L'Éducation Nationale compose avec le désobéisseur Refalo
La mise en place d’un atelier théâtre au lieu des deux heures hebdomadaires d’aide personnalisée pour les élèves en difficulté, lui avait valu l'an dernier un rappel à l’ordre assorti de 28 jours de retenue sur son salaire. Ses prises de positions publiques avaient entraîné une convocation en commission disciplinaire au mois de juillet. Il avait alors écopé d’un abaissement d’échelon
Il récidive cette année avec la mise en place d’un atelier journal sur le temps de l’aide personnalisée. Un nouvel acte de «résistance pédagogique» que l’inspecteur d’académie a constaté lors d'un contrôle effectué au mois d'octobre dernier. Mais sans pour autant, cette fois, le sanctionner.
Le mouvement de résistance pédagogique veut y voir la preuve d’un changement d’attitude de l’administration. «Sans oser le dire haut et fort, elle tolère désormais notre désobéissance», explique à Libétoulouse Alain Refalo. Entretien:
Alain Refalo à Montpellier le 7 juillet dernier. Photo: DR
Alain Refalo : Oui, je suis plus que jamais en résistance vis-à-vis des nouveaux programmes et du dispositif de l’aide personnalisée. Cette année, sur ces deux heures, avec deux autres collègues de l’école, nous avons mis en place un atelier journal. Les élèves y participent activement et améliorent leur production d’écrits. Les parents d’élèves, comme l’an passé, nous soutiennent dans notre démarche.
Votre inspecteur est pourtant revenu dans votre classe vous contrôler comme l’an dernier...
Alain Refalo : Il est revenu au mois d’octobre. Il a bien remarqué qu’avec mes collègues nous n’appliquions pas ce dispositif d'aide personnalisée. Mais ce coup-ci, l’inspecteur d’académie ne nous a pas sanctionnés financièrement. Alors que pour les mêmes faits, l’an dernier, j’ai eu 28 jours de retraits de salaire entre janvier et juin 2009. L’administration a donc changé d’attitude à notre égard. Elle est obligée de constater que les sanctions ne nous ont pas fait plier.
Comment expliquez-vous cette tolérance?
Alain Refalo : Le ministère, tout comme les inspections académiques, a fait le constat que son dispositif d'aide personnalisée n’est pas efficace. L’essentiel se joue dans le groupe-classe sur les 24 heures obligatoires. Le reste est de la poudre de perlimpinpin. Pour l’heure, les inspections académiques ont pour consigne de ne plus mettre la pression sur les enseignants concernant l’application stricte de ce dispositif. Elles laissent les équipes pédagogiques utiliser au mieux ces deux heures. C’est une décision de bon sens qui s’ajoute au fait que les postes de Réseaux d’aide spécialisés pour les élèves en difficulté (RASED) sont stabilisés pour l’année prochaine.
Pensez-vous que le ministre Luc Châtel puisse faire mieux que le ministre Xavier Darcos?
Alain Refalo : Même s’il ne remet pas fondamentalement en cause la politique de son prédécesseur, surtout sur les suppressions de poste, il essaie de déminer les problèmes les plus chauds. Sur la forme, il dialogue davantage avec les organisations syndicales et les mouvements pédagogiques. C’est pourquoi il doit entendre que la disparition des IUFM et la formation pédagogique des jeunes professeurs des écoles est une mesure absolument catastrophique. Sur le fond, il a été très décevant dans ses décisions sur la violence à l’école. Nous attendons maintenant un vrai débat sur les rythmes scolaires. Et qu’il mette au placard le projet des EPEP (Etablissements Public d’Enseignement du Primaire) qui consacreraient la municipalisation de l’école publique.
La condamnation à deux mois de prison d’un parent pour avoir giflé une conseillère d’éducation vous satisfait-elle?
