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17/03/2013

Après Merah, la "parano” du renseignement toulousain

ENQUÊTE. «Le pire, pour un poulet comme pour un toubib, c’est la mort d’un enfant», lâche un policier. Un an après les meurtres de trois militaires, d’un père de famille et de trois enfants juifs par Mohammed Merah, les hommes de la Direction régionale du renseignement intérieur (DRRI) toulousaine ne se remettent toujours pas du «séisme» de ce mois de mars 2012.

Et le «silence radio» de la direction centrale de Levallois (92) vis-à-vis de son antenne toulousaine plombe encore plus l’ambiance au sein de la boite. «On n’ose plus bouger. Chacun se referme dans sa coquille», confie un agent de cette antenne.

Caché au fond d’une cour intérieure, le siège toulousain de la «RI» est un bâtiment sombre de quatre étages. Le 14 novembre 2011, c’est ici dans l’un des bureaux de l’analyse situé au premier étage que les policiers de la centrale de Levallois-Perret ont interrogé Mohammed Merah sur ses voyages en Afghanistan et au Pakistan. Et qu'ils ont envisagé de le recruter :

Au même étage se trouve aussi le groupe T, celui consacré à l’islam radical auquel appartenait Hassan, «l'officier traitant» qui a approché Mohammed Merah. Lequel aurait pu devenir «une source» de la DCRI. C’est ce même Hassan qui sera réveillé en pleine nuit par un appel de son chef le 21 mars de l'an dernier pour tenter d’obtenir la reddition du tueur au scooter assiégé par le Raid. Tentative vaine. Ce policier que Mohammed Merah tutoyait et qu'il avait l'intention de tuer, a depuis été muté en Nouvelle Calédonie.

Le deuxième étage du siège toulousain de la DRRI est occupé par “l’opérationnel”. C'est là que les hommes de la section recherches (SR) dirigé par un chef de groupe décrit comme «un excellent procédurier», préparent les planques et les filatures des «cibles» signalées par l’analyse. Ce sont les hommes de la SR qui ont surveillé Mohamed Merah à son retour d’Afghanistan et du Pakistan.

Ce sont encore eux qui alerteront leur supérieur direct et ceux de la centrale de Levallois sur la dangerosité de leur cible et qui demanderont sa judiciarisation. Demande lancée avant la série de crimes de Toulouse et Montauban et qui sera rejetée par la direction centrale de Levallois. Rejet dû à un décalage entre l’opérationnel et l’analyse ou à une tentative de retournement de Mohammed Merah orchestré depuis Levallois sur une recrue pourtant jugé «dangereuse et instable» par Toulouse ? «Trop de filtres avec des types assis derrière leur bureau qui ne pensent qu’à leur carrière», répond-on prosaïquement en interne.

La nomination par le ministre de l'Intérieur Manuel Valls de Patrick Calvar, homme réputé «taiseux» à la place de Bernard Squarcini à la tête du renseignement intérieur va-t-elle changer la donne ? «L’affaire Merah montre l’échec d’un service à prévenir d’un danger pour la sécurité. Au lieu de tout mettre à plat, on se recroqueville par peur de toucher aux causes profondes et de risquer de faire imploser la boutique», pointe une source policière.   

Jusqu’ici, la seule décision visible a été la mise en place d’une inspection générale du service au sein de la DCRI. Supervisée par le numéro deux de la DCRI Michel Guérin, elle est perçue en interne comme un filtre administratif supplémentaire.

Les nouvelles mesures de contrôle des procédures sur l’accès aux réseaux informatiques et sur le traitement des sources humaines ne feraient qu’ajouter un peu plus à «la paranoïa générale». Au détriment de «l’esprit d’initiative».

« Aujourd’hui, on ne risque plus de visiter l’appartement d’un suspect ou de pirater un ordinateur en douce», confie un policier. Sur les dossiers concernant l’islamisme radical, «on judiciarise au moindre doute et on se couvre en interpellant, quitte à relâcher au terme des gardes-à-vue».

