Nicole Belloubet. Bien sage
PORTRAIT. Portrait paru dans l'édition papier de Liberation le 12 mars.
Nommée par la gauche, cette agrégée de droit rejoint le Conseil constitutionnel où siègent désormais trois femmes.
L'aîné, Adrien 29 ans,lui a dit «maman, je suis très fier de toi». Le cadet, Jean-Baptiste, 28 ans, s'est réjoui lui aussi, «c'est bien», mais avant d'ajouter «et c'est quoi, le Conseil constitutionnel?» Martin, le dernier, 16 ans, a fait «oui, oui» au téléphone puis a demandé «au fait, ce soir, est-ce qu'on pourrait manger de la pizza?»
La professeur de droit public, conseillère municipale de Toulouse et première vice-présidente du Conseil régional de Midi-Pyrénées venait d'avoir le président du Sénat sur son portable à midi, puis le président du Conseil constitutionnel à 15 heures la félicitant de ce que le premier avait fait d'elle sa candidate pour un siège au Palais royal. Nicole Belloubet sait dire la «vraie émotion» qu'elle a pu ressentir ce 12 février dernier.
Photo. Nicole Belloubet DR : Ulrich Lebeuf
Elle aurait aussi bien aimé devenir «chanteuse d'opéra», évoquant avec bonheur les «quinze secondes» où elle a chanté l'air de Carmen avec le chef d'orchestre Tugan Sokhiev à Moscou. Elle aurait aimé aussi, dit-elle, devenir coureur automobile. Parce qu'elle adore piloter, «je sens d'ailleurs que je ne suis peut-être plus très loin du stage de rattrapage de points». C'est le téléphone au volant qui lui vaudrait ces déconvenues.
Et les excès de vitesse, «un peu». Mais elle a «choisi» de devenir prof de droit et «choisi», plus tard, de devenir une élue politique. Ses premiers mots devant la commission des lois du Sénat, pour présenter sa candidature le 20 février dernier: «je ne partage pas ce que Péguy dit, selon lequel tout serait joué avant 12 ans. Je pense comme Erasme que l'on ne naît pas homme mais on le devient». Nicole Belloubet, comme une femme en perpétuelle construction. «Il n'y avait pas de logique à ce que je devienne membre de ce Conseil. Il y avait juste les conditions. Les circonstances ont fait le reste». Disons qu'elle a un talent naturel à gérer les circonstances. «Je ne fais pas de psychologie à la mords-moi-le nœud, rit-elle. Ce que la vie me donne, je le prends et je m'interroge après». Des vies, elle calcule en avoir «trois». Celle d'universitaire, de maman et d'élue politique. Soit trois scènes sur lesquelles elle se produit tous les jours. «Je suis moi et je me regarde en train d'être moi, avec recul», s'amuse-t-elle. Comme filmant un contrechamp d'elle-même. Actrice et metteure en scène soignée de sa propre existence.
«Mon cousin devenait fou quand il me voyait faire ça»: elle se souvient en riant des vacances qu'elle passait sur ses terres familiales d'Auvergne à Rieupeyroux dans l'Aveyron alors qu'elle était étudiante en droit à Paris. Elle y ramassait des «pierres dans les champs» à Pâques et «des patates», l'été. Un voisin jeune agriculteur en pinçait pour elle et, elle, un peu pour lui, quoiqu'ayant déjà une relation avec l'étudiant qui allait devenir son mari en 1980 et le père aujourd'hui décédé de ses enfants: «je notais tous les soirs ce qui me ferait pencher plutôt pour l'un ou plutôt pour l'autre. Comme sur un tableau de bord». Le «copain des villes» l'a emporté sur le «compagnon des champs».
C'est en tout cas dans la capitale, chez son père ingénieur et sa mère gérante d'un petit hôtel «une étoile» place Denfert qu'elle a vécu mai 68, «je trouvais Daniel Cohn-Bendit très beau…» Dany le Rouge ne fut toutefois que «l'étincelle». La «braise» étant selon elle Jaurès et ses “Discours à la jeunesse” qui l'ont émancipée d'un milieu familial baigné de conservatisme. La social-démocratie comme un entre-deux convenable. Elle ne franchit toutefois le pas qu'après «la déculottée de la gauche aux municipales de 1983», adhérant au Parti socialiste. A Saint-Rémy les Chevreuses où, alors assistante à La Sorbonne, elle allait perdre ses premières élections aux municipales suivantes de 1989. Sa vie d'agrégée s'est ensuite animée de missions de formation au droit public, en Sierra Leone ou au Cambodge. Où il s'agissait de «faire prévaloir la conception du droit français sur le droit anglo-saxon». Mission dont l'accomplissement n'est peut-être pas étranger à sa nomination en temps que rectrice de l'académie de Limoges en 1997 puis de Toulouse en mai 2000. «Peut-être Jospin cherchait-il à féminiser les grandes fonctions de l'Etat», relativise la dame dans ce qu'elle appelle «la série des “pourquoi moi?”» Il y a le «hasard», dit-elle. Lequel serait sa nécessité. «C'est de la chance. D'autres que moi ont les compétences pour faire ce que je fais»: Nicole Belloubet cultive une façon d'être au cœur des affaires publiques en se gardant d'imaginer être le centre du monde.
