Stadium de Toulouse : Le XV de France fait des scoubidous de vertèbres de Springboks
RUGBY. Une rencontre internationale de rugby à Toulouse, ce n’est pas si courant. La pelouse du Stadium est certes coutumière des crampons du TFC et habituée à se faire scarifier par les mêlées des plus grandes équipes du Top 14 ou de la H.Cup. Mais, accueillir les champions du monde Springboks, c’est une autre histoire, un honneur aussi et une fête, bien sûr.
Alors, la ville s’était faite coquette, le vent d’Autan avait mis le nez au balcon et des gazelles à ressort avaient envahi la place du Capitole. Quelques heures avant le coup d’envoi, des supporters Sud-Africains faisaient leurs emplettes à la boutique du Stade sans percevoir l’incongruité de leur question quand ils demandaient où se trouvaient les maillots… du Stade Français.
Aux abords du Stadium, les forces de polices avaient elles aussi sorti les costumes de fête. Gilets jaune fluo pour les malheureux qui tentaient de faire la circulation, panoplies de Power Rangers dépressifs pour les malabars aux regards torves chargés de réfréner les mouvements intempestifs.
Stadium comble, public comblé. Si les gazettes s’étaient déchaînées pour faire monter la sauce en décrivant les champions du monde comme des monstres violents et des bouchers sanguinaires, les amateurs savaient à quoi s’en tenir. Le rugby Sud-Africain n’est peut-être pas le plus créatif, il n’en reste pas moins aussi efficace que redoutable. Au classement mondial, l’Afrique du Sud est première, la France cinquième, un écart certes, mais pas un gouffre.
Des gazelles à ressort en vert et jaune dans toute la ville. Photo: DR
Les Français n’ont pas tardé à montrer que même pas peur. Âpre, rude, explosif, le combat des lignes avant a vite donné des couleurs à la rencontre en teintant de rouge sang le visage de Bakkies Botha, doux bébé de deux mètres pour 120 kilos.
Si Julien Dupuy ouvre la marque à la septième minute d’un coup de pied aussi mou que flou, les Boks égalisent 13 minutes plus tard (3/3) avant de prendre l’avantage sur un drop de Steyn (3/6).
Une ombre passe quand sur un malheureux lancé en touche de Servat, Smit voit le ballon lui échoir dans les mains. Ne lui reste plus qu’à tamponner sans égard son vis-à-vis pour inscrire le premier essai du match. Steyn transforme, les gradins se rongent les ongles (3/13).
Il ne faut pas tirer la crête du coq gaulois, c’est comme ça, il ne faut pas. Vexés d’avoir encaissé un essai boulette, les bleus prennent les boules, et la balle. Barcella, l’homme qui dit avoir «la brioche qui lève plus vite que la baguette» (sic) montre qu’il n’est pas empâté en envoyant une charge grand format. Le ballon circule de mains en mains pour parvenir sur l’aile droite dans celles de Vincent Clerc. Planter un essai dans son potager n’est plus qu’une formalité. Si l’arbitre demande la vidéo, c’est peut-être pour souffler. L’essai est accordé mais la transformation ratée (8/13).
La donne change. Les Français sont toujours menés, des failles voient toutefois le jour dans la défense adverse. Quand une équipe sent qu’elle perd le contrôle, elle commet des fautes. En empêchant Vincent Clerc de suivre le coup de pied rasant qu’il vient d’envoyer vers l’en but, Steyn fait plus qu’une faute, puisque le geste lui vaut un carton jaune et offre une pénalité réussie par Dupuy (11/13).
La seconde mi-temps confirme l’impression: c’est possible. Les Français dominent dans tous les secteurs. Les avants sont éblouissants et les trois-quarts, cherchant toujours la clé, tentent et insistent face à des Springboks emportés dans le tourbillon.
Bousculée, la mêlée sud-africaine se met à la faute, Dupuy poursuit le travail en passant trois points supplémentaires. Pour la première fois, la France prend l’avantage (14/13). Même cause, même sanction, même facture, quand la première ligne française fait des scoubidous avec les vertèbres des gros d’en face: Dupuy rajoute trois points (17/13) à la 62ème. Puis c’est Parra qui ferme la caisse à la 79ème (20/13).
