Le train de la justice contre le tramway de Toulouse
TRANSPORTS. Mais de quoi se mêlent ces magistrats? Ce n'est évidemment pas avec ces mots que la Mairie de Toulouse conteste la décision du Tribunal administratif de bloquer le prolongement jusque sur la rive droite de la Garonne de la ligne de tramway Blagnac-Les Arènes. Mais l'esprit et le cœur y sont.
C'est en effet sur la plainte d'une association de riverains que la justice administrative s'est saisie du dossier. Or, ces plaignants n'ont pas été entendus dans leur demande, entre autre, d'invalidation du projet de passage de la ligne sur le boulevard Déodat-de-Séverac.
Les attendus par lesquels le Tribunal administratif (TA) justifie l'enterrement du projet sont d'une toute autre nature: ce projet, selon les juges, «ne présente pas la garantie d'une réduction significative de la circulation automobile en centre-ville» et «par voie de conséquence celle d'une limitation sensible des nuisances dans l'agglomération liée à cette circulation alors que le coût d'investissement est estimé à près de 120 millions d'euros».
Pour le coup, c'est l'adjoint aux finances de la ville qui s'étouffe ce mercredi 8 juin: le tribunal se permettrait selon lui de «contrecarrer un projet reconnu d'inérêt général».
Le Conseil d'État devrait juger dans cinq ou six mois l'appel fait de cette décision. En attendant, le ton monte au Capitole, qui ne l'envoie plus dire avec des fleurs:
Les modèles des études d'impact réalisées avant travaux ne seraient ainsi pas pertinents? «Mais ce sont les mêmes que l'État utilise», relèvent les élus. Les juges comptent quelque 10 millions d'euros de déficit prévus dans cette affaire. «Je les cherche encore, s'amuse l'homme des Finances du Capitole. Je ne sais pas comment ce chiffre a été obtenu». Ces mêmes juges notent que les trente minutes de tram pour couvrir la distance n'apporteront rien à l'usager. «Ce ne sont pas 30 minutes mais 11 !» lâche l'élu, comme fatigué par autant de bévues.
Joël Carreiras reproche surtout aux magistrats de ce tribunal d'avoir fait semblant de ne voir le projet que par les seuls 3,8 km du prolongement alors que son intérêt résiderait dans les 15 km de cette ligne «structurante» pour toute l'agglomération, depuis Blagnac en passant par Purpan et la Cartoucherie, partant ensuite en Y vers le cancéropôle et la gare Matabiau.
«Ce n'est pas une ligne de quartier que nous avons conçue!» reprend l'adjoint. Qui ne dit pas que le tribunal administratif a chaussé pour l'occasion ses plus petites lunettes à très courte-vue. Mais seulement parce qu'il est bien élevé.
GLv.


Et la question de la compétence du juge à juger le fond ??? Il s'agit d'un jugement en référé et je n'ai vu ni chez vous ni chez la presse régionale d'analyse sur cette question !
Rédigé par : Bôôh | 08/06/2011 à 16h10
Cette affaire m'a permis d'apprendre qu'il existait le syndrome NIMBY et qu'il frappait certains toulousains.
En effet, c'est surprenant d'apprendre que ce projet ne présente aucune utilité.
Il est modeste en raison, à mon avis, de la dette colossale de 1,4 milliards d'euros chez Tisséo, habilement cachée par la dette zéro de l'ancienne municipalité. Mais il n'est que le début d'un maillage plus large.
Il a le mérite de relier les lignes A et B du métro ailleurs qu'à la station Jean-Jaurès en centre ville.
La faible fréquentation de la ligne E montre qu'aucune étude ne peut prévoir avec précision l'impact de tel ou tel projet d'envergure.
La hausse du prix des appartements proche de la ligne E montre que certains sont prêts à payer pour profiter de ce mode de transport qui ne déplait pas à d'autres villes qui l'ont adopté.