Alain Refalo : L’agression d’un enseignant est un acte insupportable et condamnable. Je ne pense pas que la prison soit la sanction la plus adaptée, car je crois aux sanctions éducatives et non pas exclusivement punitives. Toujours est-il que cet acte reflète encore une fois le climat de violence qui s’installe dans les établissements scolaires. Mais la violence ne vient pas seulement de l’extérieur. Elle est aussi interne aux établissements. Il faut oser le dire, l’institution produit elle aussi de la violence, laquelle peut entraîner, chez les élèves et parfois les parents, des actes répréhensibles à l’encontre d’enseignants. L’institution doit aussi se remettre en question et prendre sa part de responsabilité dans ces situations de violence. Ce qui a manqué aux Etats généraux sur la sécurité à l’école, ce sont des cahiers de doléances. Cela aurait été particulièrement éclairant sur les causes de la violence à l’école et des réponses adéquates à formuler.
Propos recueillis par Jean Manuel ESCARNOT
Alain Refalo, professeur des écoles à Colomiers, auteur du livre “En conscience, je refuse d’obéir. Résistance pédagogique pour l’avenir de l’école”, Ed. des Ilots de résistance


Quand un gendarme critique, le rapprochement police/gendarmerie, il est mis à la porte.
Quand un policier, critique la politique de SARKO, il est suspendu.
Quand un instit, refuse publiquement d'appliquer les instructions de l'EN, il n'est pas sanctionné.
Morale,de cette histoire. A ne pas être d'accord, il fait bon d'être enseignant.
Rédigé par : privé | 23/04/2010 à 09h55
Alain Refalo a bien été sanctionné. Mais aujourd'hui, l'Education Nationale doit faire face à une véritable fronde qu'elle ne maîtrise pas. Il est temps de réaliser que c'est l'avenir des enfants qui est en jeu. Cela justifie pleinement la résistance et la désobéissance à des réformes iniques.
Rédigé par : Lisa | 23/04/2010 à 10h53
@privé :
28 jours de suspension de salaire, abaissement d'un échelon, ce n'est pas ce que vous appelez « une sanction ». Il vous faut soit relire, soit apprendre à lire...
Rédigé par : public | 23/04/2010 à 11h56
Il est bon de lire le texte que l'on veut commenter. Ansi on s'aperçoit que les instituteurs qui sont dans le mouvement de résistance pédagogique sont effectivement sanctionnés. J'admire le courage et la détermination de ces instituteurs. Etre instit à notre époque n'est pas facile...
Rédigé par : HUET Christian | 23/04/2010 à 12h07
Reconnaître publiquement qu'il y a une part de violence dans le métier que l'on fait ou les décisions que l'on prend, honore celui qui le fait ; ça change un peu du discours habituel, genre : si je te colle une amende et un coup de masse, c'est parce que c'est pour ton bien !!!
Rédigé par : cool | 23/04/2010 à 12h30
Quand ces instits se mettront à fournir les enseignements de base plutôt que de faire du théâtre.
Le niveau est de plus en plus bas.
Rédigé par : gus | 23/04/2010 à 12h50
Errare humanum est, perseverare diabolicum!....
Rédigé par : XGerard | 23/04/2010 à 13h39
M.Refalo décide de ce qui est bon et de ce qui est mauvais.
Il ignore la légitimité du pouvoir politique dès lors que ce pouvoir est contraire à ses opinions propres.
Demain matin, toute autre décision bonne ou mauvaise pourrait donc être acceptée selon ce que le fonctionnaire en jugerait... à quoi bon des programmes, des choix voulus par la Nation (fussent-ils peu pertinents) ?
Monsieur Refalo scie consciencieusement la branche de l'école publique... Demain matin une majorité proche des opinions de Monsieur Refalo voudra faire appliquer des réformes... mais avec la même légitimité que celle qu'il s'octroie aujourd'hui, d'autres pourront les refuser demain...
Et si on laissait au citoyen le droit par son vote de décider et non pas à Monsieur Refalo ?
Rédigé par : Vincen | 23/04/2010 à 19h13
La démocratie a été largement bafouée dans la préparation et la mise en oeuvre des réformes. Celles-ci créent des injustices préjudiciables à la qualité du service public. C'est pourquoi la désobéissance des fonctionnaires est légitime. CQFD. Tout le reste est déconnecté de la réalité.
