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Le kiosque à musiques

12/10/2009

Freescale: la grève invisible des ouvriers de l'informatique

Freescale ÉCONOMIE. C'est pourtant comme chez les Conti, comme à New Fabris ou encore comme chez Molex. Freescale à Toulouse promet l'abandon en 2011 de la production de semi-conducteurs pour les équipementiers automobiles.

Mais à leur 36° jour de grève ce lundi matin, les salariés concernés n'ont toujours aucun écho à leur mouvement. Ni dans l'opinion, ni d'ailleurs auprès de leurs centrales syndicales.

Une toile de tente abrite la cantine de campagne des grévistes qui campent avec les CRS à l'entrée du site. Des chaises pliantes sont installées sous les arbres.

Le site compte 1600 salariés dont 350 ouvriers à la production. Parmi ceux-ci, tout juste les deux tiers ont cessé le travail. Une banderole, non siglée, est tendue qui dit  non aux licenciements. Il n'y a pas non plus de drapeaux CGT, CFDT ou CFTC aux barrières.

Ces syndicats ont préféré se fondre dans un comité de grève élu sur le tas. «Nous n'avons du coup aucun soutien de nos centrales qui ne font aucune publicité à ce conflit», observe le cédétiste Didier Soulé. C'est une des raisons de ce silence social. Ce n'est surtout pas la seule.

Le piquet de grève de l'avenue Eisenhower. Photo: Christian Bellavia


«La direction nous promet des reclassements pour les 836 salariés qui vont perdre leur emploi, explique le cégétiste du comité de grève Michel Picard. Or nous n'y croyons pas une seule seconde».

Il ne croit pas non plus que la direction américaine de Freescale, ex-Motorola, reviendra sur sa décision de fermer le site: «Les usines en Écosse ou au Japon qui produisaient la même chose ont déjà disparu».

Resterait donc, selon lui, à négocier les plus grosses indemnités de licenciement possibles. Il relativise: «Évidemment, c'est beaucoup moins politiquement correct que les Molex qui se battaient pour une préservation du site», reprend-il. Et en effet, si les syndicats ne se précipitent pas aux portes de Freescale, les élus ne s'y pressent pas non plus.

«Il faudrait plutôt dire que nous exigeons réparation du préjudice subi, corrige Fabien, non syndiqué du comité de grève. La santé financière du groupe est très florissante. Il a 1,4 milliard de dollars de cash selon son site internet. Il y a des solutions industrielles, mais les actionnaires ont décidé de laisser tomber».

Les grévistes ne veulent pas se satisfaire des 60.000€ promis par leur direction aux futurs licenciés qui partiraient tout de suite et des 50.000€ garantis à ceux qui attendraient 2011. Un turfiste qui veut gagner au tiercé n'a jamais constitué une actualité sociale. Des salariés qui estiment ne pas pouvoir espérer autre que de grosses indemnités ne mobilisent pas l'opinion.

Il suffit de trois minutes, selon le comité de grève pour «empoisonner les labos», les ateliers où les puces sont assemblées. «Mais il n' jamais été question de ça, ni d'incendier les préfectures», explique Didier Soulé. Pas question, donc, de faire sa publicité en s'attaquant au bien public ou à «l'outil de travail».

Les syndicats UNSA, FO et CGC des cadres, techniciens et ingénieurs déplorent malgré tout les «méthodes de voyous» du comité de grève, y opposant la seule «négociation». C'est le dernier hic: l'opinion n'adhère pas à un mouvement où il faut choisir entre deux camps qui prétendent chacun être le plus efficace...

Le pari du comité est que Freescale aura encore besoin jusqu'en 2011 de ses ouvriers pour produire les éléments électroniques. Des élements, certes en «fin de vie» mais que les constructeurs doivent encore obligatoirement avoir en stock. C'était donc, selon lui, «le moment où jamais de déclencher la grève».

GLv.

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Dans la série France d'en haut vs. la France d'en bas : l'un des principaux actionnaires de Freescale est le fonds d'investissement américain Carlyle, dont l'un des dirigeants mondiaux est Sarkozy (Olivier) (http://www.rue89.com/2008/03/05/chez-carlyle-un-sarkozy-peut-en-cacher-un-autre).

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