Enquête sociale derrière les écrans d'ordinateur
LIVRE. Ce n'est pas encore le Germinal de l'informatique. Mais, selon Derrière l'écran de la Révolution sociale, pas moins que les mineurs de Zola, même si autrement, les employés de l'ordinateur seraient appelés à se tuer au travail. Ils sont surtout, nous dit l'auteur de l'ouvrage, Nicolas Séné, menacés par «le stress, l'angoisse, la peur».
Les salariés de l'informatique, en général présentés comme «l'élite» du monde du travail, seraient les tâcherons d'un monde où «l'argent coule à flot», argent dont «personne ne voit la couleur» (p.175).
Á travers divers portraits d'informaticiens toulousains et statistiques officielles, le journaliste Nicolas Séné enquête sur les Sociétés de services et ingénierie informatique (SSII).
Au bout de laquelle enquête, il conclut que les jeunes cadres dynamiques et encravatés du monde de l'ordinateur ne font pas de vieux os:
La «recherche du moindre coût qui engendre des conditions de travail de plus en plus précaires oblige les informaticiens» à se consumer au travail et à toujours aller voir ailleurs si la vie ne serait pas plus supportable. Où le turn over (p.62) est, selon l'enquête citée de l'agence pour l'emploi des cadres (APEC) près du «double du taux moyen tous secteurs confondus».
Et Nicolas Séné de démonter les mécanismes qui pervertissent ce monde de 365.000 salariés et 42 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2009. Avec un système de «régie», lequel serait parfaitement illégal (p.22), avec «l'hypocrisie et le mensonge» de la mise en place de fausses offres d'emploi (p.69) et des «intercontrats» qui déguisent la précarité (p.79)
Avec encore des salaires «en moyenne 20% inférieurs à ceux présentés par les entreprises» (p.75), des managers qui réduiraient la carrière des ingénieurs à quelques «prouesses commerciales» (p.38), des open spaces décrits comme un enfer blanc (p.106).
Les SSII seraient selon l'auteur un «vaste laboratoire social pour le patronat qui en use pour imposer son moins-disant social» (p.153). Ce patronat y testerait «tout un ensemble de mesures qui vont à l'encontre du contrat social» conclut Nicolas Séné (p.171).
Sans concession, la charge du journaliste spécialisé dans les questions sociales est certes à sens unique. Au moins oblige-t-elle à un peu de curiosité quant à un monde jusqu'à présent imaginé comme sans tâche.
«C'est aux informaticiens de se battre», conclut l'ouvrage qui se fait brûlot militant. Ces informaticiens, «tiennent l'économie dans leur main, ajoute Séné (p.175). Que leur coûteraient-ils de cesser le travail tous ensemble, ne serait-ce que trois jours?».
GLv.
Derrière l'Écran de la Révolution Sociale. aux éditions Res Publica,182 pages, octobre 2010. Débat sur le thème le 9 novembre à 19h à la librairie Terra Nova, 18 rue Gambetta à Toulouse.


Le Munci, largement cité tout au long de l'ouvrage, recommande la lecture de ce livre tout en y apportant quelques réserves.
Voir notre article dans le lien adjacent.
Rédigé par : Munci | 01/11/2010 à 11h22
Bonjour
et merci pour cet article qui reprend un sujet que l'on retrouve aujourd'hui dans les "méthodes agiles", à savoir "les personnes plus importantes que les processus" érigé en *valeur*
http://agilemanifesto.org
Rédigé par : Thierry Cros | 01/11/2010 à 12h22
je suis tout à fait d"accord, avec cette analyse.
Beaucoup de pression et de stress, pour des salaires qui se révèlent souvent inférieurs à ceux des fonctionnaires titulaires de diplômes comparables, avec en prime un emploi bcq plus précaire que se que l'on croit.
Rédigé par : soleil | 01/11/2010 à 17h26
Tout ça est bien connu de ceux qui y sont déjà passés !
Ça tient en grande partie à des facteurs spécifiques de l'informatique, comme l'obsolescence planifiée poussée à ses extrêmes (d'où la course permanente à l'échalote, pardon à la version), la paranoïa sécuritaire, le mythe de l'outil qui remplacerait l'ouvrier (ou pire : le décideur), associé au mythe de la "règle de bonne pratique" qui remplacerait l'outil, etc..
À Toulouse, il y a en plus la spécificité de la province française, où tout est télécommandé depuis Paris : les gestionnaires sont loin et peu impliqués.
Une grêve générale des informaticiens serait un pet dans l'eau : trois jours de retard de plus ou de moins dans un projet informatique, la belle affaire... Surtout à Toulouse :-)
Rédigé par : Rémy | 01/11/2010 à 21h36
Sortir de ce piège? Tapez "NAWAPA" sur google, vous allez... prendre de la hauteur:)
Rédigé par : Ferdinand Pecora | 01/11/2010 à 21h37
Bug Buffer
Break Box
Bulk Basic
Baud Bus
Reset Restore
Read Ram
Write Rom
Reckon Rate
Rédigé par : Mao est mort Moa pas encore | 01/11/2010 à 22h49
Rien de bien nouveau dans ce livre pour ceux qui vivent dans ce secteur professionnel, comme le souligne Rémy. Ne pas oublier que si les salaires de ces métiers sont globalement orientés à la baisse, c'est aussi par la concurrence asiatique : rien de plus facile à un ingénieur réseau indien d'intervenir sur votre routeur situé à Paris, à un programmeur vietnamien de générer un programme à partir d'un cahier des charges normalisé. Et avec le cloud computing qui s'impose, cela ne va pas s'arranger pour la masse des ingénieurs systèmes et réseau, dont les compétences ne vont plus servir à grand chose.
