Attentats à la rime dans les écoles de Toulouse
Top départ. Ils épinglent le badge estampillé BIP qui les identifiera dans les établissements visés. Lesquels ont tous préalablement accepté d'interrompre à n'importe quel moment le temps scolaire, cours, récréations, sports.
Avec la complicité des enseignants, ils déboulent à l'improviste dans les classes pour y lire de la poésie aux enfants. Libé Toulouse les a suivis. Action poétique:
9h30, impasse Bachaga Boualam, quartier de Bagatelle: une dizaine de brigadistes de l'intervention poétique se préparent dans la bibliothèque de l'école élémentaire Falcucci. De l'excitation dans l'air et du café chaud sur les tables. Une grande feuille épinglée au tableau noir recense les objectifs: 200 classes, 4000 élèves au total.
En solo ou en groupes, les “Bippeurs” se répartissent les cibles de la journée. «Les Brigades sont ouvertes à tous les volontaires. La plupart d'entre eux sont étudiants, enseignants, parents d’élèves ou encore membres des Réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased)», explique Pascale Lefebvre, l'une des coordinatrices du groupe.
Ce matin, avec Isabelle, sa complice institutrice, Pascale a choisi de concentrer les rafales de mots sur une des écoles du quartier de la Reynerie. Les deux jeunes femmes vérifient leurs armes: des textes de Michel Butor, Raymond Queneau, Philippe Delerm et Hamid Tibouchi.
10 heures: Les bippeurs sont sur zone. Isabelle et Pascale traversent la cour de l’école avec vue sur les barres d'immeubles. Elles connaissent les lieux. Dans les escaliers, l'excitation est palpable: «On s'amuse beaucoup», dit l'une. Un coup bref à la porte de la classe où elles entrent sans attendre. Le professeur à tout juste le temps de se retourner. L'effet de surprise fige les regards et arrondit les bouches.
Isabelle est déjà au milieu de la pièce. Fusent alors les vers de Michel Butor: «Plonger avec le dauphin/ naviguer de phrases en phrases/ goûter le sel dans les voiles/ aspirer dans le grand vent/ la guérison des malaises/ interroger l'horizon/ sur la piste d'Atlantide...» Pascale y va de son extrait de "Surtout ne rien faire", l'hymne à la paresse de Philippe Delerm. Instantané. Moins de cinq minutes se sont écoulées. Des sourires apparaissent. Les bippeuses sortent. Pour seules empreintes, elles ont laissé les textes lus sur le coin d'une table.
Plus loin dans le couloir, une enseignante sermonne un gamin turbulent. Dans sa classe, ça ne va pas mieux. L'arrivée d'Isabelle et Pascale désamorce la tension. «C'est les Bip», souffle une élève qui tend l'oreille. «Euh/ c'est à dire/ Je n'ose pas/ ah/ Peut-être/ eh bien/ enfin je.../ oh non/ mais si/ quand il est timide/ l'amour/ a des silences/ infinis», entend-elle. Sourires. Applaudissements. Les mots de Bernard Friot ont fait leur effet.
Les deux bipeuses sont déjà reparties. La matinée n'est pas terminée. «On sème des petites graines», disent-elles.
J-M.E
Les Brigades d'Intervention poétique, jusqu'au 12 février dans toutes les écoles et collèges de la Zep du Grand Mirail. Contact : pole-ressources.arts-et littérature@ac-toulouse.fr


L'idée est merveilleuse et très poétique. Peut-on importer l'évènement dans d'autre ville?
Rédigé par : Bove emmanuel | 09/02/2010 à 09h01
Quelle initiative originale et réjouissante ! Depuis des années je privilégie la poésie pour réconcilier des enfants et ados avec les mots, la langue française, orale et écrite et, plus largement, l'imagination et la sensibilité.Petit à petit, au fur et à mesure de leurs découvertes des oeuvres, de leurs coups de coeur et de leurs productions, ils se réconcilient avec eux-mêmes.
Rédigé par : Laurence | 09/02/2010 à 10h31
Une descente de police culturelle? Faire peur avec la poésie, c'est l'enfoncer définitivement dans le catastrophisme et le choquisme de l'expression. Profs complices et élèves surpris. Délire de persécution assuré. Etre poursuivi par des poètes. Cauchemar de la vision éducative. Poésie obligatoire. Révolution culturelle. Le petit livre rose?
Mao est mort, moi pas encore.
Rédigé par : Honecker | 09/02/2010 à 13h41
formidable et très belle initiative bravo aux bipeuses et bipeurs
Rédigé par : agnes | 09/02/2010 à 13h52
@honecker
Je penses que tu ne sais pas ce dont tu parles...
Ces fameuses brigades ont RIEN d'une police...
Elles donnent plus l'impression d'une troupe de comedien qui vient reciter des textes, à l'image du slam sauvage...
Il ne fdaut pasw tout mélanger!
Les mots choquent et c'est pourquoi ils ont un poids mais si la poesie elle même se fait attaquer, je trouves ca normal qu'elle se defende un peu...
... avec ses armes à elles !
Rédigé par : jesuslafourmi | 09/02/2010 à 15h06
Cher Jésus. Je parle de ce que je lis dans LibéToulouse et de ce que je connais de ces BIP's. Il y a quelques années un reportage FR3 montrait la peur que ça engendrait dans une classe. Le vocabulaire est sécuritaire: "brigade, intervention, rafales " et vous "choque, attaque, défendre, armes, normal…" Je pourrais pas en savoir plus puisque l'accès aux lycées est soumis à autorisation de l'Education Nationale. La poésie mérite mieux que cet image sauvage que vous préconisez. La poésie n'a pas à tutoyer, un prof non plus.
Rédigé par : Honecker | 09/02/2010 à 16h14
à Honecker :
Grincheux n'est pas jouer
Rabajoie de jour de neige
Olibrius crin de minus
Sinistre sentence noire
Nanar avale son nina
Ankylosé des tuyaux
Zèbre délavé
Emplumé des écoutilles
Rédigé par : Chat de gouttière | 12/02/2010 à 11h45
Est ce qu'on a l'avis des enseignés?
Rédigé par : Honecker | 15/02/2010 à 21h48
C'est donc bien dans l'agression poétique que cette brigade s'est spécialisée.
Rédigé par : Honecker | 16/02/2010 à 10h31