«Mais comment fait-elle?» interroge une conseillère régionale d'opposition qui ne veut pas laisser voir son admiration pour cette femme. La réponse est qu'elle prend ses enfants au téléphone quand elle est au travail, qu'elle surveille son portable en mode vibreur quand elle enseigne à l'IEP, qu'elle fait rire son coiffeur quand elle arrive chez lui avec ses dossiers. «Je m'y épuise», avoue l'intéressée. Sa force? «je ne suis dépendante de rien», assure-t-elle devant un troisième café serré au sixième étage du Conseil régional. Elle ne s'est ainsi pas privée, en 2005, d'écrire aux chefs d'établissement de son académie son désaccord avec les orientations gouvernementales. Ce qui lui a valu d'être sanctionnée pour infraction au droit de réserve et renvoyée enseigner à Evry. Alors veuve, elle reste malgré tout vivre à Toulouse où réside son nouveau compagnon.
Elle abandonne aussi le nom de Belloubet-Frier pour ne retenir que son nom de jeune fille, jugeant que ses fils devaient rester indemnes des aventures politiques qu'elle y entreprenait. Un autre combat. Certainement parce que la vie ne vaut jamais que par la façon dont on choisit de ne pas baisser les bras. En vertu de quoi, elle est première adjointe de la mairie de Toulouse en 2008, puis première vice-présidente de la Région en 2010. Où elle passe le plus clair de sa semaine et de ses week-ends dans un bureau impersonnel au possible. A peine deux tableaux que des visiteurs ont pu lui offrir. Pas de photo de famille. Pas même le transat qu'elle a pensé installer face aux Pyrénées sur la terrasse. «Pas d'affectif ici, dit-elle. Je n'y suis qu'une élue, rien ne m'y appartient».
Devenir l'une des neuf juristes gardiens de la Constitution ne fait pas d'elle l'alpiniste victorieuse de toutes les cimes de la République. «Président du Conseil d'Etat ou président de la Cour de cassation, c'est très bien aussi!», dit-elle comme pour se défendre d'être une reine des sommets. A chacun selon ses moyens de relativiser son sort.
GILBERT LAVAL
LES DATES :
15 juin 1955 : naissance à Paris de Nicole Belloubet
1992 : reçue 2° du concours de l'agrégation de droit public
2008 : première-adjointe à la mairie de Toulouse
2010 : première vice-présidente de Midi-Pyrénées
13 mars 2013 : nomination au Conseil Constitutionnel


libetoulouse s'est trompé de photo. Ce n'est pas Nicole que l'on voit mais le chef indien bien connu: Belouloubé.
Rédigé par : fabienne | 16/03/2013 à 08h50
Tant que ce n'est pas Calamity Jane ! Belle revanche sur la tribu des hommes.
Rédigé par : Obama | 16/03/2013 à 09h16
Nous aurions du l'avoir comme maire. Le PS local et Cohen se sont bien chargés de l'en empêcher...
Rédigé par : Joséphine | 16/03/2013 à 15h20
A 28 ans ne pas savoir ce qu'est le Conseil Constitutionnel ?!?
Je sais bien que "le temps ne fait rien à l'affaire ..." mais quand même !
Rédigé par : Yannick | 16/03/2013 à 15h54
Sur les municipales de 2008, Josephine , vous avez tout faux!!!!
Et sur le chemin jusqu'au conseil constitutionnel, les petits cailloux Hollande, Bel, Malvy, et autres, sont à remettre dans un certain ordre, et il n'y en a qu'un!!!
Rédigé par : ganymede | 17/03/2013 à 00h36
@ Ganymède Vos commentaires sont codé ou quoi? Je veux bien que les intrigues florentines vous passionnent. De là à ajouter de l'énigme au sybillain… Pouvez pas être plus clair?
Rédigé par : Obama | 17/03/2013 à 12h44
@ganyméde
Euh... Je n'ai rien compris à votre post.
Vous êtes une taupe du P.S local ? Vous allez nous dévoiler toutes les intrigues ? Hum... hum...
Rédigé par : Joséphine | 17/03/2013 à 17h43