Par ailleurs, faites un tour du coté du site de Microsoft et allez dans la section réservée aux programmeurs : il est construit pour une psychologie d'adolescent, on est tenté d'ajouter : immature. Cela permet aussi de comprendre sur quels ressorts fonctionnent les SSI ...
Rédigé par : M. Turing | 02/11/2010 à 10h12
J'ai eu l'occasion de vivre cela et surtout malgrès les 1500% d'augmentation, soit il y a délocalisation, soit on vous vire une fois que le boulot est en expansion pour mettre a la place les copains du système.
Généralement le renouvellement d'une oligarchie qui de moins en moins compétente inscrit sa démarche dans un féodalisme paternaliste et surtout organisé autour d'un individus qui détient tout les pouvoirs et qui confond savoir et pouvoir.
Cela fait plusieurs fois que je développe des technos qui ensuite vont en délocalisation, conservant les bureaux d'études ou les cadres sont plus des politiques que des opérationnels.
Il suffit de voir simplement le nombre de RH qui ont des pouvoirs décisionnels et opérationnel sur des sujets qu'ils ne maîtrise pas.
Du coup, dans l'incompétence, la gestion des ressources humaines ainsi que du développement se produit autour du stress, de la mise en concurrence non sur le résultat produit, mais la capacité de soumission.
C'est le produit de la généralisation des pouvoirs donnés aux grandes écoles.
Il suffit de faire une étude sur les SI et vous comprendrez le changement de fond.
C'est aussi pourquoi la société ne peut se projeter, puisque n'étant pas entre les mains de ceux qui regardent devant et qui construisent plus que ceux qui ont une antériorité oligarchique.
Donc aucune vision du futur, aucune capacité a faire évoluer et structurer une démarche hormis dans le domaine théorique ou l'important n'est plus d'avoir la compétence, mais de savoir exploité celui qui l'a détient.
Ayant compris la peur de ceci en ma présence, cela démontre aujourd'hui a quel point la société va dégringoler.
Car la mondialisation est la capacité pour une société ou une entreprise d'anticiper et de comprendre ou va se trouver les opportunités.
Et nous assistons donc a un appauvrissement générale de la population qui renonce au bon sens de comprendre et surtout de mettre en lien ceux qui agissent pour eux et non pour le bien commun.
Ceci est le fait de la construction des élites en France, uniculturelle et sociale.
Reproduction endogamique et cooptation.
Heureusement le reste du monde le sait, donc la longue descente aux enfers commence.
Rédigé par : LOL | 02/11/2010 à 12h56
@LOL : "Heureusement le reste du monde le sait, donc la longue descente aux enfers commence."
C'est pas pour dénoncer, mais par delà les calomnies... il reste Jacques Cheminade...
Rédigé par : Ferdinand Pecora | 02/11/2010 à 14h13
..construit pour une psychologie d'adolescent, on est tenté d'ajouter : immature..
L'utilisation de codes (SSI, SI, RH) et de jargon pour initiés (antériorité oligarchique, reproduction endogamique et cooptation) aussi est signe de psychologie d'adolescent où seulement ceux qui com-prennent sfont parti du club.
Aucun effort de rendre compréhensible aux autres lecteurs du forum. Usage interne et corporatiste. Curieuse façon de sensibiliser à la pénibilité que d'être pénible dans ces explications. Vulgariser n'est pas vulgaire.
Rédigé par : Mao est mort Moa pas encore | 02/11/2010 à 15h04
C'est bien fait car les vieux os, c'est moche.
Rédigé par : Lena Storm | 02/11/2010 à 17h05
very good information,thank you
Rédigé par : Environmental Monitoring | 13/11/2010 à 16h05
Enfin un livre sur ce sujet qui empoisonne le marché du travail français depuis plus de 20 ans.
Est-ce les lois trop contraignantes ou l’avidité de personnage sans éthique et sans morale ? Mais le fait est, que l’industrie française a donné naissance à ces SSII. Au détriment de ses droits et de la valeur de son travail, l’ingénieur français vient remplir les caisses de ces sociétés de « traite » souvent tenu par des personnes peu scrupuleuses et enclins à toutes les méthodes pour tirer un revenu de cette exploitation humaine (revente en cascade, faux CV, …).
Aujourd’hui à 42 ans je regarde avec amertume les années passées à travailler pour ces SSII.
A qui la faute ? le législateur certainement, car les lois sont : soit mal faites ou soit mal appliquées. Mais à mes yeux, le Synthec a la grande responsabilité de fermer les yeux sur ce « marchandage intellectuel », pourtant interdit qui touche quasi 100% des entreprises inscrites. Enfin les prud’hommes sont particulièrement laxistes avec ces SSII sur les motifs de licenciements souvent peu consistants. Cet environnement produit un « interim de luxe » qui satisfait les industriels et les dirigeants de SSII, mais qui va à l’encontre du sens de la loi et du droit des ingénieurs français (formation, obligation des employeurs, ….).
Il faut néanmoins distinguer les grosses SSII des plus petites. En effet les grosses cultivent un vrai “savoir faire métier” et sont sensibles à l’évolution de carrière de leur salariés. Est-ce dû à la présence de syndicats, de CE puissants ou à une simple volonté de leur pérennité ? Les plus petites, en revanche, ont la simple optique de faire un beau coup , sans se soucier de l’après mission. En effet pour des petites structures il est assez simple de licencier pour raison économiques dès qu’un salarié est en inter-contrat.
Rédigé par : peppino impastato | 28/02/2011 à 00h16