Dans Paris à la libération, la SNCF s'était engagée à ne pas faire circuler de train dans la petite ceinture à l'ouest de Paris, c'est à dire le 16ème arrondissement.
Trente ans après, les riverains du même quartier ont souhaité le passage du RER ligne C dans la petite ceinture avec arrêt dans toutes les gares du parcours.
Les caténaires peuvent poser des problèmes de sécurité mais surtout le non encaissement de la voie ferrée, boulevard Déodat de Séverac, montre le grand désintérêt de la SNCF et de l'état.
Rédigé par : BRANSOLES | 08/06/2011 à 17h21
Les toulousains pleureront-ils cette ligne, qui manque totalement d'ambition et qui semble avoir été imposée à la va vite ?
J'en doute.
Un grand nombre d'entre eux, parait s'interroger sur l'utilité de cette ligne qui traverse ni zones d'activités, ni zones à fortes densités de population, qui partage la chaussée avec d'autres moyens de transport au sein rues peu larges et dont les zones dangereuses non pas été traitées (voies ferrées, passages...)...le tout pour une vitesse de croisière faible d'autant que le trajet ARENES/St MICHEL peut s'effectuer en métro dans un laps de temps moindre et "garanti".
Quant à la décision du TA, une municipalité de droite s'est vue recaler dans un cadre comparable (nous dit la dépêche du midi) et n'oublions pas que le TA est tjs sensible aux sollicitations des associations, tant pour préserver la grenouille à moustache, la pie à queue bleue, que la quiétude des habitants du 16 ième qui s'inquiètent de savoir si les HLM de la ville de Paris s'intègrent correctement au sein de leur arrondissement.
Rédigé par : soleil | 08/06/2011 à 19h45
c'est pas bien les juges, vous avez commis un crime de lèse Cohen et Carreiras réunis. Depuis le temps, les juges devraient savoir que les décisions de la mairie de Toulouse sont souveraines et que tout ce qui ne va pas dans son sens est forcément le fruit d'une vile et sournoise attaque politicienne dirigée par une opposition malveillante.
à titre indicatif, quelqu'un pourrait signaler à M. Carreiras que les projets ne sont pas reconnus d'utilité publique mais les associations si, les projets sont déclarés d'utilité publique au terme d'un processus, cette déclaration permettant les expropriations. D'ailleurs je suis étonné de la réaction de la mairie, le fait que des souverains se saisissent de ce dossier devrait leur faire plaisir, c'est de la démocratie participative, à moins que pour la mairie ce n'ait un autre sens...
Rédigé par : cal81 | 09/06/2011 à 07h29
Cohen était averti des problèmes que posait cet itinéraire. Et quand Carreiras dit que ce n'est pas une petite ligne mais le prolongement de la ligne T1 existante, il n'a qu'à s'en prendre à la communication de Tisséo : c'est elle qui a inventé cette "ligne Garonne" ce qui a créé bien des malentendus.
L'erreur de Cohen-Carreiras est quadruple : erreur de communication en présentant une simple jonction comme une nouvelle ligne; erreur de priorité en commençant par une jonction au lieu de lancer des dessertes vraiment nouvelles vers des zones mal desservies; erreur idéologique en refusant les prolongements du métro là où ils étaient possibles; erreur technique en refusant le grand passage souterrain à Déodat, ce qui promet l'engorgement automobile à ceux qui ne prendront pas le tram, radicalisant inutilement l'opposition.
Bref, il faut faire les choses dans l'ordre : un grand schéma à long terme d'abord, des réalisations bien phasées ensuite.
Rédigé par : Pedro | 09/06/2011 à 11h19
à Pedro
Vous écrivez que la municipalité a refusé le grand passage souterrain à Déodat.
Il me semble que celui-ci est du ressort exclusif de la SNCF et de RFF.
Pouvez-vous me nommer cette source d'information?
Cela me parait curieux.
