Visite amère du commissariat de Toulouse
SOCIÉTÉ. Inauguration des nouveaux locaux de garde de vue de l’hôtel de police et distribution de bons points aux policiers : à mille lieux de l’affaire des écoutes des journalistes du Monde pour laquelle il a été entendu comme témoin, le directeur général de la police nationale (DGPN) Fréderic Péchenard a fait la tournée des popotes ce jeudi dernier 2 février à Toulouse.
Pour la première fois, cet ancien commissaire nommé à la tête de la police nationale par Nicolas Sarkozy visitait les différents services de sécurité du département.
Entre deux photos souvenirs pour le site du Ministère de l’intérieur et une table ronde à la Préfecture, le DGPN a fait l’éloge des bons résultats de la police toulousaine. Tandis que, dans les coulisses, la base s'indignait de «la politique du chiffre imposée par la hiérarchie». Mots amers entendus pendant la visite: :
Les géôles du commissariat central, boulevard de l'Embouchure. Photo: DR
Béton et peinture crème du sol au plafond. Deux cellules collectives et 25 cellules individuelles de 7 m2 équipée d’un coin toilette et d’un point d’eau contre 17 avant rénovation. Chacune d’entre elles sont livrées avec passe-plat et caméra pour réduire au minimum les contacts directs avec les policiers.
Avant d’y être placés, tous les interpellés passent dans le local d’identification où les spécialistes de l’identité judiciaire relèvent les empreintes et l’ADN. Une pièce pour les avocats, une autre pour le médecin et un cagibi-éthylomètre complète le dispositif.
«Félicitations! Huit mois de travaux ont permis d’humaniser la rétention», se réjouit le DGPN qui coupe le ruban tricolore en compagnie du préfet de région et du président du tribunal de Grande Instance. Au pas de charge la délégation poursuit sa visite.
«Tu parles! En réalité, on est débordés et sur la brèche en permanence», glisse désabusé l’un des policiers en uniforme. De 3000 en 2000, le nombre des gardés-à-vue aurait doublé en 2010 avec un chiffre record de 6004 personnes placées en rétention au commissariat central.
Explosion de la délinquance ? «Non! C’est surtout la politique sécuritaire qui nous est imposée, répondent les fonctionnaires interrogés. Pour faire du chiffre on ramasse tout. C’est du vent».
«Avant, deux types qui se battaient dans la rue, on les séparait et on les renvoyait chacun dans leur camp. Maintenant, on les interpelle pour violences en réunion et hop! en garde à vue », raconte un autre.
Pour les policiers, la seule amélioration des nouveaux locaux vient du fait que les cellules ne sont plus en vis-à-vis avec le poste de contrôle. «On se fera moins insulter. C’était dur. D’autant plus qu’avec les nouvelles lois, on ne peut plus secouer les gardés-à-vue comme avant», confie l’un des fonctionnaires.
16h, gymnase du commissariat. «À Toulouse, les gens travaillent bien» : en rangs serrés les chefs de services et les policiers écoutent le discours de Fréderic Pechenard. «Dans un contexte budgétaire tendu avec la perte de 5000 emplois », le DGPN distribue les bons points.
A Toulouse, ville placée au 14e rang pour les violences urbaines, les violences aux personnes auraient diminué de 2% en 2011. Autre motif de félicitation : Les éloignements de clandestins «ont dépassé les objectifs fixés».
Point noir : les cambriolages sont en hausse. Fin des discours, applaudissements, pizzas et pot offert par le directeur départemental.
La veille, Frédéric Péchenard présidait la table ronde organisée à la Préfecture avec des associations de quartier sur le thème de la relation police-population. Le DGPN y louait la mission des nouveaux délégués "cohésion police-population". Des policiers retraités intervenant comme médiateurs dans les quartiers difficiles. «Ce n’est pas une nouvelle police de proximité, explique Frédéric Péchenard. La question, c’est pas de jouer au football mais de faciliter l’accès de la population à la police.»
Au mot prés, les mêmes termes que ceux employés par le Ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy en 2003, lorsque ce dernier a descendu en flamme la police de proximité crée à Toulouse par l’ancien commissaire, aujourd'hui élu de Toulouse, Jean-Pierre Havrin.
J-M.E


J'ai "testé" ces nouveaux locaux... Autant dire qu'avant on pouvait voir l'heure sur la pendule et ce n'est plus possible.
Gardé à vue ne signifie pas coupable, pourtant passer 24h ou 48h là-dedans t'as rien : pas de stylo, pas de papier, pas de livre, même pas le droit de sortir prendre l'air, une soufflerie en permanence, la lumière des néons, tes proches sans nouvelle. Tu ne sais pas si c'est le jour ou la nuit, etc. C'est le summum de l'asseptisation, pur jus "torture blanche", même en taule les conditions ne sont pas si effroyables, et je parle en connaisseur !
Rédigé par : Theron | 04/02/2012 à 18h05
A lire l'article, il semblerait que le bilan calamiteux d'un proche de Chevénement soit du passé et que Toulouse n'est plus, le plus mauvais élève de la classe juste devant la GUYANE. Merci, aux policiers toulousains.
On est aussi rassuré, notre journaliste n'a pas été à même, au cours de son enquête approfondie, de rencontrer un de ces méchants policiers partisan du tout répressif.
Rédigé par : soleil | 04/02/2012 à 19h31