Il y a dix ans, l’équipe de France écrivait une page de son histoire en venant à bout des All Blacks à Twickenham dans un match sublime. Les Bleus ont cette année la possibilité de remettre ça en réalisant la passe de trois. S’il leur faut pour cela vaincre les Samoa et la Nouvelle-Zélande, le premier chapitre est écrit. Et bien écrit.
France 20 Afrique du Sud 13
Frédéric ARROU


Un beau match et un commentaire à la hauteur de la rencontre....
Arro c'est visiblement mis sur son 31 pour aller voir les "gazelles" et il semble que tout de popeline vêtu il est au sommet de son art.
Bravo !
Rédigé par : Germaine | 14/11/2009 à 10h08
Nous y étions et l'on a vus! merci messieurs de ce rugby débridé et à Fred d'écrire dessus.Une attidude audacieuse des français, des journaliste(pas du milieu!)qui poétise ce sport de brute... ne serions nous pas à l'aube d'un changement mature dans l'ovalie!!! Lolo.
Rédigé par : Laurent ROBERT | 14/11/2009 à 10h09
Et Fred, tu l'a vu le "regard Torve" des piliers avant d'entrer en mélée. Non tu n'aimes pas les flics et tu aimes les sportifs. C'est ton droit mais ça te rend le regard borgne.
Rédigé par : fabienne | 14/11/2009 à 13h22
Un grand merci pour ce bel article, à la hauteur de notre régal rugbystique d'hier soir ! Et quel bonheur de voir ce sport où tous les supporters sont là : les jeunes, les plus âgés, petits enfants et grands parents, hommes et femmes, un sport du vrai !
Rédigé par : Rose | 14/11/2009 à 16h06
Eblouissants, oui, mais le commentaire oublie de parler du vent : en première période, les français sont contre le vent, et les invités ont joué le vent à fond, avec des coups de pieds magnifiques. C'est en se prenant 13 points seulement que les français ont fait le plus dur, et le plus beau.
Rédigé par : Curieux | 14/11/2009 à 16h26
J'entends d'ici Libé toulouse chanter la Marseillaise. L'équipe de France de XV est en fait l'équipe d'Occiatnie.
Rédigé par : Occitan | 14/11/2009 à 16h49
C'est dans l'Équipe que j'aimerais lire ces commentaires. C'est dans Libetououse que je dois venir les chercher..
Rédigé par : Léquipe | 14/11/2009 à 16h51
Le rugby est un sport de combat, son récit est de la littérature. La littérature de combat étant des épopées, le rugby vu par Arrou est épique.
Rédigé par : Littérateur | 14/11/2009 à 16h54
Les All blacks ont été battus à Marseille. Les springboks ont été battus à Toulouse. Arrou sera battu sur la planète Mars. Merci Libetoulouse.
Rédigé par : fan | 14/11/2009 à 16h59
Ces "bouchers" Sud'af se voyaient déjà étriper le coq gaulois pour en faire des chicken Mc nuggets. Au pays de la bonne bouffe!
Les bleus ont sauvé la soirée en mitonnant une fricassée de springboks. Pas facile à faire car il faut attendrir la viande qui est assez coriace. Mais au final quel régal!
Rédigé par : Harry Haller | 14/11/2009 à 17h25
ah fabienne, et ses commentaires...
si tu n'etais pas la, si tu n'etais plus la, qu'est ce que tu ne nous manquerais pas !!!
Rédigé par : guillaume | 14/11/2009 à 17h55
Repos les garçons! Et ce soir on remet ça en plus mou du g'nou
Rédigé par : Léna Storm | 14/11/2009 à 18h35
Bravo Mr ARROU! votre plume a, comme les bleus,
fait crisser la feuille blanche, qui, cette fois-ci, était verte. Quand la plume du commentateur rugbystique a du panache, c'est que sur le pré, certains n'en manquaient pas.
Nous sommes passés du bleu à l'âme à l'âme de futurs bleus. Un bleu , certes, parfois encore un peu délavé mais sur la palette du jeu, il y a des promesses de bleu profond, dense, primaire. C'était la fête, souhaitons qu'elle continue... Cette équipe le mérite.
Avec toutes mes salutations ovales.
Rédigé par : chris89 | 14/11/2009 à 20h32