A bientôt.
Rédigé par : Les planches | 09/06/2011 à 12h36
Ah bon, le tribunal administratif statuant en référé ne pourrait pas se prononcer sur l'opportunité de service public ? Joel Carreiras doit confondre ses rêves avec le droit administratif.
Ceci dit, ce tramway a été arraché à la commission d'enquête publique. Le rapport est consultable là : http://www.noninscrits-toulouse.org/communiqu%C3%A9s-de-presse/ligne-tramway-garonne-les-critiques-de-la-commission-d-enqu%C3%AAte/
C'est un chef d'oeuvre de jésuitisme. Il suffit de lire les chapitres 2.3.2 jusqu'à 2.3.5 pui 2.3.13 et pour finir, les conclusions (3.3 3.5 3.6) pour se demander comment et pourquoi, après en avoir pointé toutes les incohérences structurelles, techniques, et le coût irratrapable, les rapporteurs finissent par donner leur accord.
Bien sûr que cette ligne qui ne serait que le prolongement de la précédente (elle a un nom rien qu'à elle pour faire plus riche), est aberrante. Pour aller au palais de justice il y a déjà un métro, mais pour aller au stadium (ou sur l'île du Ramier qui, dit-on va être réaménagée) il n'y a toujours rien. Au passage, on notera que la démocratie participative façon Cohen est assez délicatement appréciée par les commissaires rapporteurs : "il semblerait que le Maître d'ouvrage ait ignoré nombre de réflexions et observations émises par le public pendant la concertation". C'est si gentiment dit.
Rédigé par : Désir Nommé | 09/06/2011 à 15h11
à PEDRO
Complètement d'accord avec vous la priorité c'est les zones mal desservies comme le Sud-Est , Av St-Exupéry, les ZI la ZI Montaudran, Labège : desservis par une ridicule navette 108 depuis Toulouse
Rédigé par : iaram | 09/06/2011 à 15h50
iaram a le mot juste : pri-o-ri-té. C'est bien le point faible de cette municipalité qui consulte, qui reconsulte, qui communique et recommunique, mais a bien du mal à se décider, et qui, quand elle le fait, tombe souvent à côté de la plaque.
Labège, Cancéropole et Blagnac airport avant Déodat de S., c'était pourtant sans bavure. Surtout quand les sous ont cessé de pleuvoir et qu'on ne peut tout faire. Il est encore temps de se ressaisir et d'écouter les avis des uns et des autres, plutôt que de donner tort à tous, y compris associations et tribunal.
Rédigé par : haltla | 09/06/2011 à 22h23
Réponse à les planches
J'étais à une réunion publique de concertation à l'IUFM il y a 18 mois environ, avec Carreiras justement. S'il est vrai que le souterrain à Déodat, sous la ligne ferroviaire, concerne la SNCF et RFF, personne n'a estimé ce jour-là qu'ils y étaient hostiles, et on sait qu'ils mènent justement une politique de suppression des passages à niveau. En revanche, Carreiras et les techniciens de Tisséo ont clairement dit que ce n'était pas leur option préférée : seul le tramway devait passer en souterrain selon eux (et encore, ils le voyaient bien passer à niveau lui aussi). Plusieurs personnes de la salle ont regretté ce choix, estimant que les piétons et cyclistes au moins devaient avoir un passage sécurisé, et d'autres disant que tant qu'à faire un souterrain, autant le faire assez large pour les voitures aussi. Le technicien de Tisséo a fait la fine bouche, car cela impliquait des expropriations supplémentaires (aucune démolition), mais aucune impossibilité matérielle n'a été avancée. On a vu ensuite qu'ils sont restés quand même sur leur idée de départ.
Dommage que la presse locale n'ait pas rendu public ce débat qui était prémonitoire, car par la suite la commission d'enquête a elle-même demandé une modification du projet pour qu'on permette au moins aux piétons et aux cyclistes de passer en souterrain.
