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Le kiosque à musiques

06/05/2009

Serge Ravanel, ou l'esprit de la Résistance à Toulouse

HISTOIRE. Le polytechnicien de 21 ans Serge Asher est devenu le colonel Ravanel en 1942. Deux ans plus tard, le 20 aût 1944, c'est sous son commandement que la Résistance entravait le départ des troupes du Reich des bords de Garonne.

Le colonel commandant des Forces Françaises de l'Intérieur à Toulouse a vu ses obsèques célébrées aux Invalides ce mardi 5 mai.

Pour le soixantième anniversaire de ce 20 août 1944 celui qui n'avait plus quitté le nom de Ravanel avait fait le récit au journal Libération de cette insurrection et de ses déconvenues avec De Gaulle qui craignait une «expérience communiste» à Toulouse:

Paru le 20 août 2004: Peur rouge sur la ville rose.  Jo Bastide n'avait «pas eu le temps de les démonter». Du coup, il les a crevées, les roues de son camion, ce matin du samedi 19 août 1944. Au poinçon et au marteau, «parce que je n'y suis pas arrivé avec mon Opinel». Les troupes allemandes réquisitionnaient alors tout ce qui pouvait ressembler à un moyen de transport pour rejoindre la Provence où les Alliés venaient de débarquer.

La libération de Toulouse, ce jour-là, a coûté la vie à 35 maquisards. A 84 ans aujourd'hui (le 20 août 2004. NDLR), le colonel commandant régional des Forces françaises de l'intérieur (FFI), Serge Ravanel, remet un peu de froid dans l'épopée : «Les combats de la Libération à Toulouse, apprécie-t-il, ont moins visé à déloger l'occupant de ses garnisons qu'à l'empêcher de fuir...»

Le colonel Ravanel ne saura jamais comment ce mot d'ordre d'entraver le départ de l'ennemi est parvenu à Jo Bastide. D'ailleurs, l'ouvrier briquetier admet n'avoir appartenu à aucun mouvement clandestin, ni s'être jamais distingué pendant la Résistance. Le commandant régional des FFI met ce sabotage au compte de l'effervescence patriotique du moment : «Il y avait des initiatives partout.» Et c'est tant mieux, poursuit-il, «parce que nous n'avions pas d'armes».

La semaine avait commencé par une bonne nouvelle : l'annonce du débarquement allié en Provence. Mais, le même jour, les résistants apprennent le désarmement des gendarmes et des gardes mobiles de la ville par les SS. Le chef des opérations militaires pour la région, Jean-Pierre Vernant, rend compte au colonel : «Coup dur. Parmi eux, quelques centaines s'étaient ralliés à nous et attendaient nos instructions... Nous voilà encore plus démunis en armes. Je me vois mal lancer un appel à l'insurrection à Toulouse.» Ravanel ne peut alors que demander aux chefs maquisards du Gers, du Lot ou du nord du Tarn de se rapprocher de la ville.

Le 19 août à 2 heures du matin, il est réveillé par une explosion terrible dans la maison des Sept-Deniers où les Mouret l'hébergent. Ce sont les troupes allemandes qui font sauter, à Blagnac, un wagon de munitions qu'elles ne veulent pas laisser derrière elles. Puis elles quittent la ville. Les agents de liaison n'ont pas le temps d'enfourcher leur vélo. Le groupe Matabiau a déjà entrepris de s'emparer de la gare. La 35e brigade MOI (Main-d'oeuvre immigrée) finit d'ériger une barricade sur le pont Saint-Michel. Des combats sont engagés aux Minimes ou sur le Pont-Neuf. Autour du marché des Carmes, des soldats allemands juchés sur leur camion tirent dans tous les sens, dans le désordre d'un départ précipité...

Mais c'est la fête sous les balles. Les Milices patriotiques s'occupent tout de suite de protéger les entreprises d'éventuels sabotages par la milice ou l'armée allemande. Elles ouvrent la prison Saint-Michel, d'où elles libèrent, entre autres, André Malraux dont elles ignoraient qu'il y fut prisonnier. Le commissaire de la République Jean Cassou essuie encore des tirs. Mais, le 20 au matin, les maquisards défilent dans une ville libérée.

L'effervescence patriotique ne s'éteint pas le soir. «Il faut protéger la ville et entamer sa reconstruction économique», s'enthousiasment les FFI. Trop rétive à cet état d'esprit, la Société des tramways toulousains est «municipalisée». Des «conseils d'ateliers» regroupant ouvriers et ingénieurs se mettent en place «pour mieux produire» dans les usines aéronautiques. D'autres vont imposer à l'Office national des industries de l'azote (Onia) une relance de la production d'engrais. Ravanel incorpore les guérilleros Espagnols et fait l'unité avec les Francs-Tireurs et Partisans, les FTP.

Du coup, les Alliés font mine de redouter une «expérience communiste» et l'établissement d'une «république rouge» à Toulouse. Le 16 septembre, le général de Gaulle, «humiliant mes types les plus méritants», raconte le colonel, est en visite dans la ville : «Celui auquel nous étions tant dévoués nous a fait sentir toute sa méfiance à notre égard, poursuit-il. Face à lui pendant une heure, je me demandais où est-ce que j'avais bien pu fauter... J'étais atterré.»

Serge Ravanel n'a su que plus tard que le Général avait ainsi procédé dans les autres grandes villes. Le résistant est aujourd'hui convaincu que de Gaulle n'a jamais cru à l'imminence de la proclamation d'une «république rouge» : «Il cherchait surtout à se construire une image d'homme indépendant.» En attendant, regrette le commandant régional des FFI, c'est un peu de cet «esprit de résistance» qui était cassé.

GLv.

Serge Ravanel: L'Esprit de Résistance, le Seuil 1995.

Commentaires

Merci Mr Ravanel et reposez en paix

Merci.

Merci.

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