au théâtre national de Toulouse (TNT) à la faveur d'une «exposition- parcours très animé», hommage à Georges Méliés.
Onze heures du matin jeudi 5 mars veille du vernissage, Pierrick «bricole» donc dans le hall d'entrée du TNT. Vu sa difficulté de vrai modeste ou de faux timide à causer de son art, il propose de le suivre dans son «work in progress» fait de théâtres optiques, installations vidéos, montage photos, dispositifs audiovisuels interactifs et autres trucs sortis du chapeau. Pour garder les secrets de fabrication, Benjamin, le fiston de Pierrick est préposé à la régie technique.
Le parcours débute dans le hall d'entrée du théâtre par une référence à l'affiche du “Voyage sur la lune” de Méliès. L’installation mélange technique «pointue» et simple effet d'optique : traitée à la palette graphique, la tête de l'artiste déformée en lune baveuse de morve psychédélique est projetée sur la rambarde en verre surplombant le bar, tandis qu'un incrustateur de couleurs produit le même résultat sur une autre tronche de lune sculptée par l'artiste.
«Les jeunes d'aujourd'hui auraient utilisé des images en 3 D, moi je reste attaché à ce genre d'effets. C'est beau et c'est un peu dégueulasse en même temps. J'aime jouer sur ce genre d'ambiguïté», dit-il en passant. Plus loin, un théâtre optique joue dans un coin l'une des histoires dans laquelle l'artiste se met en scène sous forme d'hologramme virtuel. Pour ménager le suspense, LibéToulouse vous dira seulement qu’elle cause sur le mode ironique de la «désublimation répressive».
La série de photos montage de Sorin à la plage, en safari africain ou taquinant la saucisse au barbecue, adossée au bar du TNT renvoie aux vacances de Monsieur Hulot. Et à nos propres souvenirs de congés de moins en moins payés en temps de crise.
La suite est à découvrir en passant par les coulisses du théâtre. Le spectateur arrive sur la grande scène du TNT par l'entrée des artistes. Pierrick Sorin y a sorti le grand jeu. Plongés dans le noir, une dizaine d'écrans géants sont suspendus dans l'air. Il y projette en boucle ses auto filmages : lui transportant des tonnes de linge sale, versant trop de vin dans son verre, remplissant et vidant sa valise au moment du départ. Au sol, les “machines à musique” (mécanos de brosses à dents, peigne, et autres objets usuels) de Pierre Bastien accompagnent la gestuelle quotidienne. Effet miroir et comique en même temps. «Ce pourrait être oppressant, mais présenté sur un mode burlesque, c'est supportable», commente-t-il.
Autour, une série de théâtres optiques présente les «inventions remarquables» du Nantais : un opérateur personnel de chirurgie faciale, et un visualisateur personnel d'images mentales. Les sales gosses apprécieront l’ensemble à sa juste valeur. Dernière surprise présentée par l’artiste: le “warming seat”, la chaise chaude en français sur laquelle il est proposé au public de s'asseoir.
Sans dévoiler le tour mis en place, ceux qui testeront auront chaud aux fesses. Ils riront aussi de leur propre réaction retransmise en live sur le photomaton intégré. Dans son autoportrait, Pierrick Sorin définit ainsi son métier: «donner des points de repères à un grand public en jouant sur l'humour et les effets magiques». Dans son parcours très animé hommage à Méliés, il tient parole.
J-M.E
Pierrick Sorin. “Exposition parcours très animé” jusqu'au 13 mars de 14h à 20h au Théâtre national de Toulouse, 1 rue Pierre Baudis (M°Jean Jaurès)


cool
Rédigé par : | 18/03/2009 à 09h50
doublement cool
Rédigé par : hihi | 19/03/2009 à 16h24