Ce souvenir me confirme dans l'idée que si Tisséo avait accepté des concessions intelligentes plus tôt, le projet Garonne serait mieux passé dans l'opinion des riverains. Je crois que le tram passera par Déodat un jour (ce n'est pas urgent) mais le bon sens voudrait qu'on fasse un souterrain pour tout le monde... ou alors pour le train !
Rédigé par : Pedro | 09/06/2011 à 23h10
Toujours un train de retard à Toulouse. C'est la marque de fabrique maison.
L'agglo souffre déjà du manque d'anticipation structurel lié au developpement et à la croissance de celle-ci dans les années 80-90, notamment au niveau des transports. Manque d'anticipation (rocade élargie et deja saturee), non-choix (voitures ou pietons, il faut choisir)... mauvais choix (tram ? pourquoi ?).
Il y a pourtant tant à faire dans cette agglo ...
Rédigé par : carmelo | 09/06/2011 à 23h17
A Pedro
Je vous remercie pour la précision de votre réponse concernant la ligne ferroviaire coupant le boulevard Déodat de Séverac.
Il existe dans les villes de nombreux passages à niveau qui sont un réel danger pour la population. La SNCF n’a pas les moyens à elle seule de les supprimer. Souvent ils sont fermés et un souterrain permet aux piétons ou aux voitures de franchir la voie ferrée. C’est ainsi que dans le Val d’Oise, les villes de Sannois, Domont, Franconville se trouvent coupées en deux. Même un passage souterrain n’empêche pas la coupure sociale d’un quartier animé. La ville d’Enghien-les-Bains a sa gare enterrée, ce qui rend attractif le quartier de façon uniforme et sans rupture.
La ligne Toulouse Auch est appelée à voir son trafic augmenter. Elle est à voie unique. Il me semble qu’il aurait fallu envisager son enterrement avec élargissement de l’emprise au sol. Certes, il aurait fallu faire des "dégâts" dans le voisinage. Plutôt que de financer le TGV, il aurait été mieux que le conseil régional s’investisse dans cette opération.
De plus, le passage par déodat semble être commun aux différents projets présentés. Il est regrettable que la justice ne se soit pas prononcée à ce sujet, il y va de la sécurité des riverains dont beaucoup sont des lycéens.
Jean-Luc MOUDENC se plaint que la Dépêche du Midi écrive que l’actuel projet de la ligne G était celui qu’il avait proposé quelques années plus tôt. Et pourtant la page 117 de ce document publié le 5 mai 2008 par Tisséo:
http://moodle.insa-toulouse.fr/file.php/290/ecomobilite/PDU/PDU2008.pdf
montre bien que le prolongement de la ligne T1 passe par l’Avenue de Muret, le pont Saint-Michel, Palais de justice, Grand-Rond, Pont des Demoiselles.
Toute cette polémique montre l’existence du syndrome NIMBY, il est regrettable qu’il soit entretenu par certains élus. On nous prédit un retour au Moyen-Age avec la puissance de la religion et autres idéologies, ce serait fort peu glorieux que la ville de Toulouse en soit le modèle.
Rédigé par : Les planches | 10/06/2011 à 10h03
Passionnants ces posts! Et ce qu'ils soulignent l'est plus encore : on ne peut pas gérer une ville selon une "doctrine"
Jecrains que les élus locaux quelle que soit leur tendance, continuent de décider en fonction de leurs copinages, du poids de leurs "réseaux", leurs électeurs... la majorité sont descumulards, qui sont également cooptés dans des tas de machins syndicats trucs, associations bidons où des décisionscapitales concernant la vie quotidienne des citoyens se prennent.
Si on veut conserver les breloques le fric et leshonneurs, faut pas défriser les copains, le président, l'appareil localduparti quivousa fait roi ou reine d'un jour.
Rédigé par : Lena Storm | 11/06/2011 à 07h33