Jean-Manuel ESCARNOT

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Commentaires

Article intéressant.

Entre DCRI de Levallois et de Toulouse, une rivalité entre DST et renseignements généraux ?

Je trouve plutôt signe de bonne santé, le fait que la DRRI de Toulouse ne se remette pas des tragédies conséquentes à l'existence même de Mohamed Merah. J'ai l'impression qu'il y a deux voies pour mettre le passé au passé : ne jamais s'en remettre mais ne pas renoncer à réussir les missions qui furent conférées ; s'en remettre et ne plus travailler que dans le cynisme et l'indifférence. Il y a beaucoup de services de l'Etat qui, bien qu'investis de missions moins graves à priori pour les vies humaines, ne fonctionnent plus que dans la 2nd voie. Il n'est rien de pire que de ne pas vouloir considérer que des problèmes existent. Surtout, il n'est rien de pire que de fuir les erreurs à l'échelle de missions institutionnelles : la spécialité des logiques de mutation ou de changement de personnel va toujours dans le sens de la fuite.

Dans un tel domaine, l'erreur n'est pas permise. Insuffisance d'échanges, de concertations, de réflexions ? En attendant, des adultes et des enfants ont perdu la vie, de par cette négligence. Le pire, c'est que celle-ci a continué après les premiers meurtres. Les éléments connus indiquent que entre la première série et la deuxième, ils avaient le temps de l'identifier et de l'arrêter. La faute est donc double. Ils avaient quand même un voyageur, avec des liens très connus, des preuves de radicalisation, et quand ils l'ont convoqué et interrogé, c'est lui qui les a convaincus ! Bien sur, il est très difficile de travailler sur l'intention. Mais le faisceau présomptif était élevé. A tout le moins, la surveillance ne devait pas être levée. Dès le premier meurtre, le fait que l'homme atteint ait été un soldat qui revenait d'Afghanistan aurait dû les mettre en alerte dans le bon sens.

je suis d'accord avec Claire-Hélène. Dire que l'erreur n'est pas permise est la meilleure manière d'étouffer tout, de se couvrir en renvoyant au parquet. l'erreur est intrasèque a toute entreprise du vivant.
on ne peut pas demander à des humains de ne pas commettre d'erreurs, de mal évaluer une personne, une situation. c'est absolument démentiel de croire cela possible.
Le dysfonctionnement conduit aussi vers des pistes imprévues.
Il faut avoir le courage de dire on s'est trompé. On a pas pas compris ce type.
Que la presse cesse aussi de jouer les procureurs. que les journalistes informent sans toujours faire la morale.

La piste de l’extrême droite.
N'oublions pas que tous les partis politiques (pour une fois d'accord, de l'UMP, au FDG) privilégiaient, à l'époque, la piste de l’extrême droite...et que la piste "islamiste" n'était pas évoquée.

Sachant son itineraire ils l'ont manipulé en laissant faire. Double jeux. Jeu de la stratégie de la tension: faire et laisser faire. A qui profite la terreur?

@Pierre : merci beaucoup. Jusqu'aux cérémonies de ces derniers jours, je n'ai cessé de souffrir avec ces mots là "à quel point, ces meurtres n'auraient pas dû avoir lieu". Et je ne suis pas directement victime de ces horreurs. Je crois que le deuil commence quand on accepte la réalité (la refuser est aussi une survie, et c'est vrai parfois même quand on est directement touché par un drâme). A l'échelle du milieu du renseignement et de la police, je pense que les deuils de chacun d'entre nous ne peuvent qu'aider à ce que les institutions ne refusent pas les erreurs, et transforment réellement des façons de penser ou d'agir. Pensées aujourd'hui pour la communauté juive de Toulouse et de France, et contre l'antisémitisme partout.

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