Rédigé par : Elodie | 23/04/2010 à 20h10
@ public
Je confirme que les sanctions prises à l'encontre de RAFALO sont ridicules, comparées à celles prises à l'encontre des policiers ou gendarmes, qui se contentent dans des articles de presse de critiquer les orientations du gouvernement.
Consultez internet.
Il me semble, inconvenant de mettre en parallèle une retenue d'un mois de salaire et des licenciements.
Il est vrai, que tous les gouvernements ont peur du monde enseignant. Souvenez vous de tous les ministres, qui ont échoué dans la modernisation du mammouth (JOSPIN, ALLEGRE...).
Rédigé par : privé | 23/04/2010 à 21h49
cela faisait longtemps que nous n'avions pas eu d'article de soutien à Refalo, je ne dirais pas que cela manquait...
Quel dommage que le journaliste ne fasse pas preuve de la même opiniâtreté quand il s'agit d'autres sujets, mais après tout chacun a ses choix.
En ce qui concerne Refalo et son mouvement qui ne représente, faut-il le rappeler, qu'1% des enseignants du primaire, leur choix est symptomatique de l'idée que seul leur avis compte et surtout qu'ils sont détenteurs de la vérité unique, il y a là une sorte de dévoiement de la fonction d'enseignant passant de transmetteur de savoir, de maître d'apprentissage, de facilitateur d'ouverture d'esprit à dictateur de l'enseignement, donneur de leçons. Il est certain que ses élèves qui ont des difficultés en mathématiques vont être énormément soutenus par la production d'écrits. Ce choix imposé par Refalo à ses élèves, sans tenir compte de leurs difficultés est la manifestation d'une vision de l'enseignement axée sur l'enseignant et totalement oublieuse des élèves et de leur avenir.
Rédigé par : cal81 | 24/04/2010 à 11h33
Ce que vous appelez la "modernisation du mammouth", c'est la politique d'austérité, la suppression des postes, la diminution des moyens de l'enseignement, c'est le sacrifice du service public au profit des intérêts privés. Le plus fort, c'est qu'il se trouve encore des Français pour trouver ça bien.
Ce n'est pas une affaire d'opinion personnelle ou d'état d'âme de tel ou tel enseignant, c'est une affaire grave pour tous nos élèves et pour l'avenir du pays.
Rédigé par : Eric | 24/04/2010 à 11h43
Le combat d'Alain est absolument extraordinaire, dans la non violence dire non et le dire haut et fort, et argumenter pourquoi, en acceptant l'idée de s'exposer à des sanctions, sanctions lourdes et effectives, c'est un exemple qu'il nous donne là, c'est un appel à l'insurrection des consciences, Hugo ne disait il pas que "ceux qui vivent sont ceux qui luttent". Merci Alain continue, nous serons à tes côtés le 1er mai, au défilé de ceux et celles qui veulent que la société change qui refusent un ordre établi ou seul certains ont pouvoir et argent, un ordre établi ou l'on expulse ci et là des hommes, des femmes, des enfants, qui ont commis pour seul crime de vouloir vivre loin de la misère, ce monde là, cette France là, ce n'est pas celle d'Alain, ce n'est pas la mienne, ce n'est pas la notre, cette France là, me fait honte.
Rédigé par : MILA | 24/04/2010 à 14h43
Alain Refalo reste un enseignant exemplaire de par son travail et de par sa résistance actuelle à des mesures abscondes. Mais il ne faut surtotu pas oublier que Alain Refalo n'est pas seul dans l'histoire; Il est suivi par des milliers d'enseignaznts en France qui rejettent des mesures destinées à casser notre systèmme éducatif qui s'est construit sur es valeurs fortes et émancipatrices. Voir les textes intiaux par nos plus grands humanistes, pusi les lois Junes FErry...
Alors, une seule chose.Un grand bravo à Alain Refalo et aux milliers d'enseignants qui osent aujourd'hui affronter le mammoouth libéral de plein fouet.
La résistance continuera de toute façon jusqu'à ce que les vraies valeurs d'une école populaire et émancipatrice se redessine dans la paysage français.
Rédigé par : FRançois LE MENAHEZE | 25/04/2010 à 13h25