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27/01/2013

L'action poétique directe de Pey et Rouillan

Kufa_08_12_Serge_PeyCULTURE. Le poète Serge Pey et Jean-Marc Rouillan passent à l’action poétique ce lundi 28 janvier à 20h30 à la Cave Poésie. Les deux hommes qui ne s’étaient pas revus depuis les années 70 à Toulouse ont pris quelques rides mais n’ont rien lâché de leurs convictions «révolutionnaires».

La récente libération conditionnelle de l’ex militant d’Action directe après 23 ans passés en prison leur a permis de se retrouver sur le terrain de la création artistique.

Ce «chantier d’art provisoire» proposé ce lundi à la Cave Po' est une lecture performance d’un texte inédit de Rouillan, écrit derrière les barreaux.

Avec “Je regrette” inspiré du “I remember” de l’écrivain américain Joe Brainard et du “Je me souviens” de Georges Perec, le militant politique condamné à la perpétuité plonge dans ses souvenirs d’adolescent. «Il y a quelque chose chez Rouillan qui me fait penser à François Villon», nous dit Serge Pey. Entretien :

Serge Pey. Photo: DR

LibeToulouse : Pourquoi avez-vous choisi d’inviter Jean Marc Rouillan ?

Serge Pey : Ce qu’il est devenu aujourd’hui m’impressionne. Ce qui m’intéresse dans son œuvre littéraire, c’est l’exigence de vérité. La vérité historique de Jean-Marc Rouillan se fait chair dans ses livres. En lisant “Je regrette” pour la première fois je ne savais pas si j’étais dans Spartacus ou Berthold Brecht. J’étais à la fois dans un journal, dans de la poésie, un monologue de théâtre et un embryon de roman charpenté par une rythmique à la Georges Perec. C’est magnifique. En le lisant pour la première fois, je n’ai pas pu m’empêcher de voir surgir la figure de Gramsci. Pour moi Rouillan incarne la figure de l’humaniste radical. A son sujet, il me vient cette phrase de Brecht : «On parle souvent de la violence d’un fleuve en crue mais jamais des berges qui le contrôlent». Ce texte en est une illustration.

Dans les années 70 à Toulouse vous avez soutenu la lutte armée des Gari dont Rouillan faisait partie.

Serge Pey : A chacun avec sa méthode. Nous sommes d'une génération qui a partagé la lutte anti franquiste. Cette lutte était une respiration du militantisme toulousain, son poumon  et sa part d'ombre. Les Pyrénées n'ont jamais été une frontière pour des gens comme Jean-Marc Rouillan et moi. Nous sommes tout les deux des fils de la révolution espagnole.

Avez-vous des regrets aujourd’hui ?

Serge Pey : Je ne regrette rien. Je ne peux pas regretter la poésie. J’ai vécu toute ma vie comme un poète avec des voleurs de feu et j’ai participé à cet «avertissement d’incendie» dont parle Walter Benjamin.

Propos recueillis par Jean-Manuel ESCARNOT

La chambre de la mort, lecture performance de Serge Pey et Jean-Marc Rouillan, lundi 28 janvier à 20h30 à la Cave Poésie, 71 rue du Taur.

"Le Trésor de la Guerre d'Espagne" de Serge Pay chez Zulma Ediion; "L'autopsie du Dehors" de Jean-Marc Rouillan aux éditions Al Dente.

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Commentaires

Je ne connais pas ces textes, mais stupéfaite à des tas de moments de ce que Toulouse est, à la fois accueil des victimes de tragédies politiques graves (je pense aussi à l'accueil d'écrivains et journalistes allemands en 33), et expression d'indifférences haineuses scandaleuses ou pires encore, je crois que la poésie peut faire céder les digues des évidences et des idéologies généreuses. Je n'ai pas d'idées sur la poésie sinon ce qu'elle est pour moi : le soutien à la plus misérable fragilité, celle de dire quand tout est dit.

Comparer Rouillan à Villon est un amalgame douteux : il ne suffit pas d'avoir fait de la prison pour être un grand poète, même si ce n'est pas incompatible évidemment. Et quand on est aussi bien inséré que Serge Pey dans le réseau institutionnel de la ville, quand on a ses entrées partout et qu'on est subventionné depuis longtemps sans problème, prendre la posture du marginal révolutionnaire fait un peu sourire. Je ne sais pas qui est le Villon d'aujourd'hui, mais ce n'est pas Serge Pey.

Ils se prennent pour où ces crypto-penibles.?La culture dissidente est peut-disidente mais ce n'est pas necessairement de la culture, puisque sans terre.

Au risque de faire hurler Pedro et Obama.. Je viens de terminer "La part des loups" de Rouillan, un livre qui m'a beaucoup plus appris sur l'Espagne et sa dictature que "Pour qui sonne le glas" du grand Hemingway.
Après 23 ans de prison dont 6 en quartier d'isolement, j'admire la force de Rouillan, contrairement à beaucoup d'autres qui n'ont pas subi la prison, il ne courbe pas l'echine et a gardé intacteson intelligence vive.

J'y étais, c'était vraiment un bon moment.

Le texte "Je regrette" est époustouflant. J'ai hâte qu'il sorte.

Le récit de la soirée pour ceux que ça intéresse : http://lartetlamaniere.wordpress.com/2013/01/30/on-a-teste-pour-vous-rencontrer-jann-marc-rouillan/

Et maintenant on porte aux nues un terroriste!!
Pauvres pays où les criminels sont comparés à Villon...

Rouillan entre Gramsci, Brecht et Villon... Pourquoi pas Homère, la Bible, Victor Hugo et Florence Cassez ?
Nous vivons une époque formidable, où, pourvu qu'on soit bien placé, on arrive à faire croire à tant de gens que tout (et parfois rien) vaut tout et son contraire.
Pour le dire à la Fernand Raynaud : ça eut Peyé !

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