Les mots de plomb du Fil à plomb à la ministre de la Culture
CULTURE. Le Fil à plomb risque de disparaître. Théâtre fondé en 2000 dans le quartier Arnaud-Bernard à Toulouse, cette scène permet à des jeunes troupes de se lancer sur les planches. Elle subit aussi, comme toutes celles de sa taille, la réduction drastique des budgets alloués
à la culture.
Pour éviter la disparition de ces “petits” théâtres, son fondateur et comédien Badradine Reguieg n'hésite pas à proposer à la ministre de la Culture Aurélie Filipetti de modifier la répartition des deniers publics alloués aux grandes scènes nationales. LibéToulouse publie ici ce courrier :
Dessin : Mig
Madame La Ministre de la Culture,
Votre disponibilité est certes des plus réduites, et votre temps précieux.
J'essayerai donc d'être bref et d'aller à l'essentiel. Je souhaite attirer
votre attention sur une proposition innovante de redistribution des deniers
publics dans le domaine culturel, afin que ceux-ci puissent mieux irriguer
soutenir et dynamiser la culture pour tous.
J'ai fondé voilà près de treize ans un théâtre dans le centre de Toulouse,
"le fil à plomb". En hommage aux ouvriers, à mon père maçon algérien
: le fil à plomb pour avancer, construire.
Treize ans… Jusqu'à l'arrivée de la nouvelle municipalité, nous n'avions perçu
aucune subvention. Bien entendu, nous avons salué avec soulagement le soutien
de la nouvelle équipe municipale, mais cela reste insuffisant pour agir,
bouleverser positivement le champ culturel toulousain, puisque ce sont toujours
les mêmes qui font et défont et cela depuis des décennies.
Le théâtre "Le fil à plomb" assure une programmation tout public et
jeune public 11 mois sur 12 et ce cinq jours par semaine. Un rythme complexe à
tenir et pourtant il faut être présent et en action pour que la culture reste
dans un esprit de diversité sociale et ouverte au plus grand nombre.
Un ras le bol ? Non, juste identifier et faire autrement afin que l’argent
public soit utilisé différemment. Il est certain que sans une augmentation
concrète de subvention, notre lieu, notre force de proposition ne pourront pas
continuer à exister, ni même à pérenniser les emplois existants.
Aussi notre situation financière, nous a amené à réfléchir une autre
redistribution des deniers publics. Pourriez-vous l’envisager?
Un petit pourcentage (2 ou 3%) de ce qui est attribué aux scènes nationales
pourrait être redistribué à des petites structures de diffusion ne bénéficiant
que de peu d'aides (par exemple de moins de 100 000 € annuels) ? Les conséquences d'une telle redistribution seraient plus que positives d'une
part pour la création mais surtout pour l'emploi et sans grandes répercussions
pour les scènes nationales. Il s'agit nullement d'opposer « les riches et les pauvres » mais bien au
contraire de soutenir l'une et l'autre pour harmoniser et dynamiser le spectacle
vivant dans sa diversité artistique.
Un théâtre de proximité en bonne santé financière peut : 1) Consolider les emplois existants et en créer de nouveaux.
2) Assurer un minimum garantie pour les compagnies et par extension, les
artistes de ces compagnies pourront conserver leur statut.
3) Créer de meilleurs outils promotionnels pouvant augmentés la fréquentation,
dynamiser le commerce local et surtout désenclaver «un quartier» et assurer
une véritable mixité sociale.
Ces nouveaux terreaux artistiques permettront l'éclosion de nouveaux talents
(auteurs, metteur en scène, comédiens...) et seront une formidable richesse,
une source inépuisable pour d’autres scènes locales ou nationales. N’oublions pas que des auteurs comme Ionesco ou Beckett ont commencé par être
joués dans ces petits lieux. Plus près de nous, Jean Dujardin récemment
"oscarisé" n’a-t-il pas lui aussi commencé dans une petite salle
obscure parisienne le «Carré blanc» ?
Ces petites structures sont des maillons essentiels de la production théâtrale
et peuvent assurer le rayonnement de la diversité de la culture française. Ces
propositions ne souffrent d’aucune dépense publique supplémentaire. Elles ne
freineront en rien l’activité des scènes nationales et pourront créer des
milliers d’emplois. Madame la Ministre, "c'est du gagnant gagnant". Votre expression est
devenue nôtre et rejoignons avec enthousiasme Monsieur le Président de la
République, François Hollande qui veut moraliser la vie politique à travers la
création d'une commission dirigée par Lionel Jospin, par la baisse symbolique
de son salaire et de celui de ses ministres.
Pourquoi ne pas aussi imaginer une redistribution des subventions entre les
grands et les petits. La France y gagnerait car la paix sociale en temps de
crise est une richesse pour tous les citoyens.
Il est clair qu'une redistribution équitable, juste, des deniers publics,
notamment dans ce domaine de la culture, ne peut que rejoindre la politique
actuelle.
Il est évident que si les subventions sont toujours attribuées aux mêmes
structures la notion même de justice sociale si chère à notre président ne sera
qu'une illusion. J'ai illustré mon propos par l'exemple du théâtre "Le fil
à plomb" mais j'ai aussi évoqué cette idée avec d'autres responsables de
petites scènes qui partagent mes inquiétudes mais aussi l'envie de lutter pour
soutenir la diversité de l'action culturelle.
Dans l'attente de vous lire et ou de vous rencontrer, je vous prie de croire,
Madame La Ministre de la Culture, en ma plus haute considération.
Badradine Reguieg - Comédien et fondateur du théâtre - Collectif d'artistes et
dirigeants de salles à Toulouse
Le fil à plomb, 30 rue de la Chaine.


La culture est-elle aussi utile à la vie quotidienne qu'il faudrait engager des dépenses dans le théâtre plutôt que dans la santé ? Catulle dit que oui et préfère laisser le bout de pain que l'Etat lui donnerait pour payer le poème qui lui serait lu en place publique avec cet avantage que payer un poète à ne rien faire d'autre qu'écrire crée de la richesses dès lors que cela crée une source de consommation. L'économie est une œuvre d'art...
Rédigé par : Catulle | 10/01/2013 à 09h34
Mais ce théâtre est-il vraiment bien géré? Et y'a-t-il un public qui y va?
Rédigé par : Pierre | 10/01/2013 à 11h45
Camarade théatreux, tu as raison mais, pour faire bouger les choses il ne faut pas cirer les pompes de Cohen et de Hollande comme tu le fais, il faut les affronter.
Rédigé par : fabienne | 10/01/2013 à 16h45
... à méditer et à mettre au cœur du débat local et national avec calme et sérénité. L'action culturelle doit s'adapter aussi bien que la démocratie.... La peur est dans le ventre de celui qui n'a pas faim.
Rédigé par : A31 | 10/01/2013 à 22h05