L'expo qui met en scéne les années de plomb
CULTURE. Brigades Rouges, Fraction Armée Rouge, Action Directe, Black Panthers. Ces noms désignent les groupes qui dans les années 70 firent le choix de l’affrontement
armé avec les représentants de l’Etat.
Sur fond de guerre du Vietnam et d’affrontements Est-Ouest, ces "années de plomb" s’achèveront à la fin des années 80 avec la chute du mur de Berlin.
Marie-Claire Cordat, plasticienne, revisite cette époque dans une expo-performance. Sa mise en scène d’archives inédites et de dessins à la mine de plomb prend le parti de ces «mecs et de ces nanas qui choisirent la lutte armée au nom de la liberté des peuples». Entretien
LibéToulouse : La pensée peut-elle se dessiner ?
Marie Claire Cordat : L’exposition présente une série de dessins à la mine de plomb grand format réalisés à partir de photos de presse. Ce sont des images qui ont marqué notre mémoire, comme le corps de Moro dans le coffre de la Renault Rouge via Caetani, l'arrestation d'Ulrike Meinhoff, la prise d'otage d'un tribunal par un groupe de Black Panthers... Ces images font partie de l’imaginaire collectif. Dans les archives, je suis allé rechercher les mots de l'engagement des militants de ces années de plomb pour les faire résonner aux traits de crayon. Je crois qu'un simple dessin peut susciter une émotion assez forte sur une personne pour la rendre capable d'aller à la recherche de cette mémoire interdite. Il est impossible de penser un élan culturel séparé d'une nouvelle étincelle révolutionnaire... l'acte de dessiner, d'écrire, de faire de la musique... ne peut faire l'impasse d'une critique politique radicale.
Qu’est-ce que vous inspire cette période des années de plomb ?
Marie Claire Cordat : Pendant ce que l'on a appelé les années de plomb, je passais mon temps dans les salles de concert underground aux quatre coins de l'Europe, souvent le poing dressé et, à la sortie nous causions de ces groupes qui osaient foutre un grand coup de pied dans la fourmilière capitaliste. Ils défiaient le système ! Ces groupes révolutionnaires me donnaient la force et la possibilité de lutter contre ce qui est révoltant et injuste. Je me souviens très bien des images à la télévision de ces enfants qui crevaient de faim et des coulisses de l’histoire révoltante de la France-Afrique... La crise des missiles nucléaire... Reagan président et la mère Thatcher... la fausse gauche de Mitterrand... la corruption... les guerres...Notre génération de punk no futur les admirait. Ces mecs et ces nanas passaient à l’acte au lieu de se plaindre. Ils ne se contentaient pas de la routine de la protestation, ils contestaient. Ces Freaks-brothers passaient à l’attaque et l'excitation était totale ! Nous sentions que ces personnes avaient la même culture que nous et ils étaient nos héros. Je les trouvais sexy et intelligents.
Selon vous, la mémoire serait une arme ?
Marie Claire Cordat : La mémoire est une arme pour se défendre, pour savoir comment et pourquoi lutter contre les diktats étatiques et la toute-puissance des maîtres. Les jeunes et les moins jeunes sont souvent déprimés, sans repères, victimes de la propagande médiatique ou du silence organisé sur des sujets à ne surtout pas aborder dans la bonne société et la gauche-pépère.
À propos du nazisme, on répète jusqu'à la nausée : «plus jamais ça». Mais l’histoire est implacable et finalement on accepte les mécanismes qui se répètent sans jamais oser lever le petit doigt avant qu'il ne soit trop tard. La dictature des trusts fait son beurre sur le dos des pauvres et avec la peau des pauvres. L'amnésie est diffusée et entretenue pour nous maintenir dans la soumission. Le prolétariat subit l’histoire. S'il récupérait sa propre mémoire des luttes collectives, il sortirait de l’isolement individuel et deviendrait l'acteur de l’histoire, de son histoire qui parle de la libération de tous et de toutes. Le contrôle des individus nous démontre que nous ne sommes pas dans une crise mais bien dans une guerre économique. Et pour le moment encore, ils ont le dessus.
Pourquoi cette tranche de l'Histoire est-elle si peu évoquées en France ?
Marie Claire Cordat : Dans le pays des droits de l’homme, la mémoire de ces années est interdite. Les ex d'Action Directe, Jann Marc Rouillan, Georges Cipriani ou Nathalie Ménigon n’ont pas le droit de raconter pourquoi ils ont lutté ; ils ont quitté leur cellule, mais leur mémoire reste prisonnière. Les juges leur imposent une auto-surveillance même après un quart de siècle de prison et des années d’isolement. Cela en dit long ! L’Ordre ne veut pas que cette histoire soit connue ni transmise.
Propos recueillis par J-M.EExposition "Retour sur les années de plomb"du 8 au 30 novembre à Mix Arts Myrys, 12 rue Ferdinand Lassalle. Vernissage le 8 novembre à 19h et débat en présence de Jean Marc Rouillan


Je dois avoir le même âge, en gros, que Marie-Claire Cordat, moi aussi j'ai connu la fin des années 70, mais je ne partage pas du tout sa nostalgie. Ce romantisme révolutionnaire m'a toujours paru déconnecté de la société française contemporaine, prolétariat compris. En démocratie, on passe par les urnes, ou par les engagements syndicaux ou associatifs. Si on veut se battre pour une cause, si on veut lutter contre le consumérisme et l'exploitation, la violence terroriste n'est pas la solution. Ce n'est pas que ce soit immoral (encore que...), c'est que c'est contre-productif, tout simplement.
Rédigé par : Tacite | 05/11/2012 à 15h47
Mai 68 c'est terminé en juin '68.
Rédigé par : Obama | 05/11/2012 à 21h38
Le problème des terroristes d'ultra-gauche est qu'ils n'ont jamais compris un facteur essentiel: ils sont les idiots utiles du capitalisme.
ça sert à quoi de buter le patron de Renault? A rien pauvres pommes! Et en plus de ça l'opinion publique est contre vous...
Le système coopte sa propre critique.
Fallait lire Debord les gars, en entier, pas seulement les quatrièmes de couverture...
Rédigé par : paulo | 07/11/2012 à 01h21
ben moi, je trouve qu'il important de relater ces années là! je dirai même nécessaire!
comme le dit MCC:la dictature, plus jamais, pourtant, la plupart des gens s'y laissent lentement glisser sans même s'en rendre compte!
rien que ça devrait donner à réfléchir...
que l'on soit pour ou contre la lutte armée n'a pas de place dans ce contexte précis, ici et maintenant: juste le rappel de l'histoire, la notre, en l'occurrence!
celle de l'Algérie française a mit une soixantaine d'années à sortir... espérons qu'il n'en sera pas de même pour celle des années de plomb!
merci MCC pour ton expo, avant même de venir la voir, je sais déjà qu'elle sera belle et nourissante
Rédigé par : Silvia | 07/11/2012 à 18h33
La lutte armée de ces années de plomb voulait changé les rapports de force sans construction d'une société meilleure. Résultats leurs actions heureuses ou malheureuses n'ont été que des coups d'épée dans l'eau. Aujourd'hui il ne vous reste que des récits épiques à raconter. Quant à ce qui se passe autour de vous aujourd'hui, on a le sentiment que vous vous en tapez royalement!!!
Rédigé par : Fleur des Alpes | 14/11/2012 à 11h03