La micro société très populaire de la piscine Nakache
PHOTOGRAPHIE. Drôle d’endroit pour une expo. Ambiance docks rive gauche de la Garonne : les photographes du festival «Manifesto» présentent leurs œuvres dans des containers installés sur les quais du port Viguerie.
Les tirages, en noir et blanc et couleur, argentique ou numérique, ont pour point commun de se focaliser sur le thème de «l’humanité dans l’air»
Celle ci apparait déjantée, comme sous acide, avec la rétrospective consacrée au photographe américain Les Krims, invité d’honneur de la manifestation. Fraîche et sublimée par Manuel Huynh dans la lumière naturelle des Pyrénées. Dispersée dans la foule de Bucarest, saisie par l’objectif de Brice Dirlès. Inquiétante et innocente en même temps, dans le regard fané des petites filles de Cécile Decorniquet. Ou bien encore, désespérément absente dans les bureaux fantômes de Thomas Jorion.
Cette «humanité», Emmanuel Grimault, 44 ans, photographe de presse toulousain l’a trouvée prés de chez lui dans les bassins et sur les bords de la piscine municipale Nakache. Pendant deux étés, son Hasselblad en bandoulière, il a tiré le portrait de ses «usagers». Au final, les personnes photographiés, habitués, jeunes, vieux, familles, employés, forment une seule et même famille. Celle de «Nakache Plage». Entretien
Eugène Berberia, doyen de la famille de Nakache Plage Photo: E.Grimault
Libe Toulouse : Comment avez-vous travaillé?
Emmanuel Grimault : Je me suis fié à des micro émotions : un regard, une attitude, un détail vestimentaire. Ensuite il y a le moment de la rencontre. Elle est toujours très fragile. J’explique aux personnes que je veux photographier toutes les raisons pour lesquelles j’ai flashé sur elles. Sans rien leur cacher de mes intentions. Il n'y pas d’images volées. Pour moi, le photographe, c’est l’étranger qui demande.
Á l’arrivée, je suis toujours étonné lorsqu’ils acceptent. Ils assument leurs corps, et leurs rides. Je leur tire mon chapeau. C’est pour cette raison que j’ai tenu à les présenter avec leur prénom et leur nom. Techniquement, j’ai choisi de travailler avec un Hasselblad. C'est un appareil argentique à visée poitrine derrière lequel on ne peut pas se cacher.
Pourquoi ce choix d’une piscine municipale?
E G : Outre son architecture particulière des années trente, c’est un lieu populaire avec une réelle mixité. C’est encore plus évident de par la proximité immédiate de cette piscine avec le quartier populaire d’Empalot.
Á l’intérieur de ce lieu, on entre dans une micro société regroupant toutes les tranches d’âge et les origines sociales. On découvre ensuite que chacun a ses horaires et son «territoire». C’est pour ces raisons que ce travail est aussi du photo reportage. Pour en faire, il n’y a pas besoin de partir à l’autre bout du monde dans des pays en guerre.
Dans quel état d'esprit avez-vous réalisé ce reportage?
EG: Ma raison d’être photographe c’est de montrer le quotidien.
C'est un travail humaniste et engagé. Humaniste, car mon premier souci est que les gens que je photographie, se plaisent. Et engagé, car j’ai photographié des gens qui ne sont pas visibles. On ne voit pas les usagers d’une piscine municipale dans les sujets publiés dans les magazines. En les photographiant dans ce lieu ordinaire, je crée une famille dont je me sens proche. Si j’avais une ouverture chez les aristos, j’irais sûrement. Mais je ne serais pas touché de la même façon.
Propos recueillis par Jean-Manuel ESCARNOT
Festival d’images Manifesto jusqu’au 11 octobre 2009. Port Viguerie Toulouse. Expo gratuite tous les jours de 14 h à 20 H. Les vendredi et samedi jusqu’à 22h.


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