Retour dans le quartier de la gare avec les SDF, une semaine après le crime
TOULOUSE. Place d’Arménie. Le groupe de SDF vient de s’installer autour de la fontaine. L’un d’eux rapproche une poubelle pour jeter au fur et mesure les cannettes de bière qui circulent. Il commente: «On picole, mais ça ne nous empêche pas d’être propre».
Une patrouille de policiers municipaux fait son apparition. «Ils vont encore nous mettre une amende, prévient Richard. On n’arrête pas de les voir, rapport avec ce qui s’est passé la semaine dernière, un peu plus haut, sur la place Belfort».
Ce qui s’est passé place Belfort la semaine dernière, c’est qu’un homme âgé de 38 ans a été grièvement blessé d’un coup de pistolet en pleine tête (voir LibéToulouse au 04/03/2009). Depuis les policiers municipaux et nationaux sont plus visibles dans ce quartier de la gare Matabiau. Scènes de rue.
Et une contravention de mieux pour consommation d'alccol sur la voie publique. Photo: DR
Dans le groupe rassemblé sur la place d’Arménie ce mardi 10 mars, à côté de Richard, il y a aussi Pierrot et son copain Emile tous les deux âgés de 20 ans. L’un et l’autre viennent de débarquer à Toulouse, «en attendant le début des boulots saisonniers de ramassage de fruits», disent-ils. Pour le coup, ils estiment avoir été «bien accueillis par les anciens de la rue. Ils nous ont montré tous les bons plans pour s’en sortir».
Les «bons plans» ce sont les adresses des associations spécialisées dans l’accueil de jour des Sans domicile fixe. Les heures de distribution de repas chaud le soir, et le restaurant social de l’île du Ramier.
Dans la rue, il y aussi les «mauvais plans». Pierrot raconte : «C’est quand tu te fais racketter les quelques euros glanés en faisant la manche par les bandes venus des quartiers, des jeunes sapés de la tête au pied en fringues de marques».
Et puis il y a la «galère»: les contraventions pour consommation d’alcool sur la voie publique dressées par les fonctionnaires municipaux. «La police parallèle», comme les nomme Richard, l’un des anciens de la rue toulousaine. «Depuis la semaine dernière à cause du flingage de la place Belfort, on n’arrête pas de les voir», poursuit-il en exhibant une amende notifié par le matricule 201 de la police municipale.
«Ce ne sont pas les amendes qui vont changer quoi que ce soit, ajoute-t-il. Les pouvoirs publics feraient mieux de se bouger pour trouver des logements aux gens à la rue. Les jeunes et aussi les jeunes femmes avec des enfants sont de plus en plus nombreux à y zoner. La rue c’est une cocotte-minute, reprend Richard. Et pendant ce temps, Sarko va se dorer la pilule aux Mexique».
Un peu plus loin, trois hommes sont installés sur les bancs de la place Belfort. Pile à l’endroit ou la victime du coup de feu de la semaine dernière a été secourue par les pompiers avant son transfert aux urgences de l’hôpital Purpan.
«Les zonards sont moins nombreux que d’habitude, observe un des commerçants de la place. Depuis la semaine dernière, les policiers sont plus présents».
Dans les rues autour de la place, les prostituées se répartissent le trottoir par secteurs : ici les Africaines, là les «anciennes», plus loin sur les boulevards proche de la gare, les Roumaines et les Bulgares.
Rue du Moulin de Bayard, une jeune femme d’origine africaine est contrôlée par une équipe de policiers en civil. Elle n’a pas ses papiers sur elle. Les policiers l’accompagnent à son domicile, tout proche. Une fois vérifiée sa carte d’identité française, les fonctionnaires reprennent leur maraude. «Ils cherchent les filles sans papier pour faire du chiffre et tapent au faciès, commente la jeune femme. Ils feraient d’être plus présents la nuit pour empêcher les agressions».
Retour place d’Arménie. Pierrot et Emile sont toujours là. Cette nuit, «comme d’habitude», ils n’iront pas dormir dans les centres d’hébergements d’urgence. «À cause de la sale ambiance et des horaires trop contraignants, disent-ils. On ira du coté de la gare. C’est paradoxal, mais la nuit, la présence des prostituées et des anciens est notre meilleure protection».
J-M.E


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