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12/10/2012

Sanofi: Toulouse n'est plus moteur de recherche

Capture d’écran 2012-10-12 à 18.16.27ECO-TERRE. «Les propos tenus par le ministre n’engagent que lui.» C’est, en substance, ce qu’aurait répondu la direction de Sanofi aux élus CGT qui l’interpellaient, hier jeudi matin 11 octobre, lors du comité central d’entreprise (CCE) qui s’est tenu à Chilly-Mazarin (Essonne) pour la branche recherche du groupe pharmaceutique.

A l’origine de cette mise au point de la direction, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, qui avait proclamé, la veille, que Sanofi s’engageait à épargner le site de la ville rose, et à limiter son plan de restructuration à 914 départs volontaires. «Sanofi fait donc savoir que le plan de suppression d’emplois est inchangé et que la menace pèse toujours sur le site de Toulouse», traduisait immédiatement la CGT toulousaine, alertée au cours d’une pause par un coup de fil d’un de ses élus au comité.

Les syndicats avaient reproché au ministre de se réjouir, alors qu’il n’y avait, selon eux, «absolument rien de nouveau» par rapport au projet initial de la direction du groupe phramaceutique.
Les élus socialistes de Toulouse et de sa région avaient, pour leur part, poliment salué «la fermeté» de Montebourg, tout se disant «vigilant»
Le maire de Toulouse, Pierre Cohen, s’interroge également sur la volonté de la direction de travailler au futur Oncopôle de sa ville:

Route d’Espagne, à côté des 25 hectares de gazon et de labos de l’unité de Sanofi, une «clinique des cancers» est en cours de construction. A peine plus loin, l’université des sciences, l’Inserm et le CNRS se tiennent prêts à collaborer à ce pôle d’excellence. Mais Montebourg n’a rien dit sur un éventuel maintien de la participation de Sanofi à ce projet.

L’Oncopôle sortant de terre et le groupe ayant sa part de bâtiments rutilants, ses partenaires préféreraient être sûrs que la stratégie de l’industriel n’a pas changé entre-temps. Le déménagement planifié de Toulouse, vers Lyon et Vitry-Alfortville, de la recherche infectieuse (une centaine de postes) ne concernera pas l’oncologie, mais «ce n’est pas bon signe», s’inquiète la CGT. Et les laboratoires de la route d’Espagne, eux, commencent à douter…

Le témoignage illustré de quatre chercheurs :

«Pour le labo, ce qui compte, c'est le fric»
Laurence Millet . 42 ans, chef d’unité
L.MIllet«Sur six molécules retenues ces derniers mois pour engager la phase de développement, dit-elle fièrement, deux viennent de Toulouse.» Cette chef d’unité, militante syndicale chez SUD, ne supporte plus de s’entendre dire par le directeur monde de la R & D que son site «ne sert à rien». Il serait même «dangereux», dit-elle, quand il pousse ses équipes à mettre au point des médicaments «en trois ans». Salariée à 3 300 euros par mois, elle constate que le patient n’est plus la préoccupation première de la multinationale, «c’est le fric et tout de suite», dit-elle. Pour elle, Sanofi préfère aujourd’hui se diversifier dans la parapharmacie, céder sa production de vaccins aux pays asiatiques, acheter des molécules à des sociétés bio-tech ou passer des contrats avec Coca-Cola. Ces derniers temps, elle constate une multiplication des contrats public-privé afin de confier l’amont de la recherche à l’université. «Mais attention, le puits va se tarir, prévient-elle, s’il n’y a plus de recherche fondamentale au CNRS ou à l’Inserm, il n’y aura vite plus de travail appliqué.» La démobilisation menace les troupes chercheuses, pressent-elle, «elles sont lasses de se sentir dévalorisées».

«Produire tout de même des résultats»
Eric Perret 50 ans, chef du criblage
E.PerretIl pourrait illustrer à lui seul la politique du groupe. Rémunéré 4 000 euros net mensuels, il réalise, dans le laboratoire de Sanofi, des tests sur l’atrophie optique, en collaboration avec un universitaire de Montpellier, qui a les échantillons organiques. Jusqu’à ce qu’un de ses chefs lui demande de ne pas communiquer les résultats des tests à l’université… «C’est stupide, dit-il, mais c’est immoral surtout.» Eric Perret cherche, guidé, dit-il, par «l’envie de comprendre les mécanismes fondamentaux de la vie». Il trouve aussi. Mais publie rarement. «Tout juste, explique-t-il, si la hiérarchie ne déconseille pas à ses chercheurs de le faire.» Pour l’heure, il travaille à trouver la molécule qui inhiberait au mieux une bactérie responsable de la tuberculose. Mais il n’est pas sûr que ses chefs soient d’accord pour dégager les 200 000 euros nécessaires. La recherche coûte 300 millions d’euros annuels à Toulouse. En France, elle est partout à l’abandon, sauf à Lyon, Paris ou Strasbourg, où «il y a de gros financements publics». Son défi : ne rien lâcher, «produire tout de même des résultats avec le public, malgré la situation». Outre son adhésion à la CFDT, c’est sa façon à lui de rester «combatif».

«Le groupe a oublié qu'il s'agit de sauver des vies»
Christophe Boldron. 39 ans, chimiste
Ch.BoldronPour ce chimiste qui touche 3 450 euros net mensuels pour assembler les atomes comme on construirait une molécule en Lego, Sanofi «dénigre» le travail accompli par ses chercheurs. S’il admet la «règle du jeu» de la recherche de la rentabilité, il ne comprend pas les réorganisations «violentes» depuis 2008 avec des coupes dans les budgets de R & D et la fermeture des sites de Bridgewater, outre-Atlantique, de Milan et Budapest. Avec le choix de privilégier les dividendes aux actionnaires plutôt que les investissements. «Sanofi est passé au stade du business pour le business, dit-il. Faire de l’argent, même avec la pharmacie, ne va pas sauver le monde. Nos patrons ont oublié qu’il s’agit tout de même de sauver des vies humaines. Voilà ce qui motive les chercheurs, poursuit-il, et qui explique pourquoi ils travaillent comme des fous et ramènent leur ordinateur le soir à la maison.» Selon lui, Toulouse a tout pour devenir un modèle «unique au monde» avec le pôle d’excellence de l’oncopôle où doivent se mêler public et privé, chercheurs et hospitaliers, petites et grandes entreprises, Etat et région. «Comment Sanofi peut-il se désengager à ce moment précis ?» conclut-il. Incompréhensible.

«Un modèle économique qui marche sur la tête»
Marc Bianciotto. 39 ans, drug-designer
M.Bianciotto«Il y a des malades dans ce pays qui veulent des médicaments pour se soulager et plus personne ne semble entendre cette demande sociale !» D’après ce chercheur qui passe les molécules à l’ordinateur, «le modèle économique de la pharmacie marche sur la tête». Quand il voit les industriels ne pas développer des molécules utiles à la lutte contre l’alcoolisme au motif qu’elles ne produiraient pas assez d’argent, Marc Bianciotto imagine un monde futur dans lequel le patient s’entendra dire «désolé pour vous, mais on ne va pas vous soigner, même si on le pourrait». Pour lui, c’est d’une prise de conscience politique dont le secteur a besoin. Et de citer l’économiste Joseph Stiglitz, qui propose un mode de fonctionnement dans lequel les Etats commanderaient un traitement à des labos concurrents. «Le modèle actuel de la propriété intellectuelle ne convient pas, poursuit-il, puisqu’une bonne molécule serait celle qui à déjà un peu d’âge et sur laquelle on a appris à travailler.» Mais c’est justement ces molécules qui, passé une certaine durée d’exploitation, vont être laissées aux «génériqueurs». «Il faut trouver pour de vrai, conclut-il, ce devrait être le but de toute recherche appliquée.»

Propos recueillis par GLv.
Photos : Christian BELLAVIA

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Commentaires

Si Sanofi ne s'installe pas au futur Oncopole ce sera une chance. La clinique du cancer restera a St Cyprien et on évitera en ces temps de crise de démolir un équipement performant et le déménagement couteux des outils de détection du cancer et de radiothérapie les plus modernes qui ont sauvé des milliers de malades. Alors qu'il faut à Claudius Regaud faire des pieds et des mains pour obtenir une infirmière supplémentaire on va dépenser des centaines de millions pour démolir cette clinique du cancer en plein centre ville et la reconstruire à l'identique au bord de la rocade. La crise aura au moins eu ce mérité d'arrêter les idées de grandeur dispendieuses de Douste Blazy.

Il faut bien se rendre compte que faire partir les services supports et les anti-infectieux de Sanofi Toulouse revient quasiment à ne laisser sur place qu'une coquille à moitié vide qui ne tarderait pas à disparaître tout simplement. De toute façon le problème est plus global et ne se limite pas à Toulouse, de nombreux autres sites seraient également impactés par ce plan dément. D'autre part, tenter de forcer les salariés à quitter leur bassin d'emploi revient tout simplement à les licencier. L'objectif est uniquement de diminuer les coûts de recherche interne pour sous-traiter à des labos indiens ou chinois. Cela s'appelle bien des licenciements financiers et de la délocalisation. Pour plus d'informations sur la lutte des Sanofi depuis le 5 juillet, visitez leur site : http://www.facebook.com/LesSanofi

Et pendant que sanofi disparaît le CEA va s'installer à toulouse. L'un "lutte" contre le cancer, l'autre le produit !

@ Theron,
Une petite clarification:
Une part conséquente des activités du CEA et le développement de technologies appliquées a la médecine. En ce qui concerne le cancer, il est important de savoir que pres de 2/3 des cancers (tous organes compris) sont traités a un stade par des radiations, la spécialité du CEA. Il est donc tout a fait fantaisiste de dire que le CEA produit du cancer.

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