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12/02/2013

Une caméra pour deviner à quoi sert la prison

HorsLaLoi4bonne01SOCIETE. A quoi sert la prison ? Cette question est  le fil conducteur de la trilogie documentaire Hors la loi, réalisée par François Chilowicz et diffusée les 12, 19 et 26 février sur France 2.

Filmée à Toulouse, cette série a nécessité trois ans de préparation. Elle suit le parcours pénal de six justiciables à partir de leur interpellation par la Brigade anti criminalité (BAC) ou la gendarmerie jusqu’à leur sortie de prison.  

Ni interviewes, ni commentaires. La caméra est posée sur l’épaule de ces hommes âgés de 18 à 45 ans. Du début à la fin, jamais leur visage ne sera vu. N'est dévoilé que ce qu’ils veulent bien dire tout au long du parcours qui les mènera derrière les barreaux. François Chilowicz a présenté ce documentaire en avant-première au cinéma ABC. Entretien :

Hors la Loi. Photo: Bellota Films
LibéToulouse : quel a été le fil conducteur de votre travail ?

François Chilowicz : la question “à quoi sert la prison” a guidé ce film. Pour y répondre, l’idée était de suivre toutes les personnes impliquées dans le processus pénal : du policier qui interpelle au personnel pénitentiaire, en passant par l’audition en garde-à-vue, le procureur, l’avocat et les juges qui statuent sur le placement en détention.

Selon vous la prison sert-elle à quelque chose?

François Chilowicz : C’est compliqué. Elle sert à quelque chose quand il n’y a pas d’autres solutions. Elle peut loger des SDF. Dans le film, l’un des  justiciables explique que la détention lui permet de se refaire une santé. Ce dernier devait venir à l’avant-première du film, mais il s’est fait arrêté à nouveau pour un vol et il est retourné en prison au moment de la projection.

Dans le film, il apparaît aussi que les raisons pour lesquelles les gens sont mis en prison sont toujours là à leur sortie. La prison est récidivante. Le troisième et dernier volet de ce film devait s’appeler "sortir de prison". Au final il s’intitule : "revenir en prison".

Comment éviter la récidive ?

François Chilowicz : Cela passe par l’éducation. Rien n’agit sur l’avenir si aucun moyen n'est mis dans l’éducation.

Quelles sont vos références cinématographiques sur la prison ?  

François Chilowicz : Il y a d’abord les documentaires de Raymond Depardon et de Jean-Xavier de Lestrade. Il y aussi “Le Prophète” de Jacques Audiard. Et aussi la série américaine The Wire (Sur écoute) : les dialogues étaient les mêmes que ceux que j’enregistrais lors des patrouilles avec les Brigades anti criminalité.

Comment c’est passé cette immersion d’une durée de trois ans ?

François Chilowicz : La nécessité de ce film était de trouver la bonne place. C'est difficile d'être dans l’action sans pour autant la déranger. Il ne fallait pas porter de jugement même si parfois les décisions semblent brutales. Ce travail m’a appris à développer de la jugeote de manière à évaluer les gens très vite. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? Quel est leur histoire ? La justice est une succession d’instantanés qui cherchent à répondre à ces questions. La capacité des policiers de la BAC à évaluer les gens et les situations m’a particulièrement  impressionné.

Comment étiez-vous considéré par les justiciables ?  

François Chilowicz : Au moment de leur interpellation, ils ne savaient pas très bien qui j’étais. Les policiers leur expliquaient que c’était eux que je filmais. A l’arrivée au commissariat, j’avais 5 minutes pour leur dire ce que je faisais. Tout au long du tournage, ils étaient libres de tout arrêter. Mais sur les six que j’ai filmés, tous ont joué le jeu.

De la garde-à-vue à l’arrivée en prison, les gens sont dans l’isolement total. Dans cette solitude extrême, ma présence était un point de repère pour eux.

Comment les avez-vous filmés ?

François Chilowicz : Toujours de dos, la caméra posée sur leur épaule. Je ne voyais pas leur visage. C’est comme si j’avais filmé les yeux bandés. C’est éprouvant. D’autant plus qu’il y a toujours le risque que les choses dérapent.

Quels sont vos projets ?

François Chilowicz : Depuis 15 ans je me rends compte que je filme une France qui souffre. La France des gens d’en bas, à l’hôpital, aux urgences et en prison. La logique de ce travail serait de passer au niveau supérieur. Celui du pouvoir politique médiatique et financier.

Propos recueillis par Jean-Manuel ESCARNOT

Hors la loi, trilogie documentaire de François Chilowicz sur France 2. Premier volet: Entrer en prison, mardi 12 février 2013 à 22h30.

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Commentaires

Excellent.
Sortie du folklore des clés, des grilles, la prison devient compréhensible. Juges, avocat, personnel et inculpés aussi. La frontiére entre spectacteur et réalité disparait par l'angle de vue sans compassion et humanisme supplémentaire. Le personnel et les situations suffisent à montrer que la prison, c'est nous.
Un angle de vue, qui est une vision. Intelligible.
Excellent.

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