La leçon d'économie du professeur Mignard
LETTRE OUVERTE. «Pratique illégale de la comptabilité publique» et «non sincérité» du budget de la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale (DRJSCS): le docteur d'État, maître de conférence en Économie Patrick Mignard ne fait pas dans la nuance quand il fait la leçon à ses employeurs.
L'universitaire toulousain participait jusqu’à l’année dernière à la soutenance des mémoires de 3e année du Diplôme d’État des Assistants de Service Social. Il décide de ne plus le faire et explique publiquement pourquoi, ne se privant pas de moquer.
Patrick Mignard estime non seulement que l'État le paye au lance-pierre pour ce travail, mais que, ce faisant, il ne respecte en outre pas ses propres règles. «Mascarade», situation «ahurissante», écrit-il au responsable du pôle formation de la DRJSCS.
L'État est dans la peine, obligé à toutes sortes de petites économies même lorsque il s'agit de former les «nouvelles générations» ? Le docteur Mignard lui propose un remède: «donner carrément» les diplômes à la sorties de l'école. La lettre ouverte:
Monsieur,
Universitaire et intervenant depuis plus de vingt ans dans la formation des travailleurs sociaux, j’ai également participé jusqu’à l’année dernière à la soutenance des mémoires de 3e année du Diplôme d’État des Assistants de Service Social. Je ne peux que louer l’efficacité et la rigueur des services pour l’organisation matérielle de cet examen.
J’ai décidé cependant cette année de ne plus participer à cette épreuve.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le retard inexplicable avec lequel les examinateurs ont été/seront payés. En effet, l’épreuve qui s’est déroulée en juin 2010 n’a pas été rémunérée au 31 décembre de la même année mais devrait l’être en mars 2011, ce qui laisse perplexe l’observateur attentif quant au respect des règles de la comptabilité publique. N’étant pas naïf, j’en conclus que ce paiement différé l’année suivante n’est que la conséquence d’une mauvaise gestion du budget 2010. Le paiement sur le budget 2011 des dépenses engagées en 2010 est une pratique illégale de la comptabilité publique qui prouve la «non sincérité» du budget établi.
Cette situation ahurissante ne s’est révélée à moi que lorsque je me suis inquiété du non versement de ce qui m’était dû, aucune information ne m’ayant signalé le retard dans l’exécution du paiement.
Pour le reste je vous laisse juge, ainsi que toutes les personnes qui liront cette lettre.
La somme en question qui m’est due est de 118,16 €. A quoi correspond-t-elle ? A la lecture de 8 mémoires de fin d’études des Assistants de Service Social. Le travail consiste à lire attentivement chaque document (environ trois heures), à préparer l’entretien avec les autres membres du jury et interroger le candidat sur son travail et son expérience (environ 30 mn). Pour l’ensemble de ces tâches, l’examinateur est rémunéré : 44,2% d’une vacation (38,43€) soit 16,98€ (rémunération brute) par mémoire, ce qui ne représente même pas une rémunération au SMIC horaire.
Vous comprendrez, Monsieur, que dans ces conditions on finit par se demander s’il est juste, et je dirais même, citoyen, de participer à une telle mascarade et si consentir un effort, pour faire profiter de ses compétences à des jeunes en formation, n’est pas cautionner un système absurde qui méprise les bonnes volontés.
Dans les conditions qui sont celles de cette épreuve, je me demande s’il ne serait pas préférable que vous donniez carrément le diplôme à la sortie de l’école, ceci règlerait définitivement et radicalement la question des compressions de coûts et correspondrait parfaitement à la philosophie du gouvernement actuel qui, en bonne logique libérale, laisse le marché « faire le tri entre les compétences ».
«Travailler plus pour ne gagner rien ou presque», telle semble être la nouvelle politique en matière de formation, entre autres.
Vous comprendrez, Monsieur, que ma démarche n’est pas simplement personnelle. A ce stade de déliquescence générale de notre Société, de destruction de l’École et de tout ce qui constitue la formation des nouvelles générations – sans parler des autres aspects - c’est une démarche citoyenne que de refuser de collaborer à un tel gâchis. Le fait de rendre publique cette lettre ne vous étonnera donc pas.
Espérant vous avoir convaincu de ma bonne foi et de la volonté citoyenne qui m’anime, veuillez croire, Monsieur, à l’assurance de ma plus grande vigilance.
Toulouse le 1er mars 2011
Patrick MIGNARD Docteur d'État, Maître de Conférences en Économie »


Cet homme a parfaitement raison : tous les "examinateurs" devraient se désister de cette mascarade incroyable autant qu'indigne.
Rédigé par : Morsi | 01/03/2011 à 18h35
Au-delà du cas particulier - on ne voit pas bien en quoi le fait, certes scandaleux, d'être payé mal et trop tard fait de l'examen une "mascarade" -, cette affaire pose un problème plus large, bien connu dans les milieux universitaires.
Dans les gigantesques machines que sont devenues les grosses universités, avec les changements fréquents de logiciels de comptabilité, de tels retards ne sont pas rares, et cela depuis bien des années. Ils sont particulièrement catastrophiques lorsqu'il s'agit, notamment, de régler des factures de logement ou de restauration d'invités extérieurs. Bon nombre d'établissements refusent ainsi les "bons de commande" établis par de universités considérées comme "mauvaises payeuses".
Rédigé par : haltla | 01/03/2011 à 20h35
Haltla,
Quand on ne comprend pas ce qui est écrit dans un article, on évite de faire un commentaire qui est un tissu de bêtises.
En effet :
1- Dans cette affaire l'Université n'a rien à voir. Il s'agit de la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale (DRJSCS) ce qui est totalement différent;
2 - Il ne s'agit pas d'un simple dysfonctionnement mais d'une pratique illégale qui consiste a faire un faux budget et de payer des prestations d'une années avec le budget de l'année suivante.
On a là un exemple de la dérive de la comptabilité publique avec un gouvernement qui assèche les budgets et se défausse sur l'avenir. MADOFF, l'escroc, ne faisait pas autre chose.
Ce n'est d'autre pas un "cas individuel",... plusieurs dizaines de personnes sont touchées (environ 160 dans toute la région.
Quand un Président peut se payer un avion à 170 miilions d'euros (Sarko-one) pour aller faire le beau (on voit ce que ça donne), et ne peut même plus payer la formation des travailleurs sociaux,... on a de quoi s'inquiéter.
Rédigé par : P.G | 02/03/2011 à 09h28
Cher PDG,
Merci de la censure et de la leçon si courtoise. Il n'y a donc plus de dysfonctionnement nulle part dans la Fonction Publique, tout est à rapporter à Sarkoland et à Madoff. Pourquoi pas à Servier et à MAM ?
Si elle en restait à de telles finesses d'analyse, l'opposition revenue au pouvoir aurait du souci à se faire. Mais vous avez peut-être raison : mélenchon tout et agitons, on verra bien ce qui en sort.
Rédigé par : haltla | 03/03/2011 à 10h15
Là, Haltla, tu as tout à fait raison (pour une fois), Sarko, Madoff, MAM, Servier, c'est le même système de corruption et parfaitement antisocial.
Je ne vois pas pourquoi tu parles de la Gauche, mais sache que je ne lui fais pas plus confiance.
Rédigé par : P.G | 03/03/2011 à 13h19
Les maîtres de conférences sont-ils tellement mal payés pour être à 118,16 € près? Docteur Mignard, indignez-vous pour de vraies injustices sociales et ne polluez pas Libé avec de telles inepties!
Rédigé par : Mathilde | 03/03/2011 à 19h48
Mathilde,
Bien sûr que je n'en suis pas à 118,16€. La somme est dérisoire, dans l'absolu, et au regard du travail demandé. C'est justement ce caractère dérisoire, au regard du travail demandé que je dénonce.
Ma position critique est une position de principe. Si l'on accepte les manipulations comptables, comme c'est le cas aujourd'hui, et si l'on accepte d'être payé de manière dérisoire, alors le Pouvoir peut tout se permettre pour nous transformer en masse malléable et corvéable à merci pendant que ses dirigeants se gavent.
Votre raisonnement montre votre soumission et un raisonnement à courte vue. Avec de tels raisonnements, le système actuel peut dormir sur ses deux oreilles et réduire revenus et acquis sociaux sans crainte.
Rédigé par : Patrick MIGNARD | 04/03/2011 à 07h34
Ah bon, Madame Mathilde, probablement militante de l'UMP, vous trouvez que dénoncer les pratiques illégales de l'Administration est une ineptie ? Et que se battre pour un revenu décent, en est une autre ? Vous êtes une bien piètre avocate de votre cause, si tant est que vous en ayez une !
Rédigé par : P.G | 04/03/2011 à 11h24
Pour ceux qui sont intéressés par les finances publiques : http://fr.wikipedia.org/wiki/Finances_publiques
cela permet de mieux cerner la complexité du système.
Pour info, cela n'a rien de nouveau. Il reste à faire la distinction entre ce que la Cour des Comptes appelle l'erreur normale et la mauvaise gestion pour ne pas dire la mauvaise foi.
Après il est vrai que cette habitude est le plus souvent vécue par les vacataires étudiants qui la dénonce depuis des années dans le silence absolu des enseignants ou par des entreprises (généralement les paiements s'arrêtent fin novembre et reprennent à partir de fin janvier, habituellement tous les universitaires et chercheurs le savent).
Il est très bien qu'un MdC le dise, il serait dommage que ce ne soit que pour saillie politicienne.
à titre informatif, 118,16 euros sont une somme sans doute dérisoire eu égard au travail accompli mais dans l'absolu il s'agit d'une somme importante pour beaucoup de personnes qui ne sont, sans aucun doute, que peu représentées dans le monde universitaire (étudiants exclus évidemment)
Rédigé par : cal81 | 04/03/2011 à 17h06
Pour conclure, ce cas ci met en cause la DRJSCS, organisme soumis à quantité de bouleversements structurels actuellement, ce qui peut expliquer cela. Mais il est applicable sûrement à quantité d'autres établissements publics, administrations, EPST.... Il s'agit principalement du décalage de plusieurs mois, même si la situation s'est améliorée, le transfert d'une année sur l'autre est plus rare, heureusement.
Rédigé par : cal81 | 04/03/2011 à 17h15