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Le kiosque à musiques

07/12/2010

Ces irréductibles de l'hôpital Marchant qui refusent de devenir des gardiens de prison

Logo test 2 SOCIÉTÉ. Au 49° jour d'une grève débutée le 18 octobre, les salariés de l’hôpital psychiatrique Marchant ne sont plus qu’une poignée à camper sous la tente plantée à l’entrée de l’établissement de la route d'Espagne à Toulouse.

L’intersyndicale du début du mouvement n’a pas tenu la distance. Le protocole d’accord sur le paiement d'heures supplémentaires signé avec la direction le 12 novembre «a été jugé suffisant», selon le secrétaire général FO, Serge Albinet. Au tour de la CGT, ensuite, de déserter les lieux: «38 jours et nuits sous la tente, la lutte devait continuer sous une nouvelle forme», explique la cégétiste de Marchant, Isabelle Morer.

Quitte à réveillonner sous la tente, une vingtaine d’irréductibles non syndiqués et militants de Sud-Santé n’en sont pas moins déterminés à obtenir l’embauche d’une cinquantaine d’infirmiers supplémentaires. «Pour que le travail, disent-ils, cesse de se limiter à la surveillance et au cachetonnage des malades hospitalisés». Reportage.

Lundi 6 décembre, 17h. Devant la tente des grévistes, à deux pas des bâtiments flambants neufs du Cancérople, s'amoncellent des palettes. Sous la tente, café, cigarettes et rédaction de tract. Entre les lits de camps et les packs d’eau minérale, les cinq salariés du piquet de grève du jour tiennent leur réunion quotidienne.

«Notre revendication principale concerne le manque de personnel», rappelle Florian, 34 ans, infirmier. Selon lui, les services de pédopsychiatrie, les longs séjours, les urgences et les pathologies chroniques seraient «archi pleins». Mais la direction refuserait d’embaucher.

Avec une moyenne de trois infirmiers par unité de 20 malades, ce sous-effectif inquiète Stéphane: «nous sommes  toujours sur la brèche, raconte-t-il. Faute de temps, on est limité à  cachetonner et à surveiller les malades, sans pouvoir établir de relation de confiance avec eux ni avec leurs familles.»  Parer en permanence au plus pressé, donc. «Avec le  risque d’accumuler les moments de crise et de passage à l’acte», reprend Florian.

«Et ce sont des gars comme moi, a priori pas formés pour ce type d’intervention qu’on appelle au secours», intervient Bernard, 50 ans, agent de service hospitalier rémunéré 1300€ mensuels après 25 ans d’ancienneté. 

Plutôt que d’embaucher, l’hôpital Marchant privilégierait l'achat de nouvelles caméras de surveillance dans les services d’urgence ou de bips derniers cris, déclenchables en cas d’alerte. Une dépense estimée à plus de 100.000 euros par le syndicat Sud. «Ce n’est pas en surveillant les malades qu’on les soigne», tonne cet infirmier 

«C’est dans la logique du système, reprend Fabienne Bino, secrétaire fédérale Sud. Au lieu de privilégier la prise en charge des malades à l’extérieur de l’hôpital, on les y enferme pour ne pas les voir. Sous prétexte de les soigner».

Marchant, comme une prison du troisième type ? Livrables en 2011, les futurs bâtiments de l'unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) devraient accueillir une quarantaine de détenus atteints de troubles psychiatriques. L’administration pénitentiaire y sera chargée de la sécurité tandis que le personnel de Marchant s’occupera de l’aspect sanitaire. «Ce mélange des genres est stigmatisant, peste l'infirmière psychiatrique Marie Rabajat. Nous risquons d’être assimilés à des gardiens de prisons».  

Contactée par LibéToulouse, la direction de l'hôpital n’a pas souhaité communiquer sur l’ensemble des revendications des grévistes. «Une rencontre avec les militants de Sud est prévue dans les prochains jours», précise néanmoins son directeur adjoint, Laurent Talon.

Au moment de quitter les grévistes de Marchant, une citation de Victor Hugo épinglée au dessus du réfrigérateur des grévistes attire le regard : «Parmi les réprouvés, je planterai ma tente. Je resterai proscrit, voulant rester debout».

J-M.E

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Commentaires

A une époque c'étaient les grévistes qui avaient le patron à l'usure,... aujourd'hui c'est l'inverse. Va falloir changer de méthode.

merci pour cet info qui devrait être relayée au niveau national

" la lutte devait continuer sous une nouvelle forme" de la CGT. ben on attend toujours, la CGT qui se dit "mobilisée" ne signe plus les préavis de grève, et passe son temps dans son bureau.....c'est ça la nouvelle forme de mobilisation : le pouvoir aux bureaucrates. Aller à Tenon ils ont obtenus 92 postes, y'a pas de raison que chez nous on en ait pas autant.

Déjà, en 1975, Foucault dénonçait dans "Surveiller et punir", "la grande montée des dispositifs de normalisation".
On voit bien, ici, que l'on justifie après-coup une action illégitime (on dit que l'on soigne, alors qu'en fait, surtout, on gère économiquement).
Courage aux grévistes !

ben ouais... ben ouais...
BEN OUAIS! heureusement qu'y en as encore! qui tiennent les piquets de grève!
l'Hôpital psychiatrique: "on gère économiquement" comme tu dis! comme tout, d'ailleurs...
plein soutien, bien sûr, et à bientôt!
S.A.

Bravo pour cette article dont l'information devrait en effet être relayée